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Benzodiazépines et Alzheimer : une étude qui fait du bruit

Le Pr. Bernard Bégaud, spécialiste en pharmacovigilance, a évoqué dans le magazine Science et Avenir ses travaux sur le lien entre la consommation de benzodiazépines (certains anxiolytiques, somnifères et myorelaxants) et la maladie d’Alzheimer. Il se retrouve au cœur d’un emballement médiatique périlleux pour la future publication de ses travaux scientifiques.

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Benzodiazépines et Alzheimer : une étude qui fait du bruit
Benzodiazépines et Alzheimer : une étude qui fait du bruit

Dans son numéro d’octobre 2011, le magazine Science et Avenir accuse dans sa Une, "Valium®, Lexomil®, Temesta®, Xanax®… ces médicaments qui favorisent Alzheimer". Dans les pages du magazine, une interview du Pr. Bernard Bégaud, directeur de l’unité de recherche Inserm "Pharmaco-épidémiologie et Evaluation de l’impact des produits de santé", à Bordeaux. Il y évoque une étude réalisée par son équipe sur un risque accru de déclarer la maladie d’Alzheimer, lié à la prise de benzodiazépines pendant plusieurs années. Les benzodiazépines sont les molécules actives de la plupart des anxiolytiques et de certains somnifères.

La France en est le plus gros consommateur d’Europe… Et le chercheur n’avait visiblement pas anticipé le retentissement généré par ses échanges avec le magazine. Il a rédigé dès la sortie du magazine, un communiqué pour tenter de "calmer le jeu."

D’abord, le problème, c’est que ce travail n’a pas encore été publié dans une revue scientifique et qu’il aurait donc dû rester entièrement confidentiel jusque-là. "Sans contester la validité des informations publiées et encore moins la liberté d’investigation d’un magazine", le Pr. Bégaud précise donc que "l’étude bordelaise dont il est fait mention est en cours d’analyse finale ; ses résultats définitifs ne sont pas connus. Elle n’est donc pas encore soumise à publication. La règle qui s’impose à tout scientifique est de ne pas communiquer ou commenter des résultats dans ces conditions." Ce qui revient à reconnaître son erreur et explique son refus d’apporter toute autre réaction sur le sujet. Un embarras d’autant plus grand que "cette étude associe (…) deux équipes de recherche dont le travail et la crédibilité pourraient être gênés par le non respect de la règle précédente", poursuit-il, inquiet, à juste titre, pour la reconnaissance scientifique à venir de leur collaboration.

Ensuite, sur le fond, face à une certaine levée de boucliers de la part de ses confrères psychiatres, pharmacologues ou encore neurologues, le chercheur essaie de nuancer les propos mis en exergue par le journal. Certes, il maintient "que la consommation anormalement élevée de benzodiazépines dans notre pays pose un problème potentiellement important de santé publique." Mais il rappelle qu’aucune des nombreuses études menées depuis 15 ans n’a pu conclure "à un lien de causalité direct entre consommation de benzodiazépines et risque de démence." "Enfin et surtout", conclut-il, visiblement rappelé à plus de considération pour les millions de patients concernés, "il serait catastrophique qu’une communication mal ciblée ou mal comprise inquiète à tort des malades consommant ou ayant consommé ces médicaments de manière justifiée."

L’ensemble de cette prise de conscience risque malheureusement d’arriver un peu tard. Non seulement pour la communauté scientifique, mais pour tous ceux qui ont pris plusieurs années une benzodiazépine. Car à l’heure où les médicaments sont dans la ligne de mire avec l’affaire du Mediator, l’article de Science et Avenir a été très largement repris dans tous les médias. Difficile, décidément, de concilier les impératifs de la rigueur scientifique et médicale avec le souhait d'alerter le grand public sur des questions de santé.