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Faut-il sauver les feux de cheminées ?

L'arrêté préfectoral interdisant les feux de cheminées en Île-de-France dès janvier 2015 "ne va pas dans le bon sens", a déclaré Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, ce 8 décembre sur France 2. Elle souhaite "faire changer cette décision", estimant "[qu']on était un peu dans le ridicule". La part des feux de cheminées dans l'émission des particules fines est-elle marginale ?

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Faut-il sauver les feux de cheminées ?
Faut-il sauver les feux de cheminées ? - Illustration : extrait du film ''Mary Poppins'' de Robert Stevenson, 1964 (tous droits réservés © Disney Pictures)

Dans quelle proportion les feux de cheminées contribuent-ils à la pollution atmosphérique aux particules fines en Île-de-France ? Ségolène Royal s'est dite "très surprise" de certains chiffres avancés par des associations. "On nous a fait croire que les feux de cheminée polluaient plus que les voitures diesel", a-t-elle déclaré.

Certaines PM2,5 sont spécifiques de la combustion du bois ; leur détection permet d'estimer la contribution du chauffage dans la pollution globale, et également de déduire la part des PM10 associées.

D'où proviennent exactement les polluants présents à chaque instant dans l'air que nous respirons ? L'origine des émissions de particules fines a fait l'objet d'une évaluation approfondie en 2011(1) par le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) et l'association de surveillance de la qualité de l'air en région Île-de-France (Airparif). Cette étude prend en compte l'existence de différentes sources de pollution pouvant s'additionner : le trafic routier sur les grands axes (responsables de pics d'émission), les autres émissions urbaines (avec leurs variations saisonnières) et les émissions régionales "importées en ville"(2).

Les travaux se basent sur des mesures réalisées en région et dans Paris, au cœur, à proximité ou à l'écart des grands axes de circulations. Dans la suite de l'article, nous analyserons les chiffres relatifs à la pollution dans la capitale à l'écart du trafic routier, pour les particules d'une taille inférieure à 10 microns (PM10) et inférieure à 2,5 microns (PM2.5). Comme le précisent les auteurs, "70% des PM10 sont des PM2.5"(3).

Si l'on considère les PM10 détectées à l'écart des grands axes qui sont produites dans la seule ville de Paris, 30% ont pour origine le chauffage au bois, et une proportion très légèrement supérieure provenant du trafic routier. Toutefois, plus de 60% des PM10 présents dans l'air parisien s'avèrent "importées". Le chauffage au bois parisien produit donc 7% des PM10 de l'air (8% proviennent du trafic parisien). Mais près d'un quart des émissions régionales détectées en ville ont pour origine le chauffage au bois (il s'agit de première contribution humaine à la production de PM10, plus de deux fois supérieure celle imputable au trafic routier en Île-de-France).

En résumé, plus de 20% des particules fines d'une taille inférieure à 10 microns présentes dans l'air parisien à l'écart du trafic (en moyenne annuelle) proviennent donc de la combustion du bois sur toute l'Île-de-France.

Quid des particules inférieurs à 2,5 microns ?

Concernant les émissions de PM2,5particulièrement nocives – là encore, seule un tiers de leur concentration mesurée à Paris à l'écart du trafic (moyenne annuelle) "est généré par des sources localisées dans l'agglomération". Le chauffage au bois "est une source très significative" de PM2.5 produites localement dans l'agglomération parisienne.

Un peu plus de 19% des particules fines d'une taille inférieure à 2,5 microns présentes dans l'air parisien à l'écart du trafic (moyenne annuelle) proviennent de la combustion du bois sur toute l'Île-de-France. Cette proportion moyenne chute pour les sites situés à proximité des grands axes routiers : elle reste toutefois 13% pour l'ensemble du chauffage au bois contre 52% pour l'ensemble du trafic.

A noter que la répartition des sources de PM2.5 varie fortement d'une saison à l'autre. Le chauffage au bois n'est à l'origine que de 10,6% de ces particules en été (39% pour le trafic routier), contre 28,4% en hiver (20% pour le trafic).

Ces chiffres peuvent surprendre puisque, comme l'observent les auteurs du rapport, le bois ne représente "que 5 % des consommations d'énergie du secteur résidentiel"(4). Mais il représente 86% des émissions de PM10 du chauffage résidentiel et 84% pour les PM2.5.

Bien entendu, les particules fines ne sont pas les seuls polluants de l'air. Mais les données disponibles permettent d'estimer qu'une interdiction du chauffage au bois sur l'ensemble de l'Île-de-France réduirait d'une façon loin d'être "ridicule" la pollution dans la capitale, en été comme en hiver.

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(1) Etude soutenue financièrement par l'Etat, la Région Ile-de-France et la Ville de Paris.
(2) Les auteurs de ce rapport insistent sur ce fait : "les concentrations atmosphériques de particules résultent d'un niveau de fond régional, constitué essentiellement de particules importées à plus ou moins grande échelle, auquel se rajoutent des particules produites localement dans la zone urbaine. Dans cette contribution locale, on peut distinguer le niveau de fond, résultant des différentes activités urbaines, et les particules liées spécifiquement au trafic routier mesurées à proximité immédiate des axes de forte circulation."
(3) Certaines études restreignent les PM10 aux particules d'un diamètre compris entre 2,5 et 10 microns. Ce n'est pas le cas dans ces travaux, cette approche possédant quelques avantages pour estimer les sources d'émission.
(4) Les principales sources de chauffage résidentiel étant le gaz naturel et les dérivés des produits pétroliers.

Source : Origine des particules en Île-de-France. LSCE & Airparif, septembre 2011. [pdf]

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