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Coronavirus : des experts de l'Inserm imaginent le déconfinement

Une sortie du confinement sans distanciation sociale, sans test ou encore sans traçage des personnes contaminées ne permettrait pas d’éviter une deuxième vague, qui submergerait le système de santé, selon l'Inserm.

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Coronavirus : des experts de l'Inserm imaginent le déconfinement
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Olesya Baron

Comment sortir du confinement sans provoquer une deuxième vague épidémique ? Des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), spécialistes en modélisation des épidémies, tentent de répondre à cette question dans un rapport publié le 12 avril 2020. Selon ces scientifiques, le déconfinement doit s’accompagner de mesures strictes de distanciation sociale et de tests à grande échelle.

Pour réaliser ce rapport, les chercheurs ont construit différents modèles mathématiques en s’appuyant sur les chiffres et les données démographiques connus en Île-de-France. Si le confinement diminue de 80% les contacts sociaux et ralentit l'épidémie, en sortir sans stratégie conduirait à une deuxième vague de contamination qui submergerait le système de santé. Plutôt qu’un déconfinement, les chercheurs parlent d’un "assouplissement progressif des contraintes actuelles", à associer à la réalisation de tests et à un traçage des personnes contaminées.

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Continuer d’isoler les enfants et les personnes âgées

La distanciation sociale devrait donc perdurer, avec le retour au travail d’une partie des franciliens, une réouverture progressive des activités mais un maintien de la fermeture des écoles et un isolement des seniors.

Pour l’isolement des personnes âgées, il faudrait "(améliorer) la livraison des courses et des médicaments, (faciliter) l'accès à distance aux soins de santé" mais aussi "(fournir) des programmes d'apprentissage pour l'utilisation des technologies pour rester connecté", préconise les scientifiques. "La réouverture des écoles à l'automne/hiver devrait être envisagée dans les mois suivants, une fois que l'impact de ces interventions aura été évalué" écrivent-ils dans leur rapport, publié avant les annonces du président Macron.

Le télétravail reste "extrêmement précieux"

Qu’en est-il pour le retour au travail ? Les modèles mathématiques montrent que le télétravail est "extrêmement précieux à moyen et long terme pour aider à contrôler l’épidémie en dessous de la saturation des systèmes de santé". Les spécialistes proposent donc une "rotation des personnes travaillant à domicile, par exemple toutes les semaines ou toutes les deux semaines, pour maintenir les niveaux de distanciation sociale requis dans la communauté tout en assurant des connexions avec la vie réelle".

Une combinaison de plusieurs de ces mesures aurait de grands effets, selon les modélisateurs. Ainsi, si le confinement prend fin en mai, la fermeture des écoles, un taux de télétravail de 50 %, l’arrêt d’au moins 50 % des activités non essentielles et le maintien des personnes âgées en isolement réduiraient de plus de 80 % le nombre de cas atteint lors du pic épidémique et feraient gagner entre un et demi et trois mois sur l’arrivée d’une deuxième vague par rapport à l’absence de mesures.

Des hôtels pour les contaminés, des masques pour tous

Ensuite, le traçage des personnes contaminées pour rechercher leurs contacts apparaît comme un "élément essentiel" pour lever les contraintes de distanciation sociale "dans les mois à venir". A condition d’agir lorsque les cas contacts auront été identifiés, notamment en isolant ces personnes "par exemple dans des chambres d'hôtel individuelles", proposent les auteurs du rapport. En effet, les hôtels sont actuellement fermés et donc potentiellement disponibles pour loger des patients, à condition de mettre en place une logistique de soins et de livraison de repas.

Enfin, les auteurs du rapport se positionnent en faveur du port de masques. En effet, leur "utilisation généralisée" pourrait "réduire le risque de transmission" et "contribuer à alléger encore les mesures de contrôle" avancent les chercheurs.

Une immunité collective encore trop basse

Le dernier problème auquel les populations devront faire face est celui de l’immunité collective, aussi appelée immunité de groupe. Car pour que l’ensemble de la population soit protégé contre une maladie, il est nécessaire qu’au moins 60% des individus soient immunisés. Or, pour le moment, seulement 1 à 6% des habitants d’Île-de-France serait immunisés, selon les chercheurs. C’est pourquoi "mettre fin au confinement sans stratégie de sortie conduirait inévitablement à un grand effet rebond" avertissent les chercheurs.

Et accélérer l’immunité de la population, autrement dit faire grimper le nombre de personnes contaminées, n’est envisageable que si le système de santé accroît ses capacités. Une amélioration sur le long terme à prévoir à la fois en terme "(de) structures, (de) matériel, (de) personnel et (de) programmes de formation".

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