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Pixels et Stéthoscope

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"Ten weeks", l’amnésie n’est pas qu'une quête de la mémoire perdue...

Rédigé le 04/11/2016 / 0

Beaucoup d’excellents jeux sont en anglais… et celui-ci ne déroge pas à la règle. Si la langue d’Elizabeth II vous file autant de boutons qu’une tourte aux reins, on vous dit à la semaine prochaine pour un nouveau jeu… Désolé ! Ah, et pourtant, c’est vraiment dommage… Ce jeu est vraiment très, très intéressant.

"L’amnésie du personnage principal" est l’un des plus gros poncifs scénaristiques du jeu vidéo, juste après la demoiselle en détresse, mais si elle est souvent employée par facilité (FFVII, Bioshock Infinite…), il arrive que cette amnésie soit en fait le moteur du récit et engendre des œuvres d’une intelligence et d’une sensibilité rares (Pierrec pourrait vous parler longuement de jeux tels que Planescape Torment ou Sanitarium…). Ten Weeks (voir "fiche du jeu" pour le télécharger et y jouer gratuitement) vient rejoindre cette deuxième catégorie, mais en douceur, sur la pointe des pieds, comme s’il ne voulait pas déranger…

Ne pas blesser ni effrayer ses proches…

Ce jeu nous met dans la peau et dans le crâne de Stéphanie. Et dans son crâne, c’est compliqué, depuis son AVC. Paralysies partielles, pertes de mémoire : le caillot ne lui a vraiment pas fait de cadeau. Mais Ten Weeks ne cherche pas à nous faire pleurer, plutôt à nous faire éprouver ce que Stéphanie éprouve. Sa prosopamnésie (déficit neuropsychologique rare défini par une incapacité à se souvenir des visages), nous l’expérimentons au travers de l’interface graphique du jeu. Sa paralysie est évoquée par les limites de l’interface de jeu. 

L’amnésie n’est pas ici prétexte à une "quête de la mémoire perdue" mais bien à une quête pour la vie. Il ne s’agit pas d’essayer de se souvenir, il s’agit de s’efforcer de ne pas blesser les gens, de ne pas les effrayer, de ne pas laisser nos problèmes physiques et psychiques peser trop lourd sur notre famille. Leurs visages nous échappent, la notion du temps nous échappe, mais on peut encore faire semblant, ne serait-ce que pour les rassurer, et on pourra même avoir l’impression d’y arriver, avant que l’intelligence de Ten Weeks nous frappe en pleine figure.

Au-delà de son génie narratif, Ten Weeks s’illustre par ses superbes graphismes, mais aussi par sa façon de traiter la maladie mentale avec humanité (quand elle est souvent dans le jeu vidéo cantonnée au thriller et à l’horreur). À noter que, pour saisir toute l’ingéniosité de Ten Weeks, il est préférable d’y jouer une seconde fois, mais expliquer un tour est aussi le meilleur moyen de lui enlever sa magie. On vous laisse vous dépêtrer de ce dilemme.

Pixels & Stéthoscope

Fiche du jeu

  • Nom : Ten weeks
  • Plateformes : Windows
  • Langue : anglais
  • Jeu gratuit, à télécharger
  • Auteur : Leaf Thief
  • Durée d’une partie : environ 20 minutes

Jeu initialement présenté le 4 juin 2015 sur l'Oujevipo

 

Jeu précédent :

"To Continue" : une petite partie de fibrillation ventriculaire ? (28 octobre 2016)