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Des thanatopracteurs dénoncent la levée de l’interdiction des soins funéraires sur les personnes mortes du VIH

Un syndicat de spécialistes de la conservation des corps souhaite que le ministère de la Santé revienne sur la décision prise fin juillet d’autoriser les soins funéraires sur les corps des personnes séropositives et atteintes d’hépatites. Un retour en arrière fustigé par des associations comme Act-Up ou Aides.

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Des thanatopracteurs dénoncent la levée de l’interdiction des soins funéraires sur les personnes mortes du VIH
L'interdiction des soins funéraires sur les personnes atteintes du vih ou d'un virus hépatique sera effectivement levée le 1er janvier 2018.

A partir de janvier 2018, les personnes mortes en étant porteuses du VIH ou de virus hépatiques seront traitées comme les autres. En juillet, un arrêté pris par le ministère de la Santé levait l’interdiction de pratiquer des soins funéraires sur ces corps.

Le geste du gouvernement avait été salué par les militants et les élus, alors que Paris s’apprêtait à accueillir la conférence mondiale sur le Sida. Act-Up Paris s’était félicité d’une "belle victoire", tandis que le conseiller régional d'Ile-de-France Jean-Luc Romero, membre de l’association des élus locaux contre le sida, se réjouissait sur Twitter : "Les séropositifs ne seront plus discriminés après leur mort." Les longues années avant de prendre cette décision, l’interdiction datait de 1986 pour le VIH et de 1998 pour les hépatites, laissaient toutefois "un goût amer" à six associations, dont Sidaction et Aides.

L’arrêté ministériel doit entrer en vigueur en janvier 2018. Seulement, une partie de ceux qui sont censés réaliser les soins funéraires s’y opposent : depuis le 22 août, une pétition à l’initiative du syndicat des thanatopracteurs indépendants et salariés circule en ligne. Elle demande à ce que l’interdiction soit rétablie. En cause : le "risque de piqûre ou de coupure", et donc de transmission des virus, qu’encourent les thanatopracteurs lorsqu’ils pratiquent des soins de conservation du corps.

"On étudie les possibilités de recours en cas de refus de soins"

"Il n’existe aucune étude sur la durée de vie des virus une fois que la personne est morte, justifie Cédric Ivanes, président du syndicat des thanatopracteurs. On attend du ministère de la Santé qu’il fasse des tests pour voir quels sont les risques encourus par les thanatopracteurs." En attendant, pas question de respecter l’arrêté selon celui qui exerce depuis dix ans. "On n’est pas obligés de faire ces soins", assure-t-il, ajoutant que le syndicat étudiait la possibilité d’exercer un droit de retrait en 2018.

Très présents sur les réseaux sociaux, les militants anti-sida ont appelé à dénoncer cette pétition. Président d’Act-Up Paris, Mikaël Zenouda souhaite "obtenir des garanties auprès du ministère de la Santé sur l’entrée en vigueur effective de l’arrêté en janvier 2018". Et comme le syndicat de thanatopracteurs, l’association fourbit ses armes juridiques : "On étudie les possibilités de recours en cas de refus de soins."

La pétition des thanatopracteurs ne fait pour l’instant pas recette, avec environ 300 signatures (le syndicat compte 150 thanatopracteurs). Mais le site qui l’héberge, Change.org, est dans le viseur de neuf associations, qui l’ont interpellé sur les réseaux sociaux. "Change.org héberge aussi la pétition pour la levée de l’interdiction, s’insurge un représentant de l’association AIDES. C’est honteux et absurde."

"Il est faux de dire que ces maladies sont contagieuses, affirme Mikaël Zenouda. Elles sont transmissibles." Le risque est donc moindre qu’avec le choléra ou la rage, également causes d’interdiction, puisque seul le contact avec le sang est dangereux. "C’est tout aussi risqué à la vue des instruments qu’on utilise, récuse le thanatopracteur Cédric Ivanes. On manie des scalpels, des aiguilles métalliques, des tubes de prélèvements pointus." Selon l’OMS, la transmission de l’hépatite C peut être causée par l’exposition à de "petites quantités de sang", notamment lors de "soins à risque". De quoi expliquer la peur parmi ces praticiens de la mort.

Sauf que cette crainte n’a pas lieu d’exister selon Jean-Luc Roméro. "Aucun cas de contamination d’un thanatopracteur n’a pour l’instant été rapporté. Mais il est faux de dire que l’absence de contamination s’explique par l’interdiction, explique l’élu qui avait lancé la pétition pour en terminer avec l’interdiction de soins funéraires. On sait que les médecins ne mentionnent pas tous le sida dans les causes de mort et que 25.000 personnes ignorent qu’elles sont séropositives." Il faut simplement selon lui "respecter les précautions universelles", comme avec n’importe quel corps.

La toilette mortuaire, une alternative insatisfaisante

Pour rassurer les professionnels, les associations en faveur de la levée de l’interdiction avaient proposé un changement de matériel lors de chaque soin funéraire. Une idée à laquelle s’oppose là encore Cédric Ivanes : "Le problème du matériel à usage unique c’est qu’il va causer une augmentation considérable du prix des soins" pour les familles qui souhaitent garder le corps du défunt chez eux. Une "réelle discrimination", pointe-t-il, utilisant à leur tour les arguments des militants. Cédric Ivanes estime également impossible de transporter "trente tubes dans la voiture" lors des soins à domicile, ajoutant qu’il n’existe aucun container spécifique prévu pour ce type de déchets.

La solution pour Jean-Luc Romero aurait tout simplement été de supprimer les interventions à domicile, pour les réaliser dans des lieux plus sûrs pour la santé des thanatopracteurs. "Je ne comprends pas qu’ils continuent ce combat d’arrière-garde alors qu’il existe par exemple de vrais problèmes de cancers professionnels liés aux produits qu’ils utilisent", ajoute l’élu.

Sur Change.org, le syndicat de thanatopracteurs propose de continuer à effectuer ce qui se fait déjà : "la toilette mortuaire". Soit un "acte identique au soin, à l’exception des actes invasifs de conservation (sutures et incisions) et qui permet de se recueillir dans les mêmes circonstances auprès du défunt". Un son de cloche que refuse d’entendre le président d’Act-Up Paris, Mikaël Zenouda : "Le maquillage des corps ne suffit pas. Un militant d’Act-Up nous a par exemple parlé du corps de son compagnon qui est resté plusieurs jours à la morgue, ce qui a causé des tâches de décomposition et une odeur forte. Donner ça comme dernière image, c’est une violence."

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