1. / Blogs
  2. / Présidentielle 2017 : la santé dans le débat

Présidentielle 2017 : la santé dans le débat

Présidentielle 2017 : la santé dans le débat

Santé : le programme du candidat François Fillon

Rédigé le 17/11/2016 / 0

A quelques jours de la primaire de la droite François Fillon progresse dans les sondages.

J’ai lu pour vous la partie de son programme consacrée à la santé.

Ce n’est un secret pour personne François Fillon souhaite un « choc »  libéral. Pour lui, notre système de santé est au bord de la faillite. Pour le sauver il veut donc mettre en place une règle d’or et imposer un équilibre des comptes pour les dépenses de santé de l’assurance maladie, c’est-à-dire mettre fin au trou de l’assurance maladie. Mais au delà de cet équilibre, il souhaite un remboursement du déficit  accumulé de 110 milliards depuis des années. Pour François Fillon il est possible de faire 20 milliards d’économie dans la santé.

 

Une mesure choc pour tous les Français

Il  propose que l’assurance maladie continue de rembourser les affections graves et de longue durée et que les assurances santé privées se concentrent sur le reste. Le ton est donné ! Votre consultation chez le généraliste sera à la charge de votre complémentaire. C’est d’une part une large place faite à l’assurance privée, un recul de l’esprit de la sécurité sociale. Alors pour ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder à une assurance privée il y prévoit un régime spécial.

La mutualité française qui regroupe 98% des mutuelles ne souhaite pas prendre position mais ils m’ont transmis ces chiffres. Si la proposition de françois Fillon s’appliquait demain alors c’est près de 20 milliards d’euros qui seraient transférés aux ménages et à leurs complémentaires santé (dont les marges sont à l'équilibre). Cela correspondrait à un transfert de prise en charge de près de 300 € par an et par personne (298 €). Si ces 300 € étaient couverts intégralement par les complémentaires santé, cela occasionnerait une augmentation de 76 % des montants pris en charge par ces complémentaires. La conséquence serait probablement une flambée des prix des cotisations des complémentaires santé.

On changerait donc de système de santé. C’est un choix politique !

 

Des mesures pour faire des économies à l’hôpital  

Sa mesure phare c’est le retour aux 39 heures à l’hôpital mais payées 35.

Parmi ses propositions pour faire des économies il veut aussi revoir la carte hospitalière, c’est à dire fermer des petits hôpitaux. C’est une recommandation faite chaque année par la cour des comptes. F. Fillon souhaite des hôpitaux plus loin mais avec des plateaux techniques de haut niveau et des structures de petites urgences au niveau local. Mais on ne sait pas si ces dernières assureront une permanence des soins la nuit.  Le problème c’est que la fermeture d’hôpitaux à plutôt tendance à crisper les populations qui vivent déjà dans des territoires isolés. Il va en falloir de la diplomatie.

 

Autre mesure pour l’hôpital

François Fillon aimerait "faire payer ceux qui abusent des urgences", c'est ce qu'il a déclaré sur le site internet des "entreprises internationales de recherche". Alors j’ai eu sa conseillère en matière de santé au téléphone. Elle était embarrassée car ce n’est pas dans le programme. S’il gagne la primaire il faudra donc lui demander s’il maintient cette mesure car là encore c’est un changement assez radical de système.

Il souhaite également accélérer le virage ambulatoire avec suppression de lits à la clé. Un lit médicalisé coute cher : 1500e. Il propose donc de développer des hôtels hospitaliers, ces sont des hôtels à l’intérieur ou attenant à l hôpital, le coût d’un lit est de 70 euros. Une expérimentation est en cours en France. C’est une bonne idée lorsqu’il s’agit de petite chirurgie comme un glaucome. Ce que ne nous dit pas F.Fillon c’est qui prend en charge cette nuit d’hôtel, le patient, sa mutuelle ou l’assurance maladie ?

 

Des reformes en profondeurs, des réformes structurelles 

Il souhaite une décentralisation de l’hôpital, une plus grande autonomie des hôpitaux, en clair des agences régionales de santé moins sous le joug de politiques issue de Paris et du ministère de la santé. Il critique d’ailleurs fortement ces agences régionales de santé qu’il a lui même créées et qui selon lui, génèrent une importante bureaucratie à l’hôpital. Cela peut paraître abstrait mais regardez cette photo (photo). Elle a été prise en Angleterre dans les années 80. M.Tatcher avait mis en place cette décentralisation à l’hôpital qui avait  entrainé  des contraintes budgétaires. Il y avait eu une désaffection des patients pour l’hôpital public ou les listes d’attente pour se faire soigner étaient devenues interminables, les patients se sont alors tournés vers le secteur privé.

