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En finir avec les douleurs chroniques

Les douleurs chroniques arrivent doucement, presque sournoisement et s'installent progressivement. Elles provoquent l'épuisement et un sentiment d'impuissance. Mais ces douleurs se transforment aussi en douleur psychique face à l'absence d'explication médicale et une prise en charge tardive.

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En finir avec les douleurs chroniques
En finir avec les douleurs chroniques
Sommaire

Le mécanisme de la douleur

Benoît Thevenet et Michel Cymes expliquent le mécanisme de la douleur.

En France, près d'une personne sur cinq souffre de douleurs chroniques, des douleurs persistantes malgré les traitements. Céphalées, douleurs osseuses ou articulaires, brûlures, fourmillements, sensation de décharges électriques… les douleurs chroniques gâchent la vie des patients : épuisement, anxiété, sentiment d'impuissance… Pire encore, ces douleurs incomprises peuvent conduire certains patients à la dépression.  

Normalement, la douleur est un signal d'alarme censé protéger le corps des agressions. Mais quand elle dure plus de trois mois, elle devient une véritable maladie qui nécessite une prise en charge.

Le mécanisme de la douleur

Des récepteurs spécialisés (les nocicepteurs) vont tout d'abord capter l'information de la douleur. L'information est transmise par les nerfs jusqu'au centre d'analyse : le cerveau. Quand on se blesse avec un couteau par exemple, les informations arrivent d'abord à la moelle épinière pour déclencher un réflexe : on retire la main sans même y penser. Puis, le message continue jusqu'au cerveau pour l'alerter. Ce dernier après analyse, perçoit la sensation douloureuse. On décide alors de soigner la blessure, ce qui permettra de diminuer progressivement la sensation douloureuse.

Il arrive que la douleur ne s'arrête pas, même après guérison de la blessure. Quand elle devient chronique, la souffrance est due à un dérèglement des circuits de la douleur. Les cellules nerveuses qui ont été lésées émettent spontanément des messages qui déclenchent en permanence une fausse alerte. Lorsque les signaux erronés atteignent le cerveau, la douleur paraît aussi réelle que celle causée lorsqu'on s'est blessé.

En France, la douleur constitue l'un des premiers motifs de consultation. Il s'agit même d'une priorité de santé pour 54% des Français. Sa prise en charge demeure un problème de santé majeur puisqu'en France, une personne sur cinq souffre de douleurs chroniques modérées à intenses et 64% des personnes recevant un traitement, rapportent être modérément soulagées sur le long terme.

Douleurs chroniques : la comprendre pour mieux la prendre en charge

Prise en charge d'un patient dans un centre anti-douleur à Marseille

Il est très difficile d'éradiquer totalement les douleurs chroniques. En revanche, il existe de nombreux traitements pour apaiser les crises et l'intensité des symptômes.

Essayer de poser des mots sur ses douleurs, être entendu, pris en charge... c'est ce que proposent les consultations dans les centres anti-douleur. Outre les traitements anti-douleur, de nombreuses activités (relaxation, hypnose, médecine chinoise, art-thérapie…) sont proposées pour combattre les douleurs chroniques qui usent psychologiquement les patients.

Douleurs chroniques : le recours à la chirurgie

Attention images de chirurgie !

Quand des douleurs persistent alors que le patient a été traité, il s'agit peut-être de douleurs neuropathiques. Ce sont des douleurs engendrées par une lésion du système nerveux, compliquées à prendre en charge.

Aujourd'hui, des techniques chirurgicales permettent d'empêcher le message douloureux d'arriver jusqu'au cerveau.

Douleurs chroniques : de nouveaux traitements à l'essai

De nouvelles prises en charge de la douleur sont actuellement testées. C'est le cas de la stimulation magnétique transcrânienne répétitive.

Pour soulager les douleurs chroniques, un nouveau traitement est actuellement testé : la stimulation magnétique transcrânienne. "L'idée de ces stimulations est de stimuler, d'activer des systèmes de modulation de la douleur que nous avons tous dans le cerveau et qui permettent de contrôler la transmission de la douleur, la perception douloureuse. On pense que ces techniques de stimulation sont un des moyens de réactiver des systèmes défaillants chez certains patients", explique le Dr Didier Bouhassira, neurologue.

Une bobine placée directement sur la tête du patient envoie le champ magnétique sur la cible. La séance dure une quinzaine de minutes. Cette stimulation s'inscrit dans une évaluation clinique. Son but : mettre en évidence l'intérêt de ce nouveau traitement pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. "L'objectif est de pouvoir faire passer ce traitement en thérapie. C'est-à-dire que les patients, dans n'importe quel centre anti-douleur, puissent avoir accès à cette thérapie parce que beaucoup de médicaments n'arrivent pas à traiter la douleur et on se retrouve avec des gens qui sont douloureux malgré la multitude de médicaments qu'ils prennent", précise Frédérique Poindessous-Jazat, neurophysiologiste. Ainsi ce traitement permettrait de diminuer les doses de médicaments.

