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Une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile menacée de radiation

Une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile est convoquée ce 30 juin devant le conseil de l'Ordre, qui lui reproche, selon ses soutiens, d'avoir "mis en danger" des mères. L'une d'elles prend sa défense revendiquant la liberté d'accoucher chez soi.

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Une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile menacée de radiation
Une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile menacée de radiation (Image d'illustration)

"A travers Isabelle, c'est le procès de l'accouchement à domicile (AAD) que l'on veut faire, alors qu'il s'agit d'une pratique légale", dénonce Nathalie Donnez, membre du collectif "Les bébés d'Isabelle" qui a appelé à un rassemblement devant le conseil interrégional de l'Ordre à Paris, le matin de l'audience.

Sage-femme libérale depuis trois ans près de Tours, après 32 ans d'exercice à l'hôpital, Isabelle Koenig devra s'expliquer devant ses pairs, qui lui reprochent, selon ses soutiens, d'avoir notamment "tardé à transférer des patientes à la maternité" à la suite de complications et de les avoir "mises en danger". Il lui est aussi reproché un défaut d'assurance. Elle risque la radiation.

Victime d'une hémorragie après son accouchement à 23h25 le 14 juillet 2016, Mélina qui a fait le choix de mettre au monde sa troisième fille à domicile, soutient que la sage-femme a appelé l'ambulance à minuit quinze, mais que le véhicule n'est arrivé "que deux heures plus tard".

"Je ne lui en veux pas du tout. Au contraire elle m'a sauvé la vie, si elle n'avait pas accepté de me suivre, j'aurais accouché seule", raconte cette mère qui a ressenti l'annonce des poursuites comme "un coup de massue". "Isabelle ne devrait pas être poursuivie, c'est nous qui avons demandé à accoucher à domicile", poursuit-elle, défendant un "accompagnement personnalisé où l'humain prend toute sa dimension".

Contacté à plusieurs reprises par l'AFP, le conseil de l'Ordre d'Indre-et-Loire, à l'origine de la plainte, ainsi que l'instance nationale n'ont pas souhaité répondre. Refusant d'évoquer les faits avant l'audience, Mme Koenig a simplement indiqué poursuivre les accouchements à domicile sans "médicalisation à outrance" avec "un immense bonheur".

"Chasse aux sorcières" ?

Plus largement, le collectif, composé d'une centaine de membres, dénonce "la chasse aux sorcières" contre ces sages-femmes, qui ne seraient plus qu'une soixantaine en raison "des pressions" exercées.  En cause notamment, le coût prohibitif des contrats d'assurance, proche d'un revenu annuel moyen, dénoncé par l'Association nationale des sages-femmes libérales (ANSFL) qui rappelait en janvier 2016 que l'accouchement à domicile était autorisé.

Les exigences du principal assureur de l'obstétrique pour couvrir les professionnelles avait également "surpris" le Conseil national de l'Ordre.

"Il y a un mouvement pour faire disparaître l'accouchement à domicile même si ce n'est pas annoncé comme tel alors que cette pratique n'est pas illégale", plaide Willy Belhassen, vice-président l'ONSSF, premier syndicat de la profession.

"Deux radiations de sages-femmes à domicile ont été prononcées dernièrement et une procédure est en cours. Dans certains départements on cherche le moindre élément pour les convoquer", poursuit le représentant syndical indiquant toutefois "ne pas connaître précisément" le dossier de Mme Koenig.

On estime en France à moins de 1% les accouchements hors maternité, une évaluation qui comprend les accouchements inopinés comme dans les camions de pompiers ainsi que ceux programmés à domicile. 

avec AFP

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