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Le blog de garde de Gérald Kierzek

Le blog de garde de Gérald Kierzek

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés !

Rédigé le 09/02/2012 / 3

Premier post de ce blog de garde avec une garde un peu particulière vendredi dernier...

Un de mes amis médecin m'appelle en début de soirée, pour un confrère chirurgien venu en week-end à Paris et qui présente ce qui ressemble au téléphone à un accident vasculaire cérébral (AVC) ou attaque cérébrale : amputation du champ visuel, mots difficiles à trouver,…

- "Que dois-je faire ? Je l'emmène aux Urgences ?"

- "Surtout pas, appelle le 15 ou le 18 et il sera pris en charge directement de son hôtel dans une filière neurologique avec un accès direct à l'IRM".

Appel au 15, contact avec les neurologues neurovasculaires (on parle d'unité neuro-vasculaire ou UNV) d'un grand hôpital parisien et OK pour le prendre directement à l'IRM. Une ambulance le récupère à son hôtel. Bilan de l'histoire : AVC confirmé, récupération progressive et bilan cardiovasculaire en cours pour déterminer la cause.

Certaines leçons sont quand même à tirer de ce week-end "vasculaire" :

Un syndrome de menace négligé : mon confrère avait déjà eu une alerte il y a quinze jours avec un trouble du champ visuel au rasage et une amputation d'une partie de la vision pendant quelques minutes. Ce symptôme aurait déjà dû l'alerter, d'autant qu'il se savait porteur d'une arythmie cardiaque (une ACFA : arythmie cardiaque par fibrillation auriculaire) qu'il avait aussi négligée (il ne prenait qu'un peu d'aspirine de temps en temps). L'ACFA est un facteur de risque important d'AVC ischémique ("un caillot part dans le cerveau" et bouche une artère) ; un traitement efficace, voire anticoagulant, pour empêcher la formation des caillots est indispensable.

Un retard qui aurait pu lui coûter cher : vendredi, les premiers symptômes ont eu lieu vers 16 heures… mais au lieu d'alerter, il prend le métro, loupe une station (forcément avec le trouble de la vision) et regagne son hôtel. Il attend, en espérant que cela passe et au bout de 3 heures, se décide à en parler ! Trois heures de perdues qui auraient pu lui être fatales : l'AVC peut s'aggraver et surtout, un traitement précoce est indiqué. Dès les premiers symptômes (une faiblesse ou une paralysie soudaine d'un ou des deux côtés de la face, du bras ou de la jambe ; une diminution ou une perte de vision uni- ou bilatérale ; une difficulté de langage ou de la compréhension ; un mal de tête sévère, soudain et inhabituel, sans cause apparente ; une perte de l'équilibre, une instabilité de la marche ou des chutes inexpliquées), il est impératif de noter l'horaire et d'appeler le 15.

Toute perte de temps est préjudiciable (cf. cette vidéo : "Agir vite pour le cerveau"), l'objectif est de pouvoir instaurer un traitement dit thrombolytique pour déboucher l'artère avec un délai maximum de 4h30 entre l'installation du déficit et la thrombolyse !

Donc, une fois encore... pas de perte de temps ! Appelez le 15 dès l'apparition des premiers signes. Il vaut mieux les appeler pour rien que de passer à côté d'un problème grave qui peut être fatal !