 

Une place particulière à la médecine libérale

Il souhaite évidemment l’abrogation de la loi Touraine et du tiers payant. Il souhaite aussi revaloriser les consultations des médecins, on n’a pas les montants mais il prévient qu’il y aura des contreparties et qu’il faudra que ces médecins remplissent des objectifs de santé publique. Pas de blanc seing pour François fillon.

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces mesures ne semblent pas très populaires ?

 Oui, d’autant que la semaine dernière le personnel de l’hôpital était dans la rue et leur principale réclamation était la surcharge de travail et les rémunérations très basses. C’est plutôt l’inverse qu’il leur propose F.Fillon. Et voici son état d esprit lorsqu’il s’agit de manifestants, c’était à propos de la loi El Khomri " Cette loi a mis 150.000 personnes dans la rue. Pour ma réforme des retraites, en 2003, elles étaient 2,5 millions dans la rue. Et ma réforme a quand même été au bout, ça n'a pas été facile, mais elle s'applique aujourd'hui." En clair, la rue ne fait pas peur à ce libéral à l’accent tatchérien.

 

Des propositions qui existent déjà

Non. Il veut développer la télémédecine, le dossier médical personnel, c’est un dossier où toutes vos données de santé sont conservées. Le dossier médical c’est l’arlésienne dans le milieu médical tant on sait que de nombreux médecins y sont opposés. Il souhaite aussi plus de synergies entre les hôpitaux publics et privés. Et puis sur un aspect un peu plus sociétal de la santé il fait des promesses étonnantes qui figurent parmi ses 15 mesures phares. On peut lire « adoption plénière réservée aux couples hétérosexuels, limiter la PMA aux couples hétérosexuels infertiles et interdire la GPA ». Il retire donc aux homosexuels l’adoption plénière. Cette dernière est une proposition mais en revanche il est inutile de promettre de limiter la PMA aux couples hétérosexuels infertiles ni d’interdire la GPA puisque c’est déjà le cas. En fait il s’agit là d’un clin d œil à Sens Commun, le bras politique de la manif pour tous qui a désigné Fillon comme son candidat. Il est toujours assez déstabilisant de lire dans les programmes des promesses qui existent déjà.


La fin du trou de sécu : une entrée en campagne déguisée

Rédigé le 17/11/2016 / 0

Marisol Touraine  a annoncé fin septembre la fin du trou de trou de la sécurité sociale pour 2017. Cette annonce est éminemment politique et confirme l’entrée en campagne de François Hollande.

Pour bien comprendre, il faut regarder la courbe du déficit de la sécu ces 10 dernières années, une décennie de dérapage avec un pic à 23,9 milliards d’euros en 2010. Marisol en charge de cet abysse depuis 2012 prétend qu’il sera résorbé en 2017 de 400 millions….400 millions ca peut paraître énorme pour le commun des mortels mais comme elle aime le répéter  « pour un budget de 500 milliards », 400 millions représentent « l’épaisseur du trait ».

 

Marisol Touraine a t-elle vraiment gagné son pari ?

C’est ce qu’elle claironne sur son site internet : «  en 2017 il n’y aura plus de trou de la sécu, la gauche a fait le job » « La droite avait multiplié les franchises et creusé le déficit. Nous aurons sauvé la Sécu ». Marisol Touraine s’approprie le bénéfice de cette victoire. Or, ce résultat n’est pas seulement l’œuvre de son travail car des reformes engagées sous la mandature précédente et notamment la reforme Fillon sur l’allongement des cotisations retraites en 2010 ont permis de réduire considérablement ce déficit.

 

Que disent les chiffres ?

En réalité, c’est loin d’être aussi rose !  La sécurité sociale comprend 4 branches : la branche retraite, la branche famille, la branche accidents du travail et maladies professionnelles et la branche maladie. Si les 3 premières branches seront en équilibre voire excédentaires en 2017, la branche maladie est considérée comme l’homme malade de la sécurité sociale avec toujours un déficit prévu de 2,6 milliards d’euros en 2017. 2,6 milliards de déficit c’est en comptant  les reformes à venir. Elle met donc la charrue avant les bœufs d’autant que ces reformes sont très critiquées car elles pèsent sur les hôpitaux avec un virage ambulatoire,  des achats groupés de matériel et entre autre un taxe sur le tabac à rouler.

