Cancer : quand les médecines ''douces'' parasitent le traitement

Les thérapies "complémentaires" les plus courantes compromettent l'efficacité des traitements de fond contre le cancer, alertent dans une déclaration commune les participants du congrès Clinical Oncology Society of Australia (Cosa).

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Le terme de "thérapie complémentaire" englobe de nombreuses pratiques adoptées par les malades pour rendre plus supportable un traitement, renforcer ses effets, voire contribuer indépendamment à la guérison. Près de 70% des malades du cancer auraient recours à ces "médecines douces".

La plupart de ces pratiques ont déjà été évaluées dans le cadre d'essais cliniques ; certaines apportent un "mieux être" réel ; d'autres n'ont aucune efficacité propre, ne présentant donc aucun danger – tant que le patient n'abandonne pas son traitement pour elles, car il ne s'agit jamais d'alternatives aux traitements proposés.

Certaines thérapies complémentaires encouragent la prise de certains aliments ou substances interagissant réellement avec l'organisme. Or, ces substances actives peuvent interagir avec les traitements de fond, ont alerté les membres de la Clinical Oncology Society of Australia (Cosa), lors de leur dernière conférence annuelle.

Leur inquiétude est notamment nourrie par les résultats d'une enquête du centre de cancérologie Peter MacCallum de Melbourne, réalisée auprès de 462 patients, selon laquelle les thérapies complémentaires "les plus fréquemment mentionnées [dans les questionnaires] peuvent toutes potentiellement compromettre l'efficacité des traitements [de fond] tels que radiothérapie, la chimiothérapie et certaines interventions chirurgicales".

Régimes complémentaires

En temps normal, il n'y a pas grand chose à reprocher à la consommation, en quantité raisonnable, de gingembre, d'huile de poisson, de curcuma, de chardon-Marie, de thé vert, de réglisse, d'astragale, de champignon reishi (Ganoderme luisant), de coenzyme Q10, ou de lactobacillus(1). "Lorsqu'ils sont consommés dans le cadre d'un régime alimentaire sain, ils ne sont pas susceptibles d'entraîner des problèmes", explique Sally Brooks, spécialiste en pharmacologie qui a coordonné cette étude. Mais lorsqu'ils sont absorbés dans les quantités préconisées par les "régimes complémentaires", "tous ces produits peuvent entrer en interaction chimique avec les traitements du cancer" ayant une efficacité cliniquement démontrée.

"Certains peuvent diminuer l'efficacité de la chimiothérapie, tandis que d'autres en augmentent les effets, faisant encourir au patient un risque réel d'intoxication", poursuit la chercheuse. "Ceux qui contiennent des niveaux élevés d'antioxydants peuvent interférer avec à la fois une chimiothérapie et une radiothérapie."(2)

Les membres du Cosa se gardent bien de mettre toutes les thérapies dans le même panier, et notent qu'il est parfois "approprié de [préconiser] les thérapies complémentaires sans danger pour les [patients], quand bien même aucun élément de preuve n'en suggère [l'efficacité réelle], en ce que le recours à ces traitement apportent un soulagement de l'anxiété [des malades]".

Ils invitent cependant les praticiens à être vigilants et, surtout, à bien évaluer les conséquences de leurs préconisations sur la santé des patients. Les médecines dites "douces" peuvent avoir des effets "forts", et blesser plus qu'elles ne soignent !

"Les patients pourraient, à tort, présumer que tout ce qui est étiqueté « complémentaire » peut  « compléter » les thérapies conventionnelles, et croire que tout ce qui est « naturel » est sans danger", a expliqué le professeur Sandro Porceddu, président du Cosa. "Les patients [doivent] échanger avec leur médecin au sujet de toute thérapie complémentaire ou alternative qu'ils utilisent ou envisagent d'utiliser, afin de minimiser les risques(3)".

Dans leur déclaration commune, les membres du Cosa observent par ailleurs que les patients atteints de cancers doivent parfois faire face aux coûts importants de ces thérapies complémentaires, "à un moment où ils peuvent être déjà en difficultés financières" du fait d'une baisse de leur activité professionnelle et du coût des traitements conventionnels. "Les professionnels de santé devraient demander à leur patients de prendre en compte ce coût lorsqu'ils envisagent d'utiliser ces thérapies", en particulier "lorsque leurs avantages ne sont pas clairement établis". En conclusion du texte, les auteurs renvoient les médecins à de nombreuses ressources documentaires destinées à faciliter l'échange avec leurs patients autour de ces questions.

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(1) Certains de ces aliments ont des propriétés médicinales vraisemblables ou avérées, dans des contextes thérapeutiques précis. Par exemple, le chardon-Marie a des effets vraisemblables (niveau de preuve "moyen") dans la réduction des lésions hépatiques liées à la consommation d'alcool ; le gingembre a des effets plausibles (niveau de preuve "moyen" également) en terme de réduction des nausées. (Source : Médecines douces, info ou intox ? de S.Singh et E.Ernst)

(2) Dans un document de synthèse, les membres du Cosa observent par ailleurs que ces interactions peuvent biaiser le résultat d'essais cliniques dans lesquels certains patients sont enrôlés.

(3) Dans un compte rendu du congrès du Cosa, le quotidien the Guardian rappelle que des études antérieures pointent du doigt que le recours à certaines pratiques complémentaires entraînent non pas une amélioration, mais une diminution de la qualité de vie, les patients qui y ont recours décédant plus tôt que les autres. 

Source : Déclaration collective du COSA sur l'utilisation des thérapies complémentaires et alternatives par les patients atteints d'un cancer [pdf] 


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