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Le décès d'une fillette britannique bientôt reconnu comme lié à la pollution ?

Pour la première fois au Royaume-Uni, le gouvernement pourrait être reconnu responsable du décès d'une fillette de 9 ans provoqué par la pollution. Retour sur cette affaire qui a fait grand bruit en Angleterre.

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"Londres : une fillette tuée par la pollution", chronique de Géraldine Zamansky, journaliste, du 29 janvier 2019 - Crédit photo : © CHILL - Queen Mary University of London

Elle aurait eu 15 ans jeudi 24 janvier 2019. Ella était très sportive, elle était toujours en pleine forme jusqu'à ce qu'elle contracte une grave infection pulmonaire à 7 ans. Ella est alors devenue asthmatique et son état pouvait brutalement se dégrader au point d'être hospitalisée 27 fois en deux ans et demi.

A la piscine, elle avait un bracelet blanc à son poignet, il ne s'agissait pas d'un bracelet pour son casier à la consigne mais d'un bracelet d'hôpital. Sa mère, Rosamund, ne comprenait pas les variations extrêmes d'un jour à l'autre et même d'un moment à l'autre. Ella se mettait à tousser et sa toux était alors vraiment étrange comme celle d'un fumeur... Parfois, elle suffoquait de façon incontrôlable au point de se retrouver en soins intensifs cinq fois.

Comment expliquer l'origine d'un asthme aussi grave ?

Les médecins étaient presque aussi désemparés que Rosamund. Jusqu'à la toute dernière hospitalisation où ils n'ont pas réussi à sauver Ella, le 15 février 2013. Elle avait tout juste 9 ans. Sa mère a voulu des réponses, elle a voulu comprendre le pourquoi de ce décès et une autopsie a été réalisée. D'après le rapport du légiste, ses poumons étaient noircis comme ceux d'une personne avec plusieurs années de tabagisme.

En 2014, la première enquête a conclu que la mort était due à une défaillance respiratoire liée à un asthme très sévère. Mais sans établir la cause de cette défaillance. Alors Rosamund a continué à chercher et elle a trouvé une piste sérieuse : la pollution dans la capitale britannique, symbolisée par le fameux brouillard de Londres.

Cela semble difficile à croire mais à l'époque personne, aucun médecin, ne lui en avait parlé alors que sa maison est située à une trentaine de mètres d'un axe de circulation très important à Londres : le "périphérique sud". Sur une carte récapitulative de la pollution dans la ville en 2013, il y a clairement un problème au niveau du tracé de ce "périphérique" où passent chaque jour des milliers de voitures, de camions et de cars, juste à côté de l'endroit où vivait Ella.


London air quality network

La pollution clairement mise en cause par les médecins

Interpellé par le combat de Rosamund, un expert des effets de la pollution sur la santé, le Pr Stephen Holgate, a étudié dans le détail l'histoire de la maladie d'Ella et son rapport est sans appel : chaque hospitalisation d'Ella a eu lieu lors d'un pic de pollution autour de chez elle. Une pollution bien au-delà des seuils qui ne doivent pas être dépassés. Il considère donc que la mauvaise qualité de l'air que respirait Ella est à l'origine de son décès.

Grâce à ces conclusions, Rosamund vient d'obtenir l'espoir d'une nouvelle enquête. Car l'attorney general, une sorte de procureur anglais, a estimé que les éléments de preuve étaient assez forts pour rouvrir des investigations. Les avocats de Rosamund expliquent qu'il faut encore que la Haute Cour confirme cet avis mais qu'en général, c'était le cas. Le gouvernement pourrait donc être pour la première fois accusé d'avoir laissé la pollution atteindre des niveaux directement responsables de la mort d'une petite fille. Cela serait inscrit sur son certificat de décès.

La mère de la fillette espère un procès public

Pour Rosamund, l'avis de l'attorney general lui redonne l'espoir d'obtenir des explications précises et que les responsabilités soient clairement établies. Depuis, la ville a créé des alertes sur la pollution. Mais à l'époque, il n'existait aucune mesure qui lui aurait permis de protéger sa fille si elle avait été correctement informée. Elle souhaite surtout que cette action judiciaire, avec un procès public, entraîne enfin une mobilisation du gouvernement pour que les enfants respirent un air plus propre et une prise de conscience par chacun de ses responsabilités en matière de pollution.

Ce souhait de Rosamund ne semble pas irréaliste. Le Pr Chris Griffiths, un autre spécialiste de l'effet de la pollution sur la santé, considère que la bataille de la mère d'Ella a déjà eu un impact pour sensibiliser le grand public sur ces questions. En France, les échos n'ont pas été importants mais plusieurs reportages sur Rosamund ont été diffusés sur des chaînes de télévision comme la BBC et ITV, sans oublier la presse écrite qui a plus de lecteurs au Royaume-Uni.

La pollution limite la croissance des poumons des enfants

Le Pr Griffiths a déjà réalisé une étude qui montre à quel point la pollution affecte la croissance des poumons des enfants. En six ans de suivi de petits Londoniens, la capacité pulmonaire était réduite de 5%. L'espoir de sa nouvelle étude est de voir cet impact disparaître grâce aux nouvelles mesures anti-pollution mises en place à Londres.

Des élèves de primaires seront suivis pendant trois ans et leur état respiratoire sera comparé à celui d'enfants d’une ville sans politique spécifique, Luton.
Des résultats positifs pourraient motiver le maire de Luton à préserver ses jeunes concitoyens.

La pollution dangereuse dès la grossesse

Mais il y a urgence. Ces derniers mois, un grand nombre de publications ont apporté un terrible éclairage sur les effets de la pollution sur les enfants. L'impact commence pendant la grossesse de la mère qui respire un air de mauvaise qualité, puis les séquelles se poursuivent non seulement au niveau des poumons mais aussi du cerveau qui est en plein développement.

C'est la raison pour laquelle l'Unicef "Royaume-Uni" a lancé une grande campagne d'alerte sur ce thème. Ils ont eu accès aux résultats préliminaires d'une étude de la Queen Mary University selon laquelle les enfants sont particulièrement exposés à l'école et sur le trajet de l'école. Selon Alastair Harper, leur porte-parole, il est urgent de faire un bilan spécifique pour les centaines d'écoles et de crèches anglaises situées dans des zones où les seuils de pollution sont régulièrement dépassés.

Là où cela est possible, la solution pourrait être d'inciter les parents à venir à pied ou à vélo pour supprimer la surdose de pots d'échappement à l'entrée de l'école... Certains maires ont déjà mis en place des zones sans voitures aux heures d'entrée et de sortie de classe. Comme on peut le voir dans un quartier de Londres où l'association Livingstreets a fait un reportage. Les abords de l'école sont incroyablement calmes. Les enfants ne devraient pas respirer 15% de leur pollution quotidienne en seulement une demi-heure, comme dans l'étude de la Queen Mary University !

Pour soutenir la fondation de la mère d'Ella, rendez-vous sur le site The Ella Roberta Family Foundation.

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