1. / Blogs
  2. / Les addictions, parlons en...

Les addictions, parlons en...

Les addictions, parlons en...

L'Association "S.O.S. Addictions".

Rédigé le 14/08/2014 / 0

Je remercie le Docteur William LOWENSTEIN d'avoir bien voulu me consacrer un peu de son temps afin de nous présenter l'Association "S.O.S. Addictions" qu'il a créée et dont il est Président, en association avec les Docteurs Philippe BATEL et Laurent KARILA.
(Lien de l'Association : http://sos-addictions.org/)

Une association «porte-voix» :

Il manque une Association  «porte-voix». Une association de mobilisation, de sensibilisation comme l’a été AIDES au temps du sida. Le champ d’action va être large et il faut essayer d’organiser un grand nombre d’évènements pour promouvoir la «santé des addictions» sous toutes ses formes, mais en privilégiant, bien entendu, prévention, réduction des risques et soins.  Etre un porte voix pour que les addictions sortent du tabou, de la faute et de la culpabilité. Le but est d’arrêter de parler des addictions comme d’une fatalité ou d’une faute à travers les interventions  de la B.A.C., (Brigade Anti-Criminalité), ou les dérives. Au 21ème siècle, nous devons en parler sur un plan à la fois médical et social. Nous pouvons nous servir de l’expertise du Conseil Scientifique de l’Association pour réagir sur l’actualité, par exemple celle de la cigarette électronique ou les traitements contre l’alcool… Mobilisons les régions, les entreprises, les médias, les sportifs et même l’Armée, qui a aussi des problèmes…, et promouvons la recherche clinique et les actions pragmatiques de réduction des risques sur le terrain. L’exemple que je peux donner est celui de l’Association AIDES avec la volonté de prendre un certain volume pour promouvoir encore une fois la santé des addictions sous toutes ses formes. Nous sommes conscients que les addictions sont un problème qui nous concerne tous, un problème global mais qui n’a pas de solution globale. Comment promouvoir cette multitude de solutions sans se diluer ? Le challenge est là. L’image des addictions est devenue complexe et il nous faut trouver une sorte d’éclairage et de priorités que pourrait porter S.O.S. Addictions, et qui permettrait de mobiliser notre pays sur cette question et de se sortir d’une certaine lenteur dans bien des domaines. (Outre la cigarette électronique, les traitements de l’alcool, on pourrait citer la cocaïne, la cyber-dépendance…). De ce fait, on se heurte à cette image de dilution car il est plus simple de s’occuper, entre guillemets, d’un objet précis. Là, ce dernier est très large et se dilue. A la recherche de sponsors, je suis confronté à la difficulté de la clarté du message pour ne pas dire de l’image.

Changer l’image des addictions en France :

Changer l’image des addictions en France, bien évidement, ce pourrait être faire la paix avec les addictions pour en améliorer la santé. Il nous faut sortir de cette «médecine de guerre» et commencer à pacifier la prise en charge et la prévention des addictions dans notre pays. Cela passera par des moyens comme la projection de films, l’organisation d’évènements thématiques, des recherches de financements pour soutenir des projets, (comme le plan B en Aquitaine - voir : http://leplanb.info). Etre également présents dans les fêtes, (binge drinking), les 3èmes mi-temps… dans un souci d’encadrement, et s’associer également aux entreprises pour essayer de développer leur implication dans ce domaine et celui de la prévention, à chaque fois, en essayant d’être un porte-voix et d’occuper un espace médiatique pour promouvoir ce qui se fait, car il se fait déjà beaucoup de choses. Bien évidemment, comme pour nos Universités ou pour notre recherche, nous sommes confrontés aux difficultés économiques que l’on connaît. Donc, maintenant, ma philosophie c’est d’arrêter de demander à l’Etat ce qu’il ne peut pas donner, (pourquoi pas créer une agence nationale de recherche en addictologie), et mobiliser les gens sur ce sujet.

