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Voici à quoi ressemble (vraiment) le virus de l’hépatite C

EN BREF – Connu depuis 1990, le virus de l’hépatite C ne s’était encore jamais vu tirer le portrait. Des chercheurs français viennent de réaliser cette prouesse.

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Voici à quoi ressemble (vraiment) le virus de l’hépatite C
Le virus de l'hépatite C. (crédits : E. Piver et al, Gut)

En 2013, une équipe de virologistes nord-américains avait annoncé avoir réussi à capturer l’image du virus de l’hépatite C (VHC) par microscopie électronique. "Elle s’était en fait méprise sur la nature des particules observées", expliquent des chercheurs tourangeaux, qui viennent de présenter leurs clichés dans la revue scientifique Gut.

La particule identifiée comme étant le HCV par une équipe nord-américaine en 2013.

"Les virus sont généralement découverts et décrits grâce à leur observation. Mais le VHC est une exception", détaille-t-on à l’Inserm. "Toutes les données disponibles sur ce virus depuis 1990 ont été obtenues par la biologie moléculaire, car personne ne parvenait à le voir au microscope". Car le VHC est un champion au jeu de cache-cache qui, selon Jean-Christophe Meunier, co-auteur de ces travaux, "ressemble à une simple petite sphère blanche au milieu d’autres sphères blanches lipidiques dans le sang." Le virus "profite de la voie de synthèse des lipoprotéines (les particules de transport du gras dans l’organisme) pour se répliquer en s’associant étroitement avec leurs composants", et finit par prendre l’apparence d’une simple particule lipidique. Une stratégie qui lui permet au virus de pénétrer plus facilement dans les cellules, de contourner le système immunitaire, "et qui le rend également visuellement indétectable."

Des agents infectieux sous couverture

Si le VHC fusionne avec les composants des lipoprotéines en formation, "des lipoprotéines intègrent parfois elles-mêmes par mégarde [des fragments de virus, comme des protéines virales] au cours de leur formation", de sorte "qu’il est possible de penser avoir affaire à un virus alors qu’il s’agit d’une simple particule lipidique", détaille Jean-Christophe Meunier. "C’est exactement ce qui s’est passé en 2013 quand [une équipe nord-américaine] a cru avoir observé le VHC".

Pour minimiser les risques de méprise, les chercheurs français expliquent avoir "plusieurs anticorps spécifiques de protéines virales", pour finalement parvenir à établir la distinction entre les lipoprotétines incorporant le VHC et ses avatars.


Crédits : E. Piver et al, Gut (2016)

Les images réalisées par les chercheurs montrent que le noyau du virus est séparé de l’extérieur par plusieurs couches de lipides, son ADN viral étant lui-même isolé par des couches de lipides. "Cette structure concorde tout à fait avec des travaux antérieurs de biologie moléculaire qui prédisaient cette organisation", note Jean-Christophe Meunier. "Ces observations valident donc vingt-cinq ans de travail de la communauté scientifique !"


Crédits : E. Piver et al, Gut (2016)

"Des traitements efficaces sont aujourd’hui disponibles en cas d’hépatite C", conclut-il, "mais aucun vaccin n’a encore été trouvé. Or, connaître la structure et l’organisation exacte de ces particules viro-lipidiques sera fort utile pour ceux qui travaillent là-dessus."

 

Étude de référence : Ultrastructuralorganisation of HCV from the bloodstream of infected patients revealed by electron microscopy after specific immunocapture. E. Piver et al. Gut, oct. 2016 doi:10.1136/gutjnl-2016-311726