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Auteur Prise en charge hospitalière
Choudeziles
Le 24/01/2017 16:05:22

Je ne sais pas trop où publier ce témoignage, donc je pose ça là...

Je suis revenue vivante des urgences du CHU de Pointe à Pitre. Je vous assure que ce n'était pas gagné...

Entre 1000 à 2000 morts d'asthmatiques par an en France.
Je suis asthmatique depuis que je suis toute petite. Je suis partie 9 ans en cure thermale à la Bourboule.
Le médecin de famille régulait à fond ma prise de ventoline, "c'est pas bon pour le cœur" qu'il disait. J'ai donc grandi en gérant et surtout en m'habituant à ma défaillance respiratoire.
Au moment de la puberté, il s'est calmé. il a repris de plus belle en sortie d'adolescence, là on a mis ça sur le compte du stress/psy .. bref.
Non en fait, j'ai un réel dysfonctionnement pulmonaire.

Je fume. Quand je le dis, j'ai déjà vu clairement du dégoût sur la gueule du doc. Si si. Une pneumo, qui m'a demandé 120€ pour des E.F.R en me disant que toute façon ça ne servait à rien les 1h30 de tests qu'on venait de me faire passer parce que ça faisait 15 jrs que j'étais sous hautes doses de corticoides.. mais qui m'a quand même pris mes 120€ sans même poser une seule fois son stéto sur ma cage thoracique mais m'expliquant que le climat de la Guadeloupe n'était pas fait pour moi.

Des tas de médecins m'ont fait le coup de l'injonction "Faut arrêter de fumer !" Aucun n'a réellement pris 5mn de plus en consult, s'asseoir avec moi et :"Bon alors, regardons la méthode qui serait la plus à même de vous faire stopper le tabac".. Jamais.. peut-être 1

Voilà 10 jours que je couve un truc ORL/Sinusite/VirusDeMerde qui finit comme d'hab par me couler fort dans la gorge et me tomber sur les bronches.
Après 6 jours de prise d'antibios je ne vois aucune amélioration de mon état. Je me vois essoufflée comme une ouf quand je monte/descends les 2 marches du bateau. Je suis en crise d'asthme +++ en fait, sous jacente de cette bronchite. Je ne l'ai pas vu/sentie se déclencher.

J'ai Fait 4h de nébuleuses au centre médical à l'aéroport (Centre géré en privé : 3 nébu sous air "simple" et 1 seule sous oxygène, le doc est contrôlé par ses supérieurs du nombre de litres d'oxy qu'il passe par patient.. si si) Son collègue lui a même balancé : "A 4 nébuleuses tu fais de la prise en charge hospitalière là !" (style style tu outres passe ton rôle.. sortir ça devant moi, y'a un malaise). Le médecin souhaite que j'enchaine les urgences du CHU, pour lui mon état n'est pas super satisfaisant. Je l'entends mais il était 18h, j'ai dit niet (intuitions ??), jamais de la vie je me pointe aux urgences là-bas, la nuit.
Je suis plus que crevée, ma saturation est toujours faible, mais je préfère rentrer chez moi au calme et paisible.
Je passe la nuit que je passe.

Il est donc vers les 11H15 quand j'arrive au CHU.
Il y a la queue pour la paperasse. Ah parce que ça, la paperasse, le cézame des étiquettes, que si t'as pas tes étiquettes ne pense pas à une quelconque attention du moindre soignant.
Heureusement, JM (mon chéri) arrive à se faufiler entre les portes, intercepte une blouse blanche. Ni une, ni deux je passe moi aussi les portes (yes!) on me fait asseoir et JM va faire mes étiquettes pour moi.
J'ai le droit à un premier stéto sur ma poitrine :" ah ouai ça fait des bruits bizarres" [non c'est que je suis blindée de mucosités mais surtout que je ne respire pas/plus, mec ]
Le temps de tout ça, assise sur ma chaise, je commence à prendre conscience de tout ce qui s'agite autour de moi, ne sachant encore pas que ce n'est qu'une infime partie de tout ce que je vais voir/subir pendant mes 5h de présence dans ces locaux.

