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"Hold-up" : un documentaire... et de nombreuses contre-vérités

Depuis sa sortie sur internet, mercredi dernier, le film "Hold-Up" fait polémique. Il prétend dévoiler les mensonges de l’Etat, des scientifiques et des médias sur l’épidémie de COVID-19. Vus des milliers de fois sur internet, il cumule aussi les contre-vérités. Décryptage.

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"Hold-up" : un documentaire... et de nombreuses contre-vérités

Depuis sa publication, le documentaire "Hold-Up" rencontre une forte audience sur les réseaux sociaux. Ce film qui veut "dénoncer" les mensonges autour de la COVID-19 en affirmant que l’épidémie serait en réalité le fruit d’un complot mondial, est en réalité truffé de fausses affirmations.

Le visuel du film assez inquiétant, donne le ton. Un homme et une femme masqués évoquent le bâillon et la censure et dans leurs yeux apparaissent les logos de chaines d’info. 

Ce film de plus de 2h40, se présente comme une enquête sur l’épidémie. La COVID-19 serait un complot organisé par les élites mondiales pour arriver au "Great Reset", ce qui se traduirait par la "grande réinitialisation". Cela entraînerait l’asservissement d’une partie de la population mondiale, les plus pauvres.  

Qui est l'auteur du film ?

Pierre Barnérias est un ancien journaliste passé notamment par TF1 ou Ouest France. Depuis une dizaine d’années, il se consacre à des documentaires et des courts-métrages sur la foi, l’au-delà et l’expérience de mort imminente.  

L'originalité de son financement est la campagne sur internet pour un financement participatif. Plus de 5 000 contributeurs qui ont investi près de 200 000 euros. Ce documentaire est diffusé sur plusieurs plateformes en ligne. Certaines l’ont retiré jugeant qu’il contenait trop de fausses informations.  

Qui sont les personnes interrogées ?  

Les personnes interviewées sont essentiellement des scientifiques, des médecins ou des soignants. Leur point commun est que leur crédibilité a été mise en doute ces derniers mois, mais bien sûr, le documentaire ne le mentionne pas.

  • Le témoin principal est Christian Perronne, infectiologue, chef du service de maladies infectieuses de l’hôpital Raymond-Point-Carré à Garches, dans les Hauts-de-Seine. Ses positions sont très contestées depuis le début de l’épidémie, il est pro Hydroxychloroquine. Il a affirmé que les malades du COVID étaient une aubaine financière pour les hôpitaux et les médecins généralistes. Il est maintenant dans le viseur du conseil national de l’Ordre des médecins.  
  • Alexandra Henrion- Claude, est présentée dans ce dument comme généticienne et ancienne directrice de recherche à l’Inserm mais depuis l’Inserm a pris ses distances. Alexandra Henrion a pris des positions dans des vidéos en ligne en totale rupture avec la communauté scientifique. Elle dit par exemple que le virus aurait pour origine une manipulation génétique humaine.  
  • Philippe Douste-Blazy, également dans ce documentaire est médecin, homme politique, plusieurs fois ministres notamment de la Santé. Il est interrogé et soutient l’Hydroxychloroquine. Après la sortie du film, il a néanmoins publiquement pris ses distances.  

Ce qui ressort du choix des "experts" du film, est que ce sont des personnalités controversées, voire complotistes pour certains et surtout avec une absence totale de contradiction.  

À plusieurs reprises, les interviewés minimisent la gravité du virus et sa mortalité. À aucun moment, il n’y a d’interview de médecins réanimateurs qui pourraient expliquer la situation dans les services de réanimation et que le virus fait des morts...  

Un film présenté comme une enquête journalistique

"Hold-Up" a la forme d’une enquête journalistique, mais, pas le fond !   

  • Le choix des experts, l'absence de contradiction.
  • Des problèmes de cohérences dans le raisonnement. Au début, le film dénonce le manque de masques au printemps et, peu de temps après, il nous dit que ça ne sert à rien, voire que c’est dangereux.
  • Des thèmes chers aux complotistes : Bill Gates ferait notamment partie de l’élite mondiale derrière tout ça. Ce documentaire évoque aussi la 5G, les vaccins, la cryptomonnaie... 
  • Le film enchaîne les fausses informations, pour être plus clair sur les mensonges.  

Les "fake news" ou fausses informations

Il est impossible de détailler toutes les fausses informations tellement il y en a, mais certains médias ont évoqué une trentaine de fake-news. Le film fait par exemple l’apologie de l’hydroxychloroquine, mais aucune étude sérieuse n’a démontré son efficacité contre la COVID-19.  

Le documentaire estime que les chiffres de la mortalité de la COVID-19 sont surévalués pour nous faire peur et pour dissimuler la réalité. Violaine Guérin, gynécologue et endocrinologue affirme que l’Organisation Mondiale de la Santé interdirait les autopsies de malades de COVID.  

C’est un mensonge car sur le site de l'OMS, il y a un document qui explique comment sont pris en charges les corps d'une personne décédée de ce virus.

Dans ce même document, il y a une partie dédiée aux autopsies.  

Si des précautions sont prises pendant l'autopsie, c'est pour éviter que la personne qui les pratique soit contaminée, l’OMS n’a donc jamais interdit les autopsies, elle précise simplement les règles sanitaires pour éviter les contaminations par le virus.

Des personnes âgées euthanasiées

Dans le documentaire, un pharmacien, Serge Rader, figure du mouvement antivaccin, affirme que des personnes âgées auraient été euthanasiées pendant cette crise sanitaire. Serge Rader parle des personnes âgées dans les Ehpad, c’est faux !  

Le Rivotril est anticonvulsivant qui peut parfois être utilisé comme un puissant sédatif dans le cadre des soins palliatifs

Il y a en effet eu un décret au journal officiel sur le Rivotril le 28 mars 2020. Le texte permet aux pharmacies d'officine de délivrer le Rivotril et plus seulement les pharmacies d'hôpitaux. Il assouplit l’obtention de ce médicament mais pas son usage, d’où la réaction de la société française de gériatrie.  

L’euthanasie, c'est-à-dire le fait de provoquer la mort d’un patient, est illégale en France.  

Que retenir de ce documentaire ?  

Le point de départ légitime est le questionnement sur la gestion de l’épidémie. En tant que citoyen, nous avons le droit de douter, de nous interroger sur la gestion de la crise. Très clairement, il y a eu des ratés. La gestion des stocks de masques et le revirement du gouvernement sur leur intérêt pour le grand public. 

Le problème d'"Hold-Up" est qu'il répond par des mensonges, joue sur la peur, l’émotion... C’est un documentaire complotiste.  

Depuis quelques jours, de nombreux scientifiques et médias font du "fact-checking"... Ils démontent les mensonges du documentaire mais les personnes qui croient aux mensonges du documentaire ne sont pas ceux qui liront ces articles.  

Cela pose alors la question de savoir s'il ne faut pas interdire ce genre de documents. Le risque est alors d’être accusé de censure et ainsi donner encore plus de poids aux arguments des complotistes.  

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