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Bataille de Mossoul : des médecins au secours des civils

Quelques jours avant la reprise de Mossoul par les forces kurdes et irakiennes, nous avons suivi sur place pour In Vivo, les équipes de Médecins sans frontières qui interviennent au plus près des combats. Francesco Segoni, coordinateur MSF, explique les conditions des soins et fait le point sur la situation actuelle à Mossoul.

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Entretien avec Francesco Segoni, coordinateur MSF à Mossoul Est, invité du Magazine de la santé du 15 septembre 2017


Retrouvez tous les épisodes de la série In Vivo "Bataille de Mossoul : des médecins au secours des civils" en replay sur notre site (attention, images de chirurgie qui peuvent choquer)

  • Quel bilan peut-on faire aujourd’hui de l’état de santé des civils à Mossoul ?

Francesco Segoni, coordinateur MSF : "Globalement, la phase d’urgence caractérisée par l’arrivée de cas de traumatologie gravissimes comme on peut le voir dans le reportage est terminée. Néanmoins, la situation reste très compliquée en termes d’accès aux soins. La capacité de prise en charge des malades chroniques, des soins de suite et des cas de grossesses compliquées reste très insuffisante. Que l'on parle de diabète, de problèmes cardio-vasculaires ou d'un suivi post-opératoire pour un cas de traumatisme grave, les hôpitaux de Mossoul continuent à manquer de médicaments, de matériel médical et souvent, de personnel."

  • Combien de civils ont fui les combats ? Ou sont-ils logés maintenant et ont-ils accès aux soins ?

Francesco Segoni, coordinateur MSF : "Près d’un million de civils ont fui les combats entre fin 2016 jusqu’à fin juin. Maintenant, la tendance à se déplacer s’est arrêtée. On peut penser que la population va revenir vers la ville de Mossoul. Mais de nombreuses maisons ont été détruites. Le travail de reconstruction à venir est immense avant que les habitants puissent retrouver leur logis. Pour l’instant, les déplacés sont hébergés dans des camps organisés aux alentours de Mossoul et jusqu’au Kurdistan. Ces camps ont été mis en place par le HCR des nations unies et MSF intervient pour la partie médicale mais ce n’est pas notre activité principale. D’autres ont trouvé refuge dans les maisons de leurs familles ou amis mais les conditions sont extrêmement précaires et l’accès aux soins difficile".

  • Pendant les combats, la situation était tendue et de nombreux hôpitaux ont été bombardés. Vous êtes-vous sentis menacés dans les structures où vous interveniez ?

Francesco Segoni, coordinateur MSF : "Il y a toujours des risques lorsque l’on est proche des zones de combats mais quand il est trop grand MSF préfère fermer ses structures. Une telle situation s’est produite à Mossoul Ouest quand une structure médicale qui était à la portée des tirs a été touchée par une balle perdue. Elle a été fermée au bout de trois semaines d’activité. Nous, nous étions à Mossoul Est, plus éloignés de la ligne de front. Nous n’avons jamais été touchés mais la tension était palpable car nous savions que des cellules dormantes de Daesh étaient possiblement présentes autour de nous".  

  • Vous est-il arrivé de recevoir un patient qui appartenait à l’EI, preniez-vous des précautions particulières dans ce cas ?

Francesco Segoni, coordinateur MSF : "Il nous est arrivé de recevoir des combattant des deux camps : soldats irakiens ou appartenant à l’EI. Ils étaient soignés avec tout le monde, dans la même salle d’hospitalisation car pour MSF un patient est un patient. C’est une règle d’or que l’on respecte toujours. Les médecins internationaux l’expliquaient aux médecins irakiens qui travaillaient avec MSF. Ils ont tous respectés cette règle malgré la difficulté pour eux de soigner des personnes qui pouvaient à l’origine de drames personnels. D’autre part, nous ne transigions pas sur le fait d'exclure les armes de nos structures. Il fallait parfois négocier âprement pour que les militaires déposent leurs armes mais il n’y avait pas d’exception à la règle. Ceci permettait déjà de désamorcer les tensions. Ensuite nous essayions de traiter ces patients avec un maximum de normalité."

  • Maintenant que les combats ont cessé, quelle forme prend votre action ?

Francesco Segoni, coordinateur MSF : "L’hôpital de Mossoul Est dont j’étais coordinateur a été fermé. Maintenant que la prise en charge des urgences est terminée MSF essaie de se focaliser sur la remise en marche des hôpitaux à Mossoul en partenariat avec le ministère. En effet, le système de santé a été très touché, très endommagé par les bombardements de l’armée car beaucoup d’hôpitaux étaient occupés par Daesh. Aujourd’hui, après la fin des combats, une dizaine d’expatriés et environ 200 médecins irakiens travaillent encore pour MSF. Les équipes médicales internationales prennent en charge les patients avec leurs homologues irakiens. Il y a indirectement une action de formation car nous appliquons les protocoles de MSF sur place. Nous apportons également les médicaments, le matériel, les consommables, les équipements car depuis trois ans, le ministère de la santé a arrêté d’injecter des ressources dans les hôpitaux, même les salaires des médecins ne sont plus versés."

Pour faire un don, rendez-vous sur site de Médecins sans frontières.