Le petit doc aux lunettes se barre, revient, m'annonce que dans un premier temps on va d'abord me passer une radio. En fait, je comprends très vite qu'il n'y a aucune place pour moi pour m'installer sous aérosol.
Je me traine tant bien que mal (oui parce qu'il faut que je marche !) jusqu'au bout du couloir. M'assieds sur un banc en bois et j'attends.

Assez vite, on me fait passer ma radio. On me fait rasseoir sur le banc, me disant d'attendre que le doc vienne me chercher.

Là, je me retrouve face à la misère que je connais tant mais que je fuis de toutes mes forces depuis plusieurs années. Là, je me retrouve face à cette injustice sociale que je combats depuis longtemps maintenant. Là, je me retrouve seule, démunie, sans air dans mes poumons, le cerveau au ralentit, je sens une première larme sur ma joue. Je ne saurais te dire pourquoi mais cette scène de ce film "La ligne verte" me vient à l'esprit (Je suis fatigué patron). Et je sens les larmes couler, couler, couler.. impossible de contrôler, de les stopper.
J'intercepte des regards, je ne sais même pas les interpréter, la seule chose que j'entends tourner en rond dans mon cerveau c'est : "Je suis fatiguée de voir toute cette merde du monde, qu'est-ce que je fou là ?"
Je regarde l'heure sur mon téléphone, il est 11h57, je suis toujours sur mon banc à chercher l'air au milieu de mes larmes.

A côté de moi, une jeune femme sur un brancard visiblement sous médocs se met à convulser. J'entends une blouse blanche lui crier dessus "Mais fait un effort. Relève ta tête. Aller mets toi debout. Audrey, fais un effort" Elle repart de plus belle dans sa convulsion. Une infirmière déplace son brancard " ça fait peur aux autres gens" j'entends.. Mais tu m'étonnes que d'entendre un doc beugler comme ça sur la fille, ça rassure pas du tout

Attendent dans le couloir, 3 hommes d'un pénitencier qui escortent un prévenu. C'est le 3e jeune homme que je croise avec des menottes.
Il y a un petit jeune, que je pense psy qui fait que zieuter dans ma direction. Pour une fois, je ne cherche pas les noises et baisse la tête dès que je sens son regard se tourner vers ma direction. A un moment, il s'est retrouvé assis sur le banc à coté de moi, je ne sais pas ce qu'il a baragouiné, j'ai juste entendu "hey madame". Je n'ai pas eu peur, mais je crois que ça été le truc de trop.

Mes poumons ont fini par rester bloquer. J'ai juste eu le temps d'interpeler une fille en blouse blanche "siouplait". Heureusement, elle a entendu mon chuchotement. Elle me demande ce qu'il se passe, j'arrive encore à lui répondre : "asthme".
Elle s'est mise à courir chercher un doc et surtout un espace pour me mettre enfin sous aérosol. Je l'entends dire "La dame fait de l'asthme là.. Mais vive les urgences quoi "

Il est 12h15, soit une heure que je suis là et je respire enfin sous aérosol. Quelques minutes plus tard, l'infirmière qui va me prendre en charge arrive avec sa machine.
Prendre ma tension, prendre ma saturation..
On me prend donc ma saturation après avoir respiré depuis plusieurs minutes sous bronchodilatateurs & oxygène, masque au visage ma sat est à 98.. normale.
Ce qui l'est moins, c'est qu'en 5h de temps et même pour ma sortie, on ne m'a JAMAIS repris ma saturation.

J'ai passé 5h sur un fauteuil roulant. J'ai eu 4 nébuleuses (ce qui m'en fait 8 au total avec celles d'hier). A la fin de la 3e, j'ai demandé une pause sentant mon cœur partir en tachycardie +++ Maux de tête et vertiges => "c'est normal, c'est les effets secondaires"
Je dis que j'ai la sensation que mon cœur va sortir de la poitrine => "Ah non mais ça c'est pas possible.. hahaha" .
J'encaisse... Je fais ma 4e nébu. En fait je n'ai qu'une envie c'est que ça s'arrête et que je me rentre dans ma grotte, sur mon bateau.

La suite vaut vraiment son pesant d'or.

