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Les urgences de Saint-Malo à bout de souffle sont en grève depuis plus d’un mois

Le personnel médical des urgences de Saint-Malo a entamé une grève le 14 janvier 2019. Il dénonce un manque de moyen et une situation dangereuse pour les soignants comme pour les patients.

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Les urgences de Saint-Malo à bout de souffle sont en grève depuis plus d’un mois
©Facebook-Les tenues blanches des urgences de Saint-Malo

"On vous souhaite toute la santé du monde, mais sans moyen on ne peut rien" chante le personnel médical des urgences de Saint-Malo dans une vidéo visionnée plus d’1,3 million de fois. Sur leur page Facebook "Les tenues blanches des urgences de Saint Malo", ces soignants affichent leur combat et leur détermination : en grève depuis le 14 janvier 2019, ils réclament davantage de moyens pour davantage de sécurité à la fois pour eux et pour leurs patients.

"C’est dangereux pour les patients, c’est dangereux pour nous"

Car si le nombre de patients augmente, le nombre de soignants, lui, stagne. "En 2001, il y avait 25 000 passages aux urgences par an. Maintenant, on dépasse les 40 000", rapporte à l’AFP Patrick Gautier, représentant syndical (SUD, majoritaire), s'appuyant sur un rapport rédigé en 2017 par le chef de service. "On travaille dans des conditions qui ne nous permettent plus de faire notre boulot correctement. C'est dangereux pour les patients, c'est dangereux pour nous. C'est pour ça qu'on est en grève" résume Katell Dubois, infirmière au service des urgences depuis 20 ans, dont 15 de nuit.

Burn-out et "hémorragie du personnel"

Et en plus des urgences hospitalières, le service gère aussi les urgences en extérieur, à travers le SMUR (service mobile d'urgence et de réanimation), ainsi que la répartition des produits sanguins selon les besoins dans les différents services, sauf entre 9H00 et 17H00. Car l'hôpital de Saint-Malo est le seul établissement à ne pas disposer d'une antenne autonome de l'Etablissement français du sang (EFS), selon le personnel.
"Ce qui veut dire que, s'il y a une urgence à l'extérieur ou si un service a besoin de produits sanguins, un travail de grande précision, ce sont des personnes de notre service qui y vont et ceux qui restent ont une charge encore plus lourde. Sans parler qu'après 23H00, il n'y a plus de secrétaire, et que c'est donc l'infirmière qui doit faire en plus l'administratif...", énumère Katell Dubois. 

Une situation tendue qui a aboutit à plusieurs burn-out parmi les soignants et à une "hémorragie du personnel médical juste avant la période estivale" en 2018 qui a duré jusqu’en novembre. "Comme il y avait moins de médecins, les infirmières et les paramédicaux se sont retrouvés en première ligne… » témoigne Patrick Gautier.

L’hôpital de Saint-Malo en déficit de 4 millions d’euros

La direction de l’hôpital de Saint-Malo se dit de son côté "très attentive à la situation". Florence Roussel, directrice ajointe, précise à l’AFP : "On a fait des avancées importantes, on est dans une démarche constructive. […] Mais nous sommes vigilants quant à la nécessité de rééquilibrer nos comptes", rappelant que l'établissement est en déficit de "6 millions d'euros, 4 avec l'aide de l'ARS (Agence Régionale de Santé, ndlr)". Un audit sur la situation des urgences de Saint-Malo est attendu et le directeur de l’ARS Bretagne, Olivier de Cadeville confie à l’AFP que l’ARS "pourrait accompagner financièrement les projets calibrés" retenus au terme des négociations sur l’amélioration des conditions de travail.

En attendant un audit sur le sujet, la grève se poursuit depuis plus d’un mois et comme le souligne Katell Dubois : "Si on dénonce nos conditions de travail, c'est pour travailler en toute tranquillité. Pour les patients eux-mêmes et pour le personnel. On est tous en danger!"

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