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Psychiatrie : de la camisole au pyjama

Blouse, pyjama, camisole… Si l'uniforme sépare nettement le patient du soignant, il révèle aussi l'existence d'une hiérarchie au sein de l'hôpital. Que nous dit la garde-robe de l'hôpital psychiatrique de la façon dont on traite nos malades mentaux ? De la naissance des asiles en 1838 à nos jours, une exposition située au coeur même de l'hôpital psychiatrique Le Vinatier à Lyon, retrace l'histoire du vêtement, de la camisole de force au pyjama à fleurs. Si l'habit ne fait pas le fou, il est le miroir de l'hôpital psychiatrique et de son évolution à travers l'histoire.

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Psychiatrie : de la camisole au pyjama

La camisole, des asiles d'autrefois, l'histoire n'a retenu que cet emblème parce qu'elle contient et enferme. À la fin du XIXe siècle, une loi oblige à tenir à l'écart ces aliénés agités dans des lieux isolés de la ville et du temps qu'il fallait tenir sous le contrôle des surveillants aux allures de gardiens de prison. "Avant qu'apparaissent vraiment les infirmiers et infirmières, on a plutôt des gardiens et gardiennes qui sont appelés de cette manière. Cela nous donne une information sur la façon dont on prenait en charge la maladie mentale dans notre société à cette époque" explique Sylvain Riou, chargé des projets artistiques et expositions à la Ferme du Vinatier. "On était plus proche d'une forme de gardiennage que d'une forme de soins. Et ce sont des lieux qui sont conçus pour fonctionner en quasi autarcie puisqu'il y a l'idée que les asiles coûtent le moins possible aux départements. On a donc des bâtiments agricoles, l'ensemble des terres sont cultivées…".

Des lieux oubliés livrés à la famine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 45.000 aliénés y meurent de faim. Les autres survivent et témoignent de leurs conditions de vie. "Le vêtement devient outil d'émancipation et outil d'humanisation et du soin dans l'hôpital. Concrètement, les malades réclament des vêtements dignes d'être portés, c'est-à-dire qui ne soient pas troués, des vêtements en nombre suffisant pour pouvoir être changés et lavés, avoir une estime de soi pour aller mieux et avoir une garde-robe digne de ce nom", indique Sylvain Riou.

Commence alors un processus d'humanisation. La camisole jugée barbare est détrônée par le Largactil®, le premier neuroleptique. Les infirmiers ont remplacé les gardiens. Quant aux vestiaires, ils voient apparaître un nouvel uniforme : le pyjama. Pour beaucoup, il est vécu comme une humiliation dans un lieu où le quotidien ne tourne pourtant pas autour du lit. "Ce pyjama qui est souvent le même pour tout le monde le stigmatise, l'uniformise. Et cette uniformisation est délétère pour son équilibre, son bien-être. Et ça le place dans une position d'emblée de soumission aux soins qui peut être aussi délétère", souligne le Dr Nathalie Giloux, psychiatre.

Mais alors comment cultiver sa différence en pyjama ? Comment délimiter sa propre identité en uniforme ? C'est toute la question que posent aujourd'hui les patients eux-mêmes en se réappropriant cette seconde peau qu'ils détournent et personnalisent au gré des envies.

Dans cette exposition, le vêtement raconte 200 ans d'histoire et pose une question qui reste encore d'actualité : celle de la dignité des malades et de leur place au sein de l'hôpital psychiatrique.