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Présidentielle 2017 : la santé dans le débat

Présidentielle 2017 : la santé dans le débat

Santé : que propose le candidat Bruno Le Maire ?

Rédigé le 23/09/2016 / 0

Le week-end dernier, Bruno Le Maire, candidat à la primaire de droite a boosté sa campagne. Il a notamment dévoilé un nouveau site Internet et son programme qui compte plus de 1004 pages.

Son programme pèse près de 4 kilos. Il consacre 70 pages à la santé, loin des 20 pages que Nicolas Sarkozy livre dans son ouvrage. Plus concrètement, Bruno Le Maire dévoile 17 propositions chiffrées. Les premières concernent non pas les médecins, mais les patients et ceux qui renoncent aux soins faute de moyens.

  • Proposition : remboursement des soins dentaires à 100%

En mai dernier, Bruno Le Maire avait déjà dévoilé quelques-unes de ses mesures dans la presse avec une punchline : "il faut rembourser les soins dentaires à 100%". Il y revient en détail dans son programme. Mais attention, 100% ne veut pas dire que les soins seront gratuits. Il faut entendre 100% du tarif de l'Assurance maladie, alors qu'aujourd'hui le taux de remboursement est de 70%. Exemple : le tarif d'une couronne par l'Assurance maladie est de 107,5 euros. Vous serez donc remboursé 107,5 euros. Mais aucun dentiste ne propose ce tarif. Pour une couronne, il faut compter en moyenne 516 euros.

Par ailleurs, il propose aussi d'augmenter le tarif de l'Assurance maladie de 107 à 150 euros. C'est un véritable progrès parce que des milliers de Français renoncent aux soins dentaires par manque d'argent. Mais on est toujours loin du tarif moyen. Coût estimé de cette mesure pour les couronnes : 566 millions d'euros.

  • Proposition : une paire de lunettes remboursée à 100% tous les quatre ans

Le reste à charge ne cesse d'augmenter pour les patients ces dernières années. Bruno Le Maire propose donc le remboursement d'une paire de lunettes à 100% tous les quatre ans. Mais attention, il y aura une gamme très précise de lunettes proposées par l'Assurance maladie, les marques en sont exclues. Coût total de la mesure estimé à 725 millions d'euros. 

Une autre mesure en faveur des patients concerne les aidants : Bruno Le Maire veut accorder une part fiscale complète aux familles ayant un enfant handicapé dès la première personne à charge contre une demi part aujourd'hui. Le coût de la mesure est compris entre 150 et 200 millions d'euros.

  • Quelles recettes ou contreparties pour l'Etat ?

Certaines mesures sont étonnantes comme celle concernant les 28 millions de rendez-vous médicaux annulés par an. Pour y remédier, l'assuré sera taxé de 20 euros dès la seconde annulation intempestive, prélevés par l'Assurance maladie. Cela vaut aussi pour les bénéficiaires de la CMU. Cette mesure ne sera appliquée seulement si le médecin est engagé dans l'amélioration et la modernisation de prises de rendez-vous (exemple : Internet). À mon avis, cela est très compliqué à appliquer. Recette : 300 millions d'euros.

Suppression de l'AME, l'aide médicale d'Etat qui permet aux étrangers sans papiers d'avoir accès aux soins. Elle est remplacée par une aide médicale d'urgence. Même proposition que Nicolas Sarkozy. Tous les autres soins seront à payer d'avance avec en plus une franchise de 30 euros par an pour avoir accès au système de santé. Economie annoncée : 450 millions d'euros. C'est une des propositions les mieux chiffrées. On trouve également dans le programme de Bruno Le Maire des tableaux comparatifs pour montrer que des étrangers sont parfois mieux remboursés que des citoyens français.

  • Un plan d'économies à l'hôpital ?

Le patient devra débourser 40 euros si son passage aux urgences n'est pas justifié. S'il ne s'agit pas d'une urgence vitale, vous devrez en priorité consulter votre généraliste. Si vous avez des doutes, une plateforme téléphonique vous orientera. Une exception : les urgences pédiatriques.