Alors c’est seulement en cumulant toutes les branches que Marisol parvient à ce chiffre de 400 millions. Cette annonce cache donc des situations très disparates.

 

La fin du trou du de la sécurité sociale contesté

Le premier a dégainé c’est Didier Migaud, le président de la cour des comptes et petit détail il est socialiste ! Il dénonce « une estimation, qui intègre, de manière très discutable, un produit exceptionnel de CSG  de 700 millions d’euros, alors que cette écriture comptable ne correspond à aucune recette supplémentaire. En fait, on a pris un treizième mois de CSG pour l’année 2016 mais, à ma connaissance, rien n’a changé, une année dure toujours douze mois. ». En clair, pour Didier Migaud il y a eu un tour de passe-passe comptable de la part du gouvernement. Il a comptabilisé 13 mois de recettes de CSG au lieu de 12 et intégré cette recette de 700 millions au budget. Marisol Tourain, la reine du bonto !

Et puis Marisol a aussi la mémoire courte puisqu’elle oublie d’inclure dans ses calculs des promesses qui ont été faites par le gouvernement ces derniers mois comme les revalorisation des consultations de 23 à 25 euros accordées aux médecins libéraux. Total : 400 millions. Mais aussi elle oublie d’ajouter la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires hospitaliers estimé à 700 millions.

Et enfin la sécurité sociale ce n’est pas que le régime général et dans ses comptes Marisol oublie une branche qui est le fond de solidarité vieillesse déficitaire de 3,8 milliards. Il faudrait peut être offrir un boulier à Marisol Touraine.

 

Une annonce qui maque une entrée en campagne

Ce n’est la première fois qu’un ministre annonce la fin du trou de la sécu. Regardez jacques barrot ministre des affaires sociales faisait la même chose en 1980.

Le point commun entre ces deux annonces : c est la période préélectorale. Marisol Touraine ne nous a pas présenté le plan de financement de la sécurité sociale 2017 mais son bilan ! Ca s’appelle du service après vente du quinquennat de François hollande. C’est une entrée en campagne de François Hollande qui ne dit pas son nom ! Il faut admettre une chose, les chiffres n’ont jamais été aussi bons ces dernières années. Mais il ne fait pas crier victoire trop vite car sans vouloir la décourager en 2001 la gauche au pouvoir, conduite par Lionel Jospin, avait elle vraiment ramené la Sécurité sociale à l'équilibre avec un impact dans les urnes difficilement quantifiable, voire nul...

La réponse de  Marisol Touraine sur son site
 

Santé : que propose le candidat Alain Juppé

Rédigé le 17/11/2016 / 0

 

La place de la santé dans le programme d’Alain Juppé 

Il veut « faire de la santé l’un des piliers du rayonnement de notre pays » Comment me direz vous ? « Cela passe par un préalable indispensable : le rétablissement de la confiance avec nos professionnels de santé ». Ce préambule est très intéressant car il y a deux façons de l’interpréter.  Soit-il parle de la confiance entamée entre le monde médical et particulièrement les médecins libéraux et le gouvernement actuel. Soit-il parle de la confiance qu’il doit lui même regagner avec le monde médical. Car les ordonnances Juppé de 95 avaient mis en colère les médecins et menées aux grandes grèves. Juppé sait qu’il doit reconquérir cet électorat et son opération séduction a commencé par un mea culpa.

Regagner la confiance du monde médical 

Il place les médecins libéraux au cœur de son programme. Et pour les séduire il veut abroger le tiers payant, revaloriser les consultations en fonction de leur complexité. Problème, c’est déjà l’esprit de la dernière convention médicale qui a été signée en juin dernier entre l’assurance maladie et les médecins avec les consultation dites complexes à 46 euros ou très complexe à 60 euros. Il ne dit pas ce qu’il veut faire de plus ! Il veut aussi diminuer la bureaucratie ou encore rémunérer les missions de prévention. Enfin, il aimerait développer les maisons médicales sauf que les syndicats de médecins libéraux ne veulent pas en entendre parler. Je vous fais grée des mesures qui existent déjà et qui sont dans son programme.

