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Mal des transports : quand voyager devient un cauchemar

Lorsqu'on parle du mal des transports, on pense évidemment au mal de mer et à cet état nauséeux qu'on peut ressentir sur un bateau. Mais de nombreuses personnes sont également malades en voiture, et pas seulement sur les routes de montagne. Certains sont aussi gênés en train ou même en avion. Le mal des transports est-il une fatalité ? Existe-t-il des solutions ?

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Mal des transports : quand voyager devient un cauchemar
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Sommaire

Qu'est-ce que le mal des transports ?

Marina Carrère d'Encausse et Benoît Thevenet expliquent le mal des transports.

Un état nauséeux pouvant aller jusqu'au vomissement, et qui survient quand on est en voiture, en bateau, en train et même en avion... Il s'agit du mal des transports, aussi appelé cinétose. Si ce trouble est généralement sans gravité, il est néanmoins très désagréable pour ceux qui en souffrent et peut avoir des répercussions sur la vie sociale et professionnelle.

Comprendre le mal des transports. Notre organisme est truffé de capteurs sensoriels qui renseignent le cerveau sur nos mouvements et notre position dans l'espace. Ces récepteurs sont notamment présents au niveau de la plante des pieds et des différents muscles du squelette. La vision transmet des informations sur ce qui nous entoure et sur nos membres.

L'oreille intervient aussi puisque sa partie interne, le vestibule, est le siège de l'équilibre. Il est formé de trois canaux semi-circulaires disposés dans les trois directions de l'espace. Chacun donne une information sur le déplacement du corps : si on avance, si on recule ou si on descend. L'intérieur de ces canaux est tapissé de cils sensitifs et remplis de liquide renfermant des cristaux. Si on se déplace vers l'avant par exemple, le liquide bouge et entraîne les cristaux dans le sens contraire. Ce déplacement stimule les cils qui informent le cerveau : il en conclut alors que notre corps se déplace.

Lorsqu'on est en voiture par exemple, les informations que reçoit le cerveau sont contradictoires. L'oreille interne fait croire au cerveau que l'on se déplace car le liquide présent dans le vestibule bouge quand on est dans un véhicule. Alors que la vision et les autres capteurs n'envoient aucun message de mouvement. Le cerveau ne parvient à rétablir l'équilibre qu'au bout d'un certain temps. Sueurs froides, nausées et même des vomissements apparaissent et les trajets deviennent alors pénibles.

Combattre le mal de mer

L'équitest permet d'évaluer l'équilibre du patient.

Le comble pour un marin, c'est d'être malade en mer. Pourtant, il n'est pas rare que les marins professionnels souffrent de ce mal. Pour certains, la souffrance est même si pénible qu'un service leur est spécialement consacré à l'hôpital des armées de Brest.

Combattre le mal de l'air

Comment les pilotes de l'armée de l'air combattent-ils le mal de l'air ?

Le mal de l'air est un symptôme fréquent dans l'armée de l'air. Les deux tiers des élèves pilotes l'ont déjà ressenti.

Le mal de l'air diminue les capacités des soldats et peut même les empêcher de voler. Il faut donc les aider pour que ce symptôme disparaisse le plus rapidement possible.

Quand on veut devenir pilote dans l'armée de l'air, il faut maîtriser son avion, mais aussi ses sensations. Quand l'appareil passe sur le dos et que l'horizon tourne devant soi, le mal de l'air n'est pas loin.

À chaque fois qu'un élève pilote a le mal de l'air, il doit en parler avec le médecin du personnel navigant pour faire le point et trouver une solution à ce symptôme. "Notre cerveau et notre organisme ont l'habitude de travailler dans le plan horizontal et en deux dimensions. À partir du moment où on intervient dans la troisième dimension, on modifie les repères, les informations captées par les différents organes sensoriels sont différentes des schémas qu'on a l'habitude de connaître... Et du coup ce conflit est à l'origine de manifestations, de malaises, de nausées, de vomissements", explique le Dr Erwan Dulaurent, médecin du personnel navigant de la base aérienne de Cognac.

Lorsque le mal de l'air persiste, le pilote est pénalisé dans son apprentissage. Il ne peut pas effectuer toutes ses heures de vol. Le médecin peut prescrire de la relaxation et des patchs contre le mal des transports mais cela peut ne pas être suffisant. Le médecin peut alors orienter le pilote vers un kinésithérapeute afin de réaliser une réhabilitation vestibulaire. Cette rééducation traite les problèmes d'équilibre liés à un dysfonctionnement d'une partie de l'oreille interne, le vestibule. On propose aussi cette réhabilitation pour atténuer rapidement le mal des transports.

La séance chez le kinésithérapeute débute par l'équi-test, une évaluation des trois entrées sensorielles utilisées par le cerveau pour maintenir l'équilibre : la vue, l'oreille interne et les pieds. Après plusieurs tests, toutes les données sont rassemblées et permettent de dresser un bilan.

La rééducation se fait sur un fauteuil tournant. Les différents exercices permettent au cerveau d'apprendre à gérer des situations nouvelles d'instabilité sans que les nausées se déclenchent. Plusieurs séances sont nécessaires, l'objectif étant de réduire le temps d'adaptation du cerveau au mal de l'air.

