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Tarifs des maisons de retraite : un manque de transparence

Le gouvernement a annoncé il y a quelques semaines le lancement début mai 2015 d'un site Internet officiel permettant de comparer tous les tarifs des maisons de retraite, à l'image de ce qui existe déjà pour les stations service. Objectif : plus de transparence pour faire baisser les prix des maisons de retraite.  Les explications avec Maroussia Renard, chroniqueuse spécialisée en économie.

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Tarifs des maisons de retraite : un manque de transparence - Chronique de Maroussia Renard diffusée le 16 avril 2015

Les maisons de retraite sont quasiment devenues un luxe pour les Français. Et il n'est pas question des résidences services pour seniors en mal de compagnie mais bien des maisons de retraite médicalisées, les Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), qui accueillent des patients qui ne peuvent plus vivre seuls.

Les tarifs sont variables en fonction du type d'établissement : une place dans une maison de retraite publique coûte en moyenne 1.694 euros par mois. Pour les Ehpad privés non lucratifs, il faut compter 1.804 euros par mois hors Ile-de-France. Et en région parisienne, la facture grimpe à 2.418 euros en moyenne. Quand on sait que la pension de retraite des Français est en moyenne de 1.250 euros, on comprend le problème.

Evidemment, les plus démunis ont droit à l'aide sociale mais beaucoup de familles préfèrent l'éviter en raison de la perspective de la récupération sur succession. Pour les autres, cela reste une équation financière souvent insoluble qui contraint à dilapider toutes ses économies ou à solliciter ses enfants ou petits-enfants…

Comment sont fixés les prix des maisons de retraite ?

La fixation des prix des maisons de retraite est un système très compliqué. Le prix d'une place en Ehpad se compose de trois tarifs différents. Tout d'abord le tarif "soins" qui couvre toutes les prestations médicales notamment le salaire des infirmières et qui est entièrement financé par l'Assurance maladie.

Ensuite, le tarif "dépendance", lui, couvre les frais liés à l'assistance des personnes en perte d'autonomie (pour la toilette et les repas par exemple). Il est financé principalement par les conseils généraux via l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) attribuée en fonction du degré de dépendance de chaque résident. Mais le résident en paye aussi une partie, une sorte de ticket modérateur.

Enfin le tarif "hébergement" concerne l'hôtellerie, les repas et l'entretien et est entièrement à la charge des résidents. Au final, entre la part du tarif dépendance qui leur revient et l'intégralité de l'hébergement, les résidents paient de leur poche plus de 60% de la note.

Un système de tarification opaque

La facture est donc salée et le système de tarification est assez opaque. Tout le monde est à peu près d'accord sur ce point : aussi bien les associations d'usagers que les instances officielles comme la Cour des Comptes ou l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales). Ce système de tarification en trois parties étanches donne lieu à des aberrations. Par exemple dans le tarif hébergement, qui est entièrement à la charge du résident, en plus de tout ce qui a trait à l'hôtellerie, on retrouve toutes les dépenses d'administration générale et de direction ou encore les intérêts d'emprunts liés aux éventuelles opérations immobilières de l'établissement. On peut se demander si c'est aux patients de le financer…

L'autre problème concerne le tarif dépendance qui est en partie pris en charge par les résidents (via le ticket modérateur). Or, il sert notamment à financer le tiers du salaire des aides-soignants et des psychologues ce qui est vivement contesté. Tout le monde dit que ces dépenses devraient être transférées vers le tarif soins et donc entièrement financées par la Sécu. Comme à l'hôpital où on ne demande pas aux patients de payer les aides-soignants…

Les associations dénoncent des "frais cachés"

Les associations dénoncent aussi des "frais cachés" qui gonflent la facture finale. Au-delà de cette répartition budgétaire qui s'applique à tous les Ehpad, certains établissements ont la fâcheuse habitude de facturer certaines prestations, en plus du tarif hébergement et cela n'est pas toujours clairement affiché. Il s'agit par exemple de la blanchisserie, de la télévision ou du téléphone dans la chambre, facturés jusqu'à 100 euros par mois. Et de nos jours, on ne peut pas dire qu'il s'agisse d'équipements trop luxueux pour être intégrés dans le tarif journalier de base.

Certains résidents s'aperçoivent aussi que les protections contre l'incontinence leur sont aussi facturées alors qu'elles sont censées être incluses dans le tarif dépendance.

Des tarifs inégaux selon les départements

Les tarifs sont aussi très inégaux d'un département à l'autre. Cela s'explique évidemment par les prix du foncier, mais pas seulement. C'est lié au fonctionnement de l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) qui sert à payer le tarif dépendance. Les conseils généraux en financent la plus grosse part, or cela ne pèse pas le même poids dans leur budget : cela dépend du nombre de personnes âgées qui vivent dans le département et surtout de leur état de santé puisque le montant de cette aide est calculé en fonction du degré de dépendance.

Résultat : certains départements consacrent près de 15% de leur budget à l'APA, c'est le cas de l'Aveyron par exemple alors que pour d'autres c'est à peine 5%, comme en Ile-de-France. Du coup, certains conseils généraux s'opposent à construire de nouveaux Ehpad, synonymes de nouvelles dépenses… ce qui oblige certains patients dépendants à quitter leur département pour trouver une place. Un éloignement qui peut être lourd de conséquences, notamment quand le conjoint ne peut plus conduire par exemple.

Les solutions pour faire baisser les prix

Il existe des solutions pour faire baisser les prix et le reste à charge pour les familles. Une réforme de la tarification est nécessaire. Depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le gouvernement dit que cette réforme est une urgence. François Hollande en a fait une de ses promesses de campagne. C'est devenu le chantier prioritaire de la loi sur l'adaptation de la société au vieillissement qui a commencé à être débattue au Parlement à la rentrée et il y a quelques mois… Patatras : le gouvernement a annoncé que cette réforme était repoussée faute de budget disponible… donc renvoyée aux calendes grecques !

Comme lot de consolation, la secrétaire d'Etat chargée des personnes âgées a donc annoncé il y a quelques semaines ce comparateur sur Internet avec pour espoir que la transparence fera baisser les prix. Mais personne n'y croit vraiment : ni les associations qui ne pensent pas qu'un énième comparateur, même s'il est officiel, puisse avoir une influence sur les restes à charge, ni les maisons de retraite qui expliquent que comparer des établissements qui n'ont rien à voir entre eux et surtout au sein desquels il y a jusqu'à cinq tarifs différents n'a aucun sens.

Et en attendant la grande réforme, le nombre de patients dépendants ne cesse d'augmenter : l'Insee prévoit qu'à l'horizon 2040, il y aura deux millions de Français dépendants, soit quasiment le double d'aujourd'hui (1,3 million).

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