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Emmanuel Macron, un président sous l'influence des lobbies ?

Les lobbies sont-ils infiltrés au plus haut sommet de l'Etat ? Emmanuel Macron traîne la réputation d'être perméable aux lobbies. Cette attaque revient régulièrement de la part de ses adversaires politiques. Mais qu'en est-il vraiment ?

Rédigé le , mis à jour le

"Lobbies : le président Macron sous influence ?", chronique de Rudy Bancquart, journaliste, du 9 avril 2019

Le passé de banquier d'Emmanuel Macron et son attitude pro-business assumée ont tendance à entretenir la réputation d'un président "vendu" aux lobbies. Mais la réalité est bien plus complexe.

Un président entouré d'anciens lobbyistes

Dès son arrivée, Emmanuel Macron a nommé des personnalités qui ont une expérience de l'entreprise ou du terrain. C'est le cas par exemple de Muriel Pénicaud passée chez Danone, d'Emmanuelle Wargon lobbyiste de Danone ou encore de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, une médecin qui a eu affaire aux laboratoires pharmaceutiques.

En choisissant ce profil de ministres, Emmanuel Macron rompt avec le quinquennat Hollande où les ministres étaient pour beaucoup d'entre eux des apparatchiks de la politique. La contrepartie : leurs décisions sont scrutées à la loupe et plus exposées à la critique. On les suspecte bien plus volontiers de connivence avec les lobbyistes que leurs homologues venus de l'ENA. Mais il y a toujours eu des lobbyistes dans l'entourage des présidents de la République. On ne les appelait pas lobbyistes mais directeurs des relations publiques...

Des lobbyistes controversés

Le président Macron s'est entouré de lobbyistes plus que controversés dans le domaine de la santé publique, comme par exemple Audrey Bourolleau. Elle n'est pas ministre mais conseille le président sur les questions agricoles. Avant de conseiller le président, elle était déléguée générale de Vin et Société, le lobby du vin en France. Audrey Bourolleau s'est déjà montrée très convaincante puisque durant le quinquennat Hollande, elle a réussi à convaincre les députés de détricoter la loi Évin en permettant la publicité sur le vin dans certaines conditions.

Avec Emmanuel Macron, son influence est plus subtile. Audrey Bourolleau est à l'origine de la campagne "Ce qui va vraiment saouler les Français" à l'époque de Vin et Société. Les addictologues affirment qu'elle n'est pas non plus étrangère au Plan addictions proposé début 2019 par le gouvernement et jugé plus que léger. Cela pose un vrai problème car l'alcool est responsable d'environ 50.000 décès en France chaque année. S'entourer de personnalités qui connaissent le terrain peut être intéressant mais il n'est pas concevable que des emplois dans une filière, quelle qu'elle soit, priment sur la santé.

Le président de la République ne fait pas que recruter des lobbyistes, il en rencontre aussi. C'est d'ailleurs ce qui a conduit à la démission de Nicolas Hulot, qui reprochait notamment la présence de Thierry Coste, lobbyiste des chasseurs, lors d'une réunion avec le président. On a beaucoup dit que le macronisme, c'était la verticalité du pouvoir, Jupiter. Donc si les lobbyistes veulent faire avancer un dossier, il vaut mieux aller frapper à l'Élysée, là où les décisions sont prises.

Quelle influence sur les décisions du président ?

La question qui se pose est celle de l'influence de ces lobbies sur les décisions du président. Il faut bien comprendre que le président ne cède pas aux lobbies en général mais il arbitre entre différents lobbies, qui portent des combats de différentes natures. Il s'agit d'un rapport de force.

Sur le glyphosate, l'herbicide de Monsanto, Emmanuel Macron avait promis de l'interdire en 2021. Finalement, aucune interdiction n'a été votée. On peut donc en déduire qu'il a écouté les lobbies agricoles, donc les emplois, plutôt que les lobbies environnementaux qui demandent un principe de précaution au nom de la santé publique.

Sur les questions bioéthiques, et notamment la PMA pour toutes, l'influence des lobbies est plus floue. Malgré la promesse faite aux représentants d'intérêt LGBT, Emmanuel Macron ne veut pas froisser le représentant d'intérêt religieux. Résultat, la loi sur la PMA pour toutes a été repoussée mais pas ajournée.

Enfin, sur la demande répétée de Michel-Édouard Leclerc de pouvoir vendre des médicaments dans ses supermarchés, c'est jusqu'à présent un refus catégorique. Emmanuel Macron a arbitré en faveur du lobby des pharmaciens. On peut ne pas être d'accord avec ses arbitrages mais c'est le jeu de la démocratie.

Un manque de transparence

Ces arbitrages ne sont toutefois pas toujours très transparents. Et certains lobbies ont plus de moyens financiers pour convaincre. Un meilleur encadrement des lobbies serait donc souhaitable. Depuis 2013, les lobbyistes sont obligés de déclarer leur activité dans un registre de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). On sait qui ils rencontrent (membres du cabinet, ministres...), quelles formes prennent ces rencontres (conférences, transmissions de documents, rendez-vous...). En revanche, on ne connaît pas le détail.

Sur la question de l'argent, une simple fourchette est renseignée. C'est la raison pour laquelle des ONG comme Anticor réclament plus de transparence sur les moyens engagés et aussi sur le détail des requêtes des lobbies. Si les associations ou ONG, considérées comme des lobbies, rendent souvent ces informations publiques, les entreprises commerciales et les corporations ne le font jamais. Emmanuel Macron avait promis un meilleur encadrement lors de sa campagne, il n'est pas encore trop tard.

Emmanuel Macron n'est pas le seul président à parler aux lobbies. Nicolas Sarkozy, François Hollande et tous leurs prédécesseurs l'ont fait. La différence, c'est qu'il le dit. Mais cette transparence ne suffit plus. La société a changé et veut encore plus de transparence.

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