Mal des transports : des troubles très handicapants

Pour participer au Dakar, Serge a dû vaincre son mal des transports.

Les marins ne sont pas les seuls à être touchés par le mal des transports. Le service de rééducation de l'hôpital des armées de Brest reçoit d'ailleurs de plus en plus de patients civils, qui sont notamment régulièrement malades en voiture.

Vaincre le mal des transports par la rééducation

En moyenne, une rééducation au mal des transports dure entre six mois et un an.

Quand on souffre du mal des transports, la seule alternative aux médicaments est la rééducation vestibulaire.

"Le mouvement des yeux va nous renseigner sur l'état des oreilles internes. Les yeux sont pilotés par les oreilles internes. Et en regardant le mouvement des yeux, on voit ce qui se passe dans les oreilles internes", explique Daniel Assaban, kinésithérapeute-rééducateur vestibulaire. Un problème d'oreille interne peut en effet accentuer le mal des transports. Il est donc important d'évacuer cette hypothèse. Si aucune anomalie n'est identifiée, la rééducation peut être mise en place.

La rééducation a lieu sur une plateforme de posturographie. "La plateforme de posturographie statique et dynamique permet d'analyser les différentes entrées neurosensorielles. Les yeux vont dire qu'ils sont droits, les oreilles vont dire qu'elles sont un peu penchées, les pieds vont dire qu'ils sont un peu en avant… Ce sont ces informations qui parviennent au cerveau qui ne sont pas concordantes et qui vont entraîner le mal de cœur, les nausées et les vomissements", note Daniel Assaban.

La rééducation se fait aussi grâce à une boule qui projette des lumières : "Cela a pour but de corriger le glissement rétinien des images, c'est-à-dire que quand une voiture, un train ou un car avance, les yeux vont capter les images latérales, sur les côtés et vont les lâcher pour en rattraper d'autres. Et très fréquemment on a des perturbations liées à ce phénomène. On va les corriger en projetant à une certaine vitesse et dans certains sens ces lumières sur les murs". Cet exercice dure une trentaine de secondes.

En moyenne, une rééducation au mal des transports dure entre six mois et un an.

Mal des transports : comment contre-attaquer ?

Envie de vomir, mal de crâne, vertiges et coups de chaleur, le mal des transports peut tourner au cauchemar pour ceux qui y sont sujets. Que faire pour mieux vivre les trajets en voiture ou en bateau que certains redoutent tant ? Eléments de réponses avec le Dr Loïs Bonne, chef du service ORL de l'hôpital d'instruction des armées de Clermont-Tonnerre, à Brest. 

  • Y a-t-il des précautions à prendre pour bien préparer un trajet lorsqu'on est sujet au mal des transports ?

Dr Loïs Bonne : "On peut donner quelques conseils pour mettre toutes les chances de son côté. Comme par exemple avoir bien dormi la nuit précédant le départ. Il est aussi nécessaire de ne pas partir le ventre vide. Un repas léger reste l'idéal. Et puis on n'y pense pas spontanément, mais porter des vêtements un peu amples sera toujours le plus judicieux."

  • Une fois embarqué, quel que soit le moyen de transport, quelles sont les astuces pour limiter les risques ?

Dr Loïs Bonne : "En mer, pensez à vous rapprocher du centre de gravité du bateau. Fixer un point sur l'horizon reste également une technique assez efficace pour limiter les états nauséeux. Lorsque c'est possible, prenez la barre ! S'intéresser à la navigation du bateau peut aider. Il en va de même en voiture, où les passagers vulnérables ont tout intérêt à prendre le volant. Et s'ils ne le font pas, ils se sentiront toujours mieux à l'avant, car avoir accès au panorama du paysage défilant permet de disposer d'une information visuelle cohérente avec le déplacement du véhicule."

  • L'anxiété peut-elle jouer ?

Dr Loïs Bonne : "En tout cas, il est indiqué de gérer sa respiration un peu comme dans les exercices de relaxation. Adopter une respiration abdominale, profonde et relativement lente donne souvent de bons résultats."

  • Quels sont les autres facteurs à prendre en compte ?

Dr Loïs Bonne : "En mer, les marins-pêcheurs sont souvent gênés par des odeurs très fortes, de gasoil ou de poissons. Cela peut clairement accentuer un état nauséeux ou une certaine vulnérabilité. De même, sur un bateau de plaisance, attention à certaines odeurs de plastique ou de renfermé, liées à l'humidité des cabines. Chacun, avec son imagination, développera ses petites techniques pour ne pas être indisposé."

  • Les médicaments peuvent-ils être efficaces ?

Dr Loïs Bonne : "Pour des trajets de quelques heures, on peut avoir recours à des antihistaminiques pour diminuer les risques de nausées. Au-delà, lors par exemple d'une sortie en bateau de plus de trois jours, il existe des patchs d'atropine, dont l'efficacité n'est effective qu'au bout de 12 heures après la prise, et pour une durée d'environ 72 heures. Attention toutefois aux effets secondaires possibles : somnolence, difficulté à se concentrer, sécheresse de la bouche et éventuellement rétention urinaire."

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