La réorganisation des urgences dans son ensemble permettra une économie de 400 millions d'euros et cette mesure replace la médecine libérale au cœur du système de santé. Deux remarques : un passage aux urgences sera justifié ou injustifié si un patient ne trouve pas de médecin de garde le week-end ou après 20h00 ? Et de nombreuses personnes se rendent aux urgences parce que les dépassements d’honoraires en ville sont tels que certains n’ont pas d'autre choix que de se rendre aux urgences. Malheureusement, il n’y a pas un mot sur les dépassements d'honoraires dans le programme de Bruno Le Maire.

Autres propositions, pour Bruno Le Maire, il faut rendre les hôpitaux plus autonomes : recrutement, rémunération, temps de travail... une manière de se débarrasser de la question des 35 heures à l'hôpital, qui est une bombe à retardement. Il reste plus de deux millions de RTT sur les comptes épargne temps qu'il faudra régler.

  • Priorité à la médecine libérale

C'est un électorat à reconquérir. La médecine libérale est au cœur de son projet. Et sa principale proposition reste l'abrogation du tiers payant. C'est le leitmotiv des candidats de droite. Bruno Le Maire souhaite également revaloriser la rémunération notamment dans les déserts médicaux, stopper la bureaucratie en développant la e-administration.

  • L'autre gros chantier : les études de médecine ?

Les études de médecine représentent un gros pan de son programme. Le but est d’abord de limiter la casse en première année qui coûte beaucoup d'argent et qui est aussi un gâchis humain. Ainsi, il souhaite une sélection à l'entrée en première année.

Bruno Le Maire voudrait aussi réformer le concours d'internat, qui correspond au moment où les futurs médecins choisissent leur spécialité. Aujourd'hui ce concours est national. Et en fonction de ses résultats, l’interne choisit l’endroit et sa spécialité. Bruno Le Maire voudrait régionaliser ce concours. Mais je doute qu’il ait consulté l’intersyndicat des internes. Selon un de ses représentants, ces deux mesures sont archaïques. Selon lui, c'est le type de mesure pour se mettre une profession à dos.

  • Du côté des addictions, des mesures risquent de faire débat ?

Bruno Le Maire veut continuer à lutter contre la consommation de tabac. Au programme : une campagne de prévention mais pas un mot sur l’augmentation du prix du paquet de cigarettes. Or, les études montrent aujourd’hui clairement que pour lutter contre le tabac, la hausse des prix est le seul levier efficace.

Bruno Le Maire veut aussi s'attaquer au cannabis. Sa détention ne serait plus un délit mais une contravention à régler. Il souhaite aussi accentuer la prévention et mettre en place un dépistage inopiné en classe de Seconde par la médecine scolaire. Si les résultats sont positifs, un stage de sensibilisation sera proposé avec un des deux parents.

Bilan :

Avec ce programme, Bruno Le Maire s'adresse à tout le monde. Indéniablement, Bruno Le Maire et ses équipes ont beaucoup travaillé, toutes les mesures sont chiffrées, les détails des éventuelles modifications législatives sont annoncés. Mais au final, il demeure une liste de reformes plutôt qu’une véritable vision réformatrice du système de santé français.

Santé : que propose le candidat Sarkozy ?

Rédigé le 23/09/2016 / 0

L'un des événements de cette rentrée 2016 est la sortie du livre de Nicolas Sarkozy qui caracole en tête des ventes. Il faut reconnaître qu'il est quasiment le seul à avoir présenté des propositions concrètes dans le domaine de la santé. Nicolas Sarkozy y consacre une vingtaine de pages sur 230. Pour les trouver, il faut se rendre au dernier chapitre.

  • Quelle est la ligne directrice de son programme concernant la santé ?

Nicolas Sarkozy avait déjà développé son idée maîtresse concernant la santé lors de la conférence du parti. C'était le 25 mai 2016.

Abroger le tiers payant devrait faire plaisir aux médecins libéraux. Ses arguments : le tiers payant déresponsabiliserait les patients et fonctionnariserait les médecins car ils n'auront plus qu'un seul client : l'Assurance maladie.

Ensuite, il promet aux médecins d'arrêter la paperasse qui occuperait 15% de leur temps selon lui. Il promet une revalorisation de la consultation à 23 euros selon le type de consultation. Problème : c'est l'esprit de la dernière convention entre l'Assurance maladie et les médecins libéraux.