Je sens que faut que ça urge qu'on me fasse rentrer chez moi, en tout cas quitter cette petite chambre qui n'en est pas une. Ah mais attends, d'ailleurs t'ais-je raconté l'infirmière qui dit au doc "on est bien d'accord l'asthme c'est toi qui prends en charge total, nous on s'en occupe pas" à la relève du personnel soignant ? Oui parce que je comprends encore que je n'ai vraiment rien à foutre dans cette partie des urgences.

Bref, ma 4em nébu se termine. ça tombe bien ils ont besoin de la pièce pour un des prévenus qui attend de faire soigner une plaie à la jambe.
Je reste sur mon fauteuil roulant que le doc pousse jusqu'au milieu du couloir. Fait en sorte à ce que je ne gène pas trop le passage, se barre et me laisse en plan. Au bout de quelques minutes, je commence à sentir une gène respiratoire forte et une odeur qui me brûle la gorge et le nez.
Je me retourne et tu me croiras si tu veux, mais je suis sur le seuil du placard à balais où trônent des seaux remplis de produits détergents nocifs où les ASH rincent les cuvettes à pipi.
J'arrive à stopper un aide soignant, je lui demande si c'est possible de fermer la porte qu'après 4 nébu, inhaler des produits toxiques c'est pas génial. Il devient tout rouge, ferme la porte et se barre. ça ne lui aurait pas venu à l'idée de me changer de place en même temps. Le truc c'est qu'une fois l'odeur dans ta gorge et ton nez, porte fermée ou pas, c'est la même chose.

25 minutes se passent et arrive enfin mon petit doc à lunettes avec mes papiers de sortie. Je lui dis sur le ton de l'humour que de me mettre au placard à balais avec les produits toxiques c'est pas trop top. Il rigole d'abord, puis se rend compte quand même qu'il a merdé. Il sort direct son stéto, je siffle fort en fin d'inspiration et d'expiration, il fait un blanc : "Bon bah de toute façon vous serez toujours mieux chez vous à prendre de la ventoline"

J'en ai tellement plein le clito depuis 2 jours. Que je me lève, lui arrache ma radio et mes papiers de sortie des mains et me suis barrée.
Est noté sur mes papiers de sortie :
" Nette amélioration après 3 nébulisations, 4em de consolidation avant éventuel RAD.
Contexte d'angoisse +++"

Quelle amélioration, quand JAMAIS on ne prend ma saturation ?
On se demande si pour le contexte d'angoisse ce n'est pas moi la fautive, en ce cas on en revient au problème psy de l'asthme ?
Non, l'angoisse n'est qu'une conséquence de son aggravation !
Non, l'angoisse a été généré par cette prise en charge minable et ce cadre hospitalier misérable.

J'aimerai donc remettre les choses au clair sur la mortalité des asthmatiques où la légende voudrait que ce soit les gens malades qui attendent trop les limites pour se faire prendre en charge.
J'ai une autre version à proposer et si on attendait justement d'avoir les lèvres bleues pour preuve qu'on est vraiment en détresse respiratoire et qu'on se dit, ainsi, qu'on aura peut-être une prise en charge digne de ce nom.
Parce qu'après les lèvres bleues...

Et aussi je voudrais faire une spéciale dédicace de ce texte à certain-es qui ont exprimé l'idée que je voulais trop jouer les Warriors concernant ma santé. C'est qu'un moment donné à se frotter continuellement à des services de santé comme ça, j'ai plus de mal à me remettre de cette énergie dépensée pour garder le souffle, qu'à me soigner concrètement.

Voilà c'était ma contribution à #PayeTonUrgence #PayeTaCriseDasthme
Si des fois certain-es ont des filons pour toucher Mme la Ministre de la santé Marisol Touraine qui aurait peut-être, elle aussi, 4 mn A TUER pour lire ce témoignage....
Au CHU de Pointe à Pitre, il y a URGENCE !

Dr Tourmente - Allodocteurs.fr
Modérateur
Le 25/01/2017 11:31:55

Merci pour ce témoignage édifiant, que je trouve très grave... vous avez raison, l'angoisse n'était que le résultat d'une mauvaise prise en charge, particulièrement anxiogène. J'espère que vous allez mieux.

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