À l'avenir, des séances de stimulation magnétique transcrânienne pourraient être proposées en cure de trois à six mois. Pour l'instant, les études montrent une efficacité chez 30 à 40% des personnes souffrant de douleurs chroniques.

Douleurs chroniques post-opératoires et anxiété : y a-t-il un lien ?

Les douleurs chroniques post-opératoires représentent 15% des consultations dans les centres anti-douleur.

Y aurait-il un lien entre l'anxiété ressentie par le patient avant une intervention chirurgicale et la survenue de douleurs chroniques post-opératoires ? C'est ce que semblent montrer des recherches actuellement en cours.

Une étude s'est intéressée aux relations entre l'anxiété et les douleurs post-opératoires. Et les résultats de cette étude sont incontestables comme le confirme Sophie Baudic, neuropsychologue : "Quand on a commencé à dépouiller les résultats, on a montré que l'anxiété était un facteur de risque de survenue d'une douleur chronique post-opératoire, surtout lorsque l'intensité d'anxiété est élevée".

Pour Sophie Baudic, cette étude montre qu'il faudrait une prise en charge précoce pour les personnes anxieuses et émotives : "Nous avons des personnes qui sont totalement paniquées à l'idée de la chirurgie. Le fait de leur apporter une information pertinente qui les concerne permet de dédramatiser la situation et de réduire l'intensité de l'anxiété. Ils abordent du coup la chirurgie dans de meilleures conditions".

Les douleurs chroniques post-opératoires représentent 15% des consultations dans les centres anti-douleur. Parmi celles-ci, plus de 37% des cas viennent à la suite d'une mastectomie.

Douleurs chroniques : la musique adoucit les douleurs

Ecouter de la musique plusieurs fois par jour permet de mieux lutter contre la douleur.

En France, plus de vingt millions de Français vivent avec des douleurs chroniques. Des douleurs chroniques qui entraînent une dégradation considérable de la qualité de vie : arrêt de travail, perte d'emploi, fatigue, anxiété, isolement, dépression… 28% des patients douloureux chroniques estiment même que la douleur est parfois telle qu'ils ressentent l'envie de mourir.

Au CHU de Montpellier, les patients hospitalisés pour des douleurs chroniques bénéficient dans leur prise en charge, de séances de musicothérapie. Il ne s'agit pas de jouer d'un instrument mais d'écouter de la musique plusieurs fois par jour pour mieux lutter contre la douleur.

Ecouter de la musique pour oublier un corps douloureux. Pendant une vingtaine de minutes, la musique emmène les patients douloureux chroniques loin de leurs douleurs. Jazz, classique, rock, électro ou orientale… la musique s'adapte aux goûts des patients. Et à raison d'au moins trois séances de vingt minutes par jour, la musique fait partie intégrante du traitement de la douleur chronique.

"L'objectif est de se baser sur les principes de la relaxation et de l'hypnoanalgésie et de modifier l'état de conscience du patient par les paramètres musicaux", explique Stéphane Guétin, musicothérapeute. Rythme, instruments, volume… cinq années d'étude ont été nécessaires pour mettre au point les musiques qui ont toutes été composées selon un même schéma en forme de U : "On va jouer sur le rythme au début de la séance, progressivement le tempo va ralentir, le nombre d'instruments ou de la formation orchestrale va être réduit pour arriver à quelque chose de plus intimiste et beaucoup plus doux. Au milieu de la séance qui représente l'état de relaxation profond, on modifie l'état de conscience, le patient ressent moins de douleurs puisqu'il est moins tendu, moins stressé, il y a moins de tensions musculaires. Et en fin de séance, on redynamise le patient, on le fait passer en phase d'éveil par une réintroduction progressive du tempo et de la formation orchestrale". 

Le Dr Patrick Giniès, responsable du centre d'évaluation et du traitement de la douleur du CHRU de Montpellier, présente les bienfaits de la musicothérapie sur les douleurs chroniques : "Les patients ont vécu un corps douloureux qui s'est crispé, tendu… La musique va donner une expérience corporelle différente. Deuxièmement, la musique va agir sur le coeur, les émotions, il y a donc un effet sur la façon de vivre cette chair douloureuse par les émotions positives que la musique va introduire. Troisièmement, la musique va agir sur la tête. On souffre avec sa tête, un patient douloureux qui a des années de mémoire de la douleur ne peut pas s'imaginer vivre autre chose que cet enfer de la douleur. La possibilité de vivre même vingt minutes dans ce montage en U une expérience d'allégement de la douleur est un élément positif pour une mémoire positive de la douleur".

Les patients à qui la musicothérapie est proposée en plus des traitements antalgiques traditionnels observent une baisse de 50% de leurs douleurs ainsi qu'une diminution significative de leur consommation de médicaments.

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