Le modèle de l’Association AIDES :

On  a eu un vecteur «extraordinaire» qui était le sida qui a permis de mettre en place un certain nombre de programmes pour les usagers de drogues par voies veineuses en cette période dramatique. Mais, après le succès des trithérapies, nous avons du relancer les programmes avec un plan national «addictions 2006/2011» du temps du Président CHIRAC pour rebooster la construction d’un maillage en France certes un peu hospitalo-centré. J’ai fait en sorte que l’on puisse avoir une carte sanitaire de prise en charge des addictions en France, mais il demeure que ce qui intéresse finalement les médias depuis la «fin thérapeutique» du sida, donc dans l’opinion publique, donc pour les politiques, ce sont les salles de consommation qui ont été le deuxième abcès de fixation médiatico-politique, le baclofène et la cigarette électronique. On peut également rajouter le bindge drinking et enfin la question du cannabis qui est terriblement mal exposée dans notre pays.

Le cannabis :

Dire que c’est une substance psycho-active peu dangereuse pour l’adulte par rapport à d’autres produits, mais ce n’est pas le cas pour les adolescents qui en font un usage précoce et intensif, apparait horriblement compliqué en France. Un des buts de S.O.S. Addictions, que ce soit pour le cannabis ou d’autres substances, est d’essayer de faire passer ce message, à savoir retarder l’âge du premier usage. S’il  y avait une première mobilisation générale dans notre pays, ce serait déjà de trouver comment faire reculer cette première consommation. Ce n’est pas évident, au même titre que pour l’alcool, la cigarette, la cocaïne… On sait que la précocité entraîne plus de fragilité, de dépendance, de cancers… Essayer de trouver une mobilisation transversale accessible à tous, en re-responsabilisant tout le monde, est un des autres objectifs. Ce n’est pas qu’une affaire d’Etat et d’experts.

On pourrait dire que la principale dangerosité du cannabis réside dans sa précocité d’usage et son intensité.  L’éditorial du New-York Times a repris récemment les propos de B. OBAMA, soulignant que l’usage chez l’adulte n’était pas ou peu dangereux, (à condition que ce ne soit pas intensif et en présence d’une maladie mentale), mais qu’il est à différencier d’un usage précoce et intensif chez un adolescent qui peut s’exposer aux risques que l’on connait, (déscolarisation, désocialisation, voire précipitation de maladie mentale sous-jacente). Il faut arriver à poser clairement les choses tout en sachant que, politiquement, celui qui, en France intervient sur le cannabis se tire une balle dans le pied. D’autre part, à l’instar de ce qui se passe aux U.S.A., c’est-à-dire la dépénalisation dans au moins 20 états, (il y en a 2, Washington et l’Ontario qui vont franchement dépénaliser et 19 qui sont dans le cannabis médical), et avec tous les guillemets que cela implique, on fera de même en France mais dans 10 ans comme toujours et en plus mal. D’où l’intérêt de développer un système sanitaire adapté, notamment les consultations jeunes consommateurs qu’il faut soutenir car elles sont restées un peu trop confidentielles. Aujourd’huila M.I.L.D.C.A.. et l’I.N.P.E.S. vont populariser les consultations jeunes consommateurs. C’est une bonne chose de dédiaboliser cette substance mais aussi d’en exposer les risques éventuels. Ce sont des prises de position extrêmement difficiles.

Conclusion :

Voilà comment S.O.S. Addictions veut modifier et faire bouger l’image des addictions. Les buts ultimes seraient de faire une sorte «d’ADDICTON», modélisations évènementielles sur ces sujets là, voire même, pourquoi pas «un Grenelle de l’addiction». Il faut se positionner avec beaucoup de d’humilité et se situer dans le domaine des 40 experts, pour éclairer et donner du courage à l’opinion publique, donc aux politiques. Arriver à produire un discours audible, humain et scientifique, avoir l’expertise sur ces sujets et porter une juste parole.

 

Sponsorisé par Ligatus