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Agressions des médecins : des déclarations en hausse

Menace pour obtenir un certificat médical ou agression pour un arrêt maladie refusé : essentiellement verbales, les violences contre les médecins ont augmenté en 2013, selon le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom), qui plaide pour une meilleure prévention.

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Agressions des médecins : des déclarations en hausse
Agressions des médecins : des déclarations en hausse

Une hausse des agressions de médecins en 2013

Sur les 199.419 médecins en activité régulière, 925 fiches de déclarations d'incidents - agressions physiques ou verbales - ont été remplies en 2013, contre 798 en 2012, selon le bilan réalisé par l'institut Ipsos publié mardi 1er avril 2014.

Ces chiffres sont au-dessus de la moyenne des 11 dernières années (689), relève le docteur Bernard Le Douarin, de l'Observatoire pour la sécurité des médecins du Cnom.

Cette hausse peut s'expliquer par les campagnes de sensibilisation incitant les médecins à déclarer les incidents, selon lui. "Par empathie" et "peur des représailles", les médecins ne déclaraient pas les agressions, mais avec la multiplication des incidents, ils les signalent de plus en plus, souligne le Dr Le Douarin.

Pour lui, les chiffres communiqués "ne sont que la partie immergée de l'iceberg", car les déclarations adressées par les médecins au conseil de l'ordre sont facultatives.

L'agresseur est le patient dans un cas sur deux

Selon le bilan du Cnom, dans neuf cas sur dix, la victime est le médecin lui-même et une fois sur deux l'agresseur est le patient. Les généralistes arrivent en première ligne (58%), et parmi les spécialistes, les ophtalmologues sont les plus touchés.

Ces agressions interviennent essentiellement dans les villes, avec une augmentation dans les centres-ville où les temps de consultation peuvent être limités et les possibilités pour le médecin de fournir des explications aux patients d'autant plus.

Les incidents sont en légère diminution en banlieue et se stabilise à la campagne, puisque "la désertification" de ces territoires renforce le lien fort avec le médecin traitant, selon le Dr Le Douarin.

"Toutes les incivilités, les insultes et menaces en lien direct avec l'acte médical se multiplient. Nous constatons une exaspération des patients (...) qui sont de plus en plus revendicatifs", note le Dr Le Douarin.

Agression pour un refus de prescription ou d'arrêt de travail

La violence se manifeste principalement par des agressions verbales ou des menaces, une tendance en constante hausse depuis 2006 (43%). Parallèlement, les agressions physiques avec coups et blessures (11%) diminuent en 2013.

Dans un tiers des cas, l'incident est lié à un mécontentement de la prise en charge, arrivent ensuite le refus de prescription de médicaments ou d'arrêt de travail, et un temps d'attente jugé excessif.

Les atteintes aux biens représentent près d'un tiers des incidents signalés, avec des vols ou tentatives de vol (d'un ordonnancier ou de tampons professionnels notamment). Les agressions peuvent être violentes et armées. Couteau, hache, fusil, parpaing ou canne sont en effet cités parmi les armes utilisées.

"Les médecins sont formés à soigner, pas à traiter ce genre de comportement face auxquels ils peuvent se retrouver perdus et démunis", explique le Dr Le Douarin.

Un numéro d'appel d'urgence pour les médecins

Prévenir les réactions violentes des patients, "c'est là-dessus que l'on essaie de travailler sur le territoire", ajoute-t-il. Des films et des affiches vont être distribués aux professionnels de santé pour leur permettre d'identifier les signaux annonciateurs d'une situation difficile à gérer, et les inciter à mieux communiquer aux patients lors des consultations.

Un protocole sur la sécurité des professionnels de santé, établi par les ministères de la Justice, de la Santé et de l'Intérieur, prévoit entre autres un correspondant départemental "aide aux victimes", un numéro d'appel d'urgence dédié ainsi que la possibilité d'avoir un dépôt de plainte réalisé au cabinet.

Le premier syndical de médecins libéraux (CSMF) demande aussi le "renforcement immédiat" de ce protocole national de sécurité, notamment la généralisation à tous les médecins libéraux des dispositifs d'alerte en cas d'atteinte à leur sécurité.

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