Quatrièmement, il veut un forfait pour les maladies chroniques. En clair, suivre un patient diabétique ne nécessite pas systématiquement un paiement à l'acte. Il veut renforcer les maisons de santé. Et enfin, une rémunération plus importante des médecins dans certaines zones pour lutter contre la désertification médicale.

  • Est-ce un programme qui peut séduire les médecins libéraux ?

Les médecins libéraux sont en conflit depuis quatre ans avec le gouvernement actuel donc d'un point de vue électoral, c'est une bonne stratégie. Sur le fond, je me suis empressé de téléphoner au principal syndicat des médecins libéraux, la CSMF pour prendre la température. Et ce n'est pas gagné. On se montre très méfiant. Il y a des propositions sur lesquelles le candidat s’était déjà engagé lors des précédentes élections et qui n’ont pas été tenues. Ils attendent donc des faits. Et les forfaits pour les ALD et les maisons de santé, ca ne leur plait clairement pas.

  • Quid de l'hôpital qui reste le plus gros poste de dépenses de l'Assurance maladie ? 

Nicolas Sarkozy souhaite que chaque établissement hospitalier puisse devenir autonome. En gros, chaque hôpital pourra choisir son temps de travail, ses spécialités, ses équipes. C’est en totale contradiction avec la dernière loi de Marisol Touraine sur les GHT qui est déjà en marche et qui consiste à spécialiser les hôpitaux dans une région donnée. Est-ce que cela veut dire qu'il faudra défaire ce qui vient de se mettre en place s'il est élu ? Et "choisir son temps de travail" permet de se débarrasser d’une bombe à retardement que sont les 35 heures à l’hôpital. Il reste toujours deux millions de jours placés sur les comptes épargne-temps, des RTT non posés que les hôpitaux devront payer un jour ou l'autre. On attend de sérieuses précisions de ce côté.

  • Et le patient dans tout ça ?

Pour Nicolas Sarkozy, il faut responsabiliser le patient et notamment les patients en ALD via un contrat personnel de prévention et de soins signé avec l'Assurance-maladie. Les comportements irresponsables entraîneront un moindre remboursement. Et on ne change pas ce qui a fonctionné par le passé, Nicolas Sarkozy propose un nouveau plan Alzheimer mais aussi un plan cancer et un plan autisme.

Il veut aussi revenir sur une loi qui divise la classe politique depuis sa création en l’an 2000, c'était sous le gouvernement Jospin, il s'agit de l'AME, l'aide médicale d’état qui permet aux étrangers sans papiers d’avoir accès aux soins gratuitement. Au détour de la partie intitulée le "défi de l'identité", il annonce que s’il est élu il supprimera cette aide car trop coûteuse : 800 millions d'euros/an.

Lorsqu'il était président, cette aide a été soumise à une franchise de 30 euros que la gauche a annulée une fois au pouvoir. À la place, il propose une aide couvrant uniquement les urgences vitales. Que fait-on d'un cas de tuberculose dans un camp de migrants ? Est-ce une urgence vitale ? Ou est-ce qu'on ne la soigne pas au risque de créer une épidémie sur le territoire, la tuberculose étant une maladie très contagieuse ? Là aussi, on attend des précisions.

  • Comment qualifier le programme santé du candidat Sarkozy ?

Il s'agit d'un pré-programme. Il y a des idées. En revanche, il manque cruellement de chiffres. Il existe une mesure qui est dans le programme du parti mais qu'il n'évoque pas dans le livre, il s'agit de la baisse du taux de prise en charge par la Sécurité sociale qui devrait passer de 76% à 73%. Cette mesure n'est pas populaire car cette baisse sera supportée par les mutuelles donc par les patients qui risquent de voir leurs cotisations augmenter.

Dernière remarque, pour un programme sur la modernisation de la médecine libérale, je m'attendais à des propositions pour régler le problème des dépassement d'honoraires. Mais Nicolas Sarkozy n'en parle pas.
 

Les propositions du candidat Sarkozy :

1) abroger le tiers payant

2)  arrêter la paperasse

3) revalorisation de la consultation

4) forfait pour les malades chroniques

5) renforcer les maisons de santé

6) rémunération plus importante selon les zones