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La chronique du handicap

La chronique du handicap

Lames high tech : une ''course'' pour les enfants amputés !

Rédigé le 17/11/2014 / 0

Les prothèses de course futuristes ne sont plus l’apanage des champions. Malgré des tarifs prohibitifs, près de 2 800 la lame,  en France, l’association "Entr’Aide" s’emploie à financer un stock de lames pour tous les enfants amputés qui souhaitent retrouver les sensations de la course.

Si on vous dit "lame", vous pensez à quoi ?
A l’escrime  ? Eh bien non car cette lame-là se porte aux jambes. Ce sont celles rendues célèbres par Oscar Pistorius, le sprinter sud-africain amputé des deux jambes à l’âge de onze mois qui a depuis défrayé la chronique pour des raisons plus tragiques. Désormais, sur les compétitions handisports, les amputés tibiaux et trans fémoraux sont équipés de ces prothèses  spectaculaires qui n’ont l’air de rien mais exigent de vraies prouesses techniques. Ils courent avec une ou deux lames, et ce quelle que soit la hauteur de l’amputation.

On les appelle "cheetah flex foot". Qu’est-ce que cela signifie ?
En anglais, "cheetah" signifie "guépard" ! Conçues en fibre de carbone, ces lames reproduisent le mouvement de la patte arrière du félin qui s'étend pour atteindre le sol tandis que les muscles puissants de sa cuisse tirent son corps vers l'avant.

Ces lames ont même permis à Pistorius, lors des Jeux paralympiques de Londres, de s’aligner aux côtés des valides…
Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de créer une véritable polémique car les uns sont convaincus que ces lames futuristes procurent un avantage métabolique sur ses concurrents et donc une impulsion décuplée tandis que les autres affirment qu’elles possèdent les propriétés d'un pied normal. La fédération internationale d’athlétisme les avait interdites puis le tribunal arbitral du sport a à nouveau tranché en leur faveur. Pistorius lui-même avait alimenté la fronde lorsque, battu par le Brésilien Alan Fonteles Oliveira sur le 200 mètres à Londres, il avait cédé à la colère sur la ligne d’arrivée lui reprochant des lames plus longues que les siennes… Mais au-delà des guerres de stade, c’est vraiment un outil de mobilité magique pour les personnes amputées.

Grâce à  l’association Handicap 2000, j'ai pu appareiller deux jeunes amputés des quatre membres.
Pernelle  et Franzy, victimes tous les deux d’une infection foudroyante. Ils se sont rencontrés à l'hôpital et suivent aujourd'hui la même trajectoire, celle du sport et du dépassement de soi-même. En avril 2014, l’association a récolté des fonds pour financer leur paire de lames. Que du bonheur pour Pernelle, qui était une ancienne sportive de haut niveau et rêvait de courir à nouveau.

(Le site de handicap 2000 pour une incrustation à l'écran : Handicap2000.org/)

Le souci avec ces lames, c’est leur prix !
On a du mal à imaginer qu’un morceau de carbone puisse valoir 2 800 euros et presque 6 000 si on compte l’emboiture. Pour une seule lame ! Et, le problème, c’est qu’elles sont calibrées sur mesure, et évoluent selon le poids du coureur. Ces lames sont en effet étalonnées de 5 kg en 5 kg. Donc impossible d’investir dans un outil aussi précieux pour un enfant qui grandit régulièrement.

Ne peuvent-elles pas être prises en charge par la sécurité sociale ?
Ce type de prothèses ne rentre pas dans la liste des produits remboursés et doit donc faire l'objet d'une demande de prestation extra-légale. Mais si une personne adulte, avec un dossier bien défendu, a de bonnes chances de voir sa demande aboutir, celui d'un enfant en pleine croissance a toutes les chances d'être refusé puisque la prothèse sera remplacée l'année suivante en raison de la croissance et de la prise de poids.

Certains ont néanmoins peut-être trouvé la solution… Un système de partage de prothèses !
On doit cette idée géniale à Jean-Luc Clémençon, orthoprothésiste et ergothérapeute depuis 25 au centre de rééducation et de réadaptation de Nancy, en Meurthe-et-Moselle. En 2000, il fonde avec quelques amis l'association Entr'Aide, dans le but d'aider à concrétiser des projets d'aventures à caractère sportif pour des personnes amputées. Son idée, devenir propriétaires d'un stock de lames de course suffisamment important pour les faire passer d'un enfant à l'autre au fil de leur croissance. Ils bénéficient  ainsi d’autant de lames que nécessaire, sans interruption de l'âge de 6 à 16 ans. Gratuitement, évidemment !

Pourquoi six ans et pas avant ?
Parce qu’elles sont calibrées à partir de 20 kilos.

Et après 16 ans ?
On estime qu’après 16 ans, le poids ne varie guère de plus de 5 kilos. A charge ensuite pour les parents et le prothésiste de constituer un dossier pour l'obtention d'une prothèse adulte qui ne sera alors renouvelée que lorsqu’elle sera vraiment usée.

Il y a la lame mais aussi l’emboiture qui vient se positionner sur le membre, qui la réalise ?
C’est le travail du prothésiste en charge de l'appareillage de l'enfant. Pour l'instant, tous ceux qui ont été concernés pour finaliser la prothèse d'un ou plusieurs enfants ont été heureux de donner de leur temps. C'est très encourageant.  A chaque fois, la réaction a été, "On vous suit à 200%". Tous ont travaillé bénévolement.

Voici ce modèle mis au point par ÖSSUR, le fabriquant islandais, celui-là même qui a mis au point les lames de Pistorius…
C’est le modèle "flex run". Plus souple, il est plutôt destiné au footing. Le Flex-Run Junior est une solution sur mesure conçu pour les enfants. Sa souplesse verticale et retour efficace de l'énergie sont incontournables pour les enfants actifs. Il offre un amortissement et un retour d'énergie idéale pour apprendre ou réapprendre à courir. Il faut savoir que le fabricant a consenti une remise importante pour ces enfants, et en plus à vie…

A la fin de l'année 2014, l’association Entr'Aide sera en mesure de financer un total de 39 à 40 lames.
Ce sera suffisant même s’il est difficile d’estimer la population d’enfants amputés en France ; une "extrapolation" américaine avance le chiffre de 1 500. Cette belle collection permettra sans doute de faire face aux demandes en 2015. Mais, attention, tous les enfants amputés ou nés avec une malformation de membre inferieur ne peuvent pas recevoir ce type de lames ; il faut notamment qu’il reste suffisamment de place sous le membre résiduel et que les  articulations soient stables. Un tel appareillage suppose aussi une prise en charge complète et une surveillance et une rééducation régulières. Si cette initiative réussit, la France sera le tout premier pays à permettre aux enfants amputés qui le peuvent de courir gratuitement.

Quelques mots sur notre grande championne Marie-Amélie Le Fur.
Marie-Amélie a été victime d'un accident de scooter le 31 mars 2004, elle est amputée de la jambe gauche sous le genou. Elle a recommencé à courir 4 mois après jour pour jour. Lors des championnats du monde paralympiques d'athlétisme 2006, à Assen, aux Pays-Bas, elle obtient trois médailles d'argent en saut en longueur, au 100 m et au 200 m.

Aux Jeux paralympiques d'été de 2008, elle remporte deux médailles d'argent sur le 100 mètres et le saut en longueur. 2 médailles d'or aux 100 m et 200 m des championnats du monde paralympiques d'athlétisme 2011, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Lors des Jeux paralympiques de Londres en 2012, elle remporte une médaille de bronze en saut en longueur puis sa première médaille d'or sur 100 mètres et termine la compétition par une médaille d'argent sur 200 mètres. Sa carrière n'est pas finie.

Dailymotion.com/video/xtawpr_l-image-du-jour-3-septembre-2012-marie-amelie-le-fur-100m-cat-t44_sport

Nous espérons que le projet Entr'Aide nous apportera plein de petits champions et championnes mais le plus important c'est qu'il apporte de la joie à tous les enfants qui vont pouvoir être appareillés de ces lames en carbone.

N'oublions pas ensemble faisons en sorte que le handicap ne soit plus une discrimination !
Venir en aide au projet  Entr'Aide, 1735 rue Régina Kricq 54200 Toul.

Mail : clemsix6@hotmail.com

Page Facebook de l’association Entr’Aide : https://www.facebook.com/entraide.unelamepourcourir