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Sida : une molécule anti-infection mise en production au cœur des cellules

Pour infecter une cellule, le virus responsable du sida doit d'abord s'y arrimer. Partant de ce constat, quelques équipes de par le monde cherchent à leurrer l'agent infectieux avec de faux points d'attache. Des chercheurs nord-américains sont parvenus à mettre au point une telle molécule, efficace pour les équivalents du VIH chez la souris et du singe. Et pour garantir la présence du leurre en quantité suffisante dans l'organisme des animaux, les scientifiques ont mis au point une stratégie radicale : mettre en production ce composé au cœur même des cellules... grâce à un second virus.

Rédigé le , mis à jour le

Sida : une molécule anti-infection mise en production au cœur des cellules
Sida : une molécule anti-infection mise en production au cœur des cellules

Le VIH (et ses équivalents viraux pour divers animaux) infecte les globules blancs en s'attachant à deux récepteurs situés à leur surface. L'opération se fait en deux temps. Une fois positionné sur le premier récepteur (nommé CD4), une partie du virus se déforme, et s'insère très précisément sur le second (nommé CCR5). L'injection de l'ARN viral dans la cellule peut alors commencer...

Il y a plusieurs années, des biologistes ont expérimenté différentes stratégies pour détourner le virus du CD4, en rendant le récepteur inaccessible. Jusqu'à présent, ces protocoles ont tous échoué.

Mais ces échecs ont beaucoup appris aux chercheurs. Une équipe basée en Floride, dirigée par le professeur Michael Farzan, a ainsi jugé opportun de créer un leurre "double", mimant la protéine CD4 et plaçant le récepteur CCR5 à la distance exacte convenant au virus. Ce leurre est conçu pour se placer au dessus du véritable récepteur CD4.

Et dans les éprouvettes, le leurre (baptisé eCD4-Ig) semble parfaitement fonctionner.

"Dans les expériences de laboratoire [in vitro puis in vivo chez la souris], eCD4-Ig a surclassé tous les anticorps naturels connus pour empêcher l'infection cellulaire par le virus", détaille le professeur Farzan dans un communiqué accompagnant la publication de ses recherches.

Thérapie génique

Restait un problème technique de taille : comment amener ce piège à bon port, et en quantité suffisante pour prémunir toute infection ? S'inspirant de travaux de 2009, les chercheurs ont décidé de confier cette mission… à un second virus.

Dans leur laboratoire, les biologistes ont sélectionné un virus "sans danger", tout-à-fait apte à insérer de l'ARN dans les cellules d'un hôte, mais sans entraîner une cascade d'évènements conduisant à la mort cellulaire. Ils ont ensuite créé un gène capable de fabriquer la protéine eCD4-Ig, et l'on inséré dans le matériel génétique du virus.

Les chercheurs ont inoculé ce virus à quatre macaques rhésus. Comme attendu, l'agent infectieux s'est introduit sans mal dans leurs cellules, et les a forcer à fabriquer indéfiniment la protéine protectrice…

34 semaines après le début de l'expérience, aucun des quatre macaques n'avait été infecté par le virus auquel ils ont pourtant été exposés de manière répétée (VIS, équivalent du VIH pour ces singes) à hautes doses. Des animaux non traités, utilisés comme témoins, ont en revanche tous été infectés.

Sans dissimuler leur enthousiasme, les auteurs de ces travaux restent très prudents. Rien ne prouve, en effet, que cette stratégie fonctionne in vivo sur le VIH (le virus responsable du sida chez l'homme). Pour l'heure, on ne sait pas non plus si la production de leurres par l'organisme peut se poursuivre des années durant. Aucun essai n'a par ailleurs statué sur la toxicité éventuelle d'eCD4-Ig. De nombreuses études sur les singes doivent donc encore être menées avant d'envisager la moindre application à l'être humain.
 

Source : AAV-expressed eCD4-Ig provides durable protection from multiple SHIV challenges. M.R. Gardner, M. Farzan et coll. Nature, 18 février 2015. doi:10.1038/nature14264

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