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Vin et santé : on n'a pas fini de nous tanner avec le resvératrol…

Présent dans le vin – mais aussi le chocolat, les mûres ou certains fruits à coques – le resvératrol est une molécule dont les propriétés anti-oxydantes ont été démontrées en laboratoire il y a près de 30 ans. Si certains chercheurs ont cru voir dans ce polyphénol l'explication du "paradoxe français" (nous vivons vieux et en bonne santé en dépit de notre consommation d'alcool), son influence sur l'espérance de vie ou l'apparition des cancers a, depuis, été infirmée. Pourtant, cette substance chimique est bel et bien susceptible d'interagir avec notre organisme. Des chercheurs nord-américains viennent de préciser ces mécanismes dans un article publié dans la revue Nature.

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Vin et santé : on n'a pas fini de nous tanner avec le resvératrol…
Vin et santé : on n'a pas fini de nous tanner avec le resvératrol…

En laboratoire, les propriétés anti-oxydantes (voir encadré) du resvératrol ne font aucun doute. Injecté au coeur de la cellule, il interagit avec de multiples cibles moléculaires. Lorsqu'il est en circulation libre dans l'organisme d'un animal de laboratoire, les effets observés dépendent généralement de concentrations très importantes (des milliers de fois supérieures à celles qui pourrait être obtenues avec la consommation du vin(1)).

Une partie de l'activité chimique propre au fonctionnement de nos cellules se fait en présence d'oxygène. Les "déchets" de ces réactions d'oxydation (radicaux libres, peroxydes…) sont malheureusement susceptibles d'entrer en interaction avec de nombreux éléments cellulaires, et d'en perturber le fonctionnement (dégradation de la membrane, accidents lors de la division cellulaire, etc.). Des molécules dites antioxydantes ont la capacité de limiter la production de ces déchets, d'autres stimulant leur élimination.

De fait, l'apport de cet antioxydant par la consommation de vin semble sans effet notable sur la longévité ou la santé. Comme l'a récemment souligné une étude au long cours réalisée dans une région viticole italienne, les personnes présentant les taux de resvératrol les plus élevés... ne vivent pas plus longtemps et n'ont pas moins de maladies cardiovasculaires ou de cancers que celles affichant des taux faibles.

En revanche cette molécule, une fois isolée, peut théoriquement être utilisée à des fins thérapeutiques(2).

Ses mécanismes d'action exacts, au sein de la cellule, sont assez mal connus. Des chercheurs étasuniens viennent d'expliquer dans la revue Nature l'un des mécanismes en jeu.

Des interactions dans le noyau de la cellule

A l'origine de leur découverte, un constat : un segment de la longue molécule de resvératrol ressemble fortement à une enzyme humaine du nom de TyrRS (tyrosyl transfer-RNA synthetase). Or, selon des travaux récents, dans les situations de stress oxydatif, cette TyrRS pénètre dans le noyau cellulaire pour activer plusieurs gènes codants pour des défenses anti-oxydantes.

Chez la souris, les chercheurs ont démontré que le fameux fragment de resvératrol – faux jumeau de TyrRS – interagissait effectivement avec l'ADN. De même, des molécules qui entravent l'activité de TyrRS… interagissent de façon identique avec le resvératrol.

Les auteurs de ses travaux s'enthousiasment du fait que les doses à partir desquelles les effets cellulaires ont été observés sont "très faibles". Cette observation permettra, à terme, de mieux utiliser le potentiel de cet antioxydant dans un contexte thérapeutique.

Quant au resvératrol absorbé en buvant un ballon de rouge, il n'est probablement pas "sans effet", mais les manifestations de cette activité restent pour l'heure indétectables à l'échelle de l'organisme ou de la vie des individus.

 

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(1) Dans un litre de vin rouge français, on trouve en moyenne 5,4 milligrammes de resvératrol.

(2) Il existe toutefois certaines limitations : par exemple, de très fortes doses de resvératrol – bien supérieure, là encore, à celles associée à l'alimentation humaine normale – sont déconseillées aux patients souffrant de certaines maladies auto-immunes. Voir Tsunoda et coll. The American Journal of Pathology, oct. 2013.

 

Source : A human tRNA synthetase is a potent PARP1-activating effector target for resveratrol. M. Sajish & P. Schimmel. Nature, 22 dec. 2014 doi:10.1038/nature14028

 

Pour en savoir plus sur le resvératrol et les anti-oxydants :

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