Les déserts médicaux 

Pour lui, il faut redynamiser les territoires pour attirer les médecins. Ca sonne comme un vœu pieux… Il propose de créer une plateforme pour alerter les pouvoirs publics en cas de problèmes d’accès aux soins par exemple dans les zones rurales.  Ces zones sont connues, pas sur qu’on aie besoin d’une plateforme… Enfin, pas de coercition, il veut inciter les jeunes médecins avec des aides financières ….ca existe déjà.

Les jeunes médecins

Il souhaite réformer les études avec une sélection sur dossier des étudiants admis en première année. Et puis, il voudrait modifier le concours d’internat, c’est le moment où les futurs médecins choisissent leurs spécialités. Aujourd’hui, ce concours est national, en fonction de résultats on choisit l’endroit et la spécialiste. Lui voudrait régionaliser ce concours. Alors, je doute qu’il ait consulté l’intersyndicat des internes. Selon un de ses représentants, ces deux mesures sont archaïques, il risque de se mettre la profession à dos.

Propositions pour l’hôpital le plus gros poste de dépenses de l’assurance maladie 

Il veut installer un dialogue social pour en finir avec les 35h et non pas laisser l’application de cette mesure aux dirigeants de l’hôpital comme ses adversaires à la primaire. Il  insiste sur l’épuisement des équipes hospitalières et propose de  remettre à plat l’organisation du travail. Comment ? Il ne le dit pas. Et concernant la T2A,  le financement à l’activité de l’hôpital est, pour sa part, un bon principe. « S’il ne faut pas le remettre en cause, il faut l’ajuster et l’améliorer pour n’en garder que les bénéfices ». Quels ont les bénéfices selon lui ? On n en sait rien.

Le financement des mesures

Alors sa méthode c’est la responsabilisation. Et ça passe d’abord par la lutte contre la fraude en renforçant les contrôles par exemple avec plus d’actualisation de carte vitale. Il veut réformer l’aide médicale d’Etat et la réduire à la prise en charge des situations d’urgence et des maladies infectieuses. Il appelle à une tolérance zéro pour les actes inutiles ou redondants. Mais pas de sanctions annoncées. On ignore aussi qui est visé par cette mesure.  Plus intéressant, il souhaite une meilleure négociation des prix élevés des médicaments innovants avec les laboratoires pharmaceutiques.

Et le patient ?

En tant que fils spirituel de Chirac il souhaite lancé un 3ème plan cancer. Il mise tout sur la prévention négligée selon lui ces dernières années. De 2% des dépenses de santé il faudrait la passer a 10% en 5 ans. C’est ambitieux. Il veut lancer trois grands chantiers : la lutte contre les addictions, un autre consacré aux liens entre santé et environnement et un dernier consacré à la santé maternelle et la santé des plus jeunes. Au programme : la lutte contre l’obésité et surtout le renforcement de la médecine scolaire qui ne mobilise qu’à peine plus de 0,7 % du budget de l’Education nationale. S’il est élu elle dépendra du ministère de la santé.

Les agences au services des patients

Il veut aussi reformer les grandes agences.  Il faut que les nombreux sites des organismes existants, comme celui de la Haute autorité de santé (HAS), qui doit jouer un rôle central, celui de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et celui de la Direction Générale de la Santé, soient beaucoup plus aisément compréhensibles par tous. À cette fin, une plateforme téléphonique et internet, associée à des applications sur smartphone, portant sur tous les problèmes de santé des Françaises et des Français sera expérimentée, avant sa généralisation, en direction du grand public, en se fondant sur les expériences de plateformes comme Sida Info Service ou Tabac Info Service.

Bilan

Il dresse un long constat de notre système de santé et il nous propose des grandes orientations pour le reformer mais il ne livre pas la méthode ni aucun détails. Son équipe m’a répondu qu’il ne se présentait pas pour être secrétaire d’état à la santé. C’est vrai mais lorsqu’on veut reformer le financement de l’hôpital on est en droit en tant que citoyen de savoir comment. Plus généralement, on sent que Juppé est très prudent dans ses propositions surement parce qu’il sait que ses relations avec le monde médical sont encore fragiles et que tout le monde a encore en mémoire ses reformes de 95 de la sécurité sociale et de l’assurance maladie.