Drogue du zombie : ces sels de bain qui révèlent des pulsions cannibales ?

La police de Miami vient de publier une mise en garde contre les sels de bain, connus aussi sous le nom de "septième ciel", cette drogue de synthèse puissante et extrêmement neurotoxique, sous l'emprise de laquelle plusieurs usagers auraient été pris de pulsions cannibales.

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Drogue du zombie : ces sels de bain qui révèlent des pulsions cannibales ?
Drogue du zombie : ces sels de bain qui révèlent des pulsions cannibales ?

Une drogue peut-elle donner l'envie... de manger de la chair humaine ? Cela fait un an que les premiers cas de réactions violentes à une nouvelle substance sont apparus aux Etats-Unis : des personnes présentées aux Urgences dans un très grand état d'agitation. Ces personnes étaient sous l'effet d'une drogue nouvelle : des sels de bain, connus aussi sous le nom de "septième ciel".

Sels de bain, une drogue connue aussi sous le nom de ''septième ciel''

"Mettez ensemble les pires effets de la méthamphétamine, de la cocaïne, de l'ecstasy et du LSD et vous aurez une idée de l'état dans lequel, on voit arriver ces patients", avait expliqué le directeur du Lousiana Poison Center au New York Times, en juillet 2011.

Mais depuis une semaine, elle a pris aussi le nom de "drogue du zombie" : c'est en effet la même substance qu'avait pris Rudy Eugène, le "cannibale de Miami", cet homme surpris et abattu alors qu'il était nu, en train de dévorer le visage d'un SDF fin mai 2012. 

Bientôt interdite au Canada

La police de Miami vient justement de lancer un avertissement sur cette drogue tandis le Canada a annoncé son intention de l'interdire. Un deuxième cas vient en effet d'être rapporté justement à Miami. Un SDF a menacé de manger un des deux policiers venus l'interpeller alors qu'il était entré dans un restaurant agité, en vociférant des insultes. Une fois arrivé au commissariat, l'homme se serait mis à grogner comme un animal et aurait essayé de mordre la main d'un des agents. Rapidement maîtrisé, les policiers avaient dû lui mettre un masque anti-morsures et lui lier les jambes.

Mark Ryan, directeur d'un centre antipoison en Louisiane et expert en produits de synthèse, a indiqué à l'AFP que les "sels de bain" étaient apparus pour la première fois aux Etats-Unis en 2010. En 2011, 6000 cas de réactions violentes auraient été rapportés, comme entre autres, des personnes se jetant nues de leur fenêtre, ou une autre se suicidant par balle un jour après avoir tenté de trancher sa propre gorge. "Quelqu'un s'était aussi barricadé dans son grenier avec une arme en croyant qu'il y avait des envahisseurs et qu'il devait les tuer". 

Un nouveau mélange très chimique... mais pas une potion de cannibales

Les "sels de bain", vendus entre 18 et 40 euros le gramme, prennent la forme de poudre ou de cristaux qui se fument, se sniffent ou s'injectent. Ils contiennent de la méphédrone et du MDPV (Methylene-dioxy-pyro-valerone), des substances chimiques dérivées du qat, un stimulant originaire de la péninsule arabique et de l'Afrique orientale,  illégal aux Etats-Unis.

"Les mélanges peuvent être différents, mais la méphédrone, en association avec des excitants, peut induire de gros changements de comportements", analyse Jean-Pol Tassin, neurobiologiste et directeur de recherche à l'Inserm. "La méphédrone entraîne une libération importante de trois neuromodulateurs : la dopamine, la noradrénaline et surtout la sérotonine, ce qui va provoquer des états d'excitation, de psychoses et de fortes hallucinations". Les principaux effets constatés lors de la prise sont de l'agitation, de l'insomnie, de l'irritabilité, des vertiges, de la dépression, de la paranoïa, des hallucinations, des pensées suicidaires et des crises de panique.

Pour autant, d'après Jean-Pol Tassin, cette drogue ne peut pas donner des envies cannibales. Elle modifie les comportements, elle peut donner des envies liées à l'inconscient, ou induire une perte de contrôle très forte si elle est mal dosée, mais on ne peut pas la lier à des envies aussi spécifiques que le cannibalisme".

Avant d'arriver aux Etats-Unis, les "sels de bain" ont fait des ravages en Grande-Bretagne, où ils ont été interdits en avril 2010. Elle est aussi prohibée en France, bien qu'elle reste peu répandue. La majeure partie de la production vient de Chine et d'Inde, où les entreprises chimiques sont soumises à un contrôle moins rigoureux.

Le composant a été également interdit en octobre 2011 dans 28 Etats américains, pour un an, le temps d'étudier si ces composants doivent faire l'objet de contrôles permanents. 

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