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La chronique du handicap

La chronique du handicap

Handicapés : dispensés de sport contre leur gré

Rédigé le 24/02/2014 / 0

Le sport c’est ce qui m’a permis de survivre avant mon accident, j’étais un sportif canapé, sélectionneur et entraîneur de toutes les équipes sportives du monde devant ma télé. Et puis mon accident, mes amputations successives, des heures d’inertie dans ma chambre d’hôpital… Un jour, je vois une jeune fille qui traverse la Manche à la nage. C’est le déclic. Je me dis : "Un jour, moi aussi, je traverserai la Manche à la nage !". Ce défi sportif m’a probablement sauvé la vie… J’ai la conviction profonde que le sport peut aider d’autres personnes handicapées et améliorer considérablement leurs conditions de vie.

Du 7 au 16 mars auront lieu à Sochi, en Russie, les Jeux paralympiques d’hiver. Le sport, dans le parcours de vie d’une personne handicapée, c’est vraiment le parent pauvre. On soigne, on répare, on entretient les corps mais on ignore encore trop souvent que le sport peut être un formidable moteur de résilience et de dépassement de soi. 25% des jeunes en situation de handicap déclarent n’avoir pas pris part régulièrement (au moins 10 fois), à une activité sportive, que ce soit à l’école ou en dehors, pendant la dernière année écoulée, contre seulement 6% de la population générale.

Le plus souvent, les élèves handicapés scolarisés en milieu ordinaire sont dispensés de cours de gym, faute d’encadrement et d’infrastructures adaptées et pour les activités extra-scolaires, ce n’est pas mieux. En France, lorsque les familles essaient de sociabiliser leurs enfants autrement, dans les clubs de sports en milieu ordinaire, les portes s’ouvrent très difficilement. Même en Chine, où l’on ne peut pas dire que l’humain soit une priorité, 25% des personnes handicapées ont une licence sportive. En France, seulement 1% ! Évidemment, ça bouge mais tellement lentement. Un accord vient par exemple d’être conclu avec la fédération française d'athlétisme où elle s’engage à ne pas refuser d'enfants autistes dans ses clubs.

Pourtant, toutes les associations de personnes handicapées s’entendent à dire que le sport est une composante essentielle pour le bien-être à la fois physique et mental.
C'est vraiment un dénominateur commun. La fondation ARSEP, par exemple, qui finance la recherche sur la sclérose en plaques, a lancé une grande campagne "Solidaires en peloton" qui affirme que, pour les personnes atteintes par cette maladie particulièrement invalidante, le sport, c’est excellent !

En décembre 2013, le Défenseur des droits s’empare du sujet et lance un appel à réclamations auprès des personnes victimes de discriminations dans le sport.
Cela arrive encore trop souvent. Mais le tableau n’est pas complètement noir et certaines collectivités se mobilisent. On vient par exemple d’éditer un recueil national pour l’accessibilité des équipements sportifs ou une fiche des bonnes pratiques sur celle des piscines. Une conférence européenne "Sport et handicap" est en préparation. C’est vraiment un thème sur lequel on commence à se mobiliser. C’est apparemment l’un des axes prioritaires de l’Union européenne.

En France, il existe deux grosses fédérations sportives spécialement dédiées aux personnes handicapées. Il y a d’abord la Fédération française handisport qui s’occupe des personnes ayant un handicap moteur puis la Fédération française du sport adapté pour les personnes avec un handicap mental. Mais il faut savoir que de plus en plus de fédération dites "valides" proposent des pratiques et un enseignement adaptés. Le ministère chargé des sports a même créé un outil innovant en septembre 2003 : le PRNSH (Pôle ressources national sport et handicap). Son objectif est d’aider au développement et à la pratique du sport, en direction des personnes handicapées. Depuis mai 2007, il existe un site internet dédié : handiguide.gouv.fr. C’est une évolution précieuse qui, il faut l’espérer, permettra bientôt aux personnes handicapées de pratiquer sans restriction en milieu ordinaire.

Pour les personnes handicapées mentales, il existe même une organisation internationale qui s’appelle Spécial Olympics, dont la marraine n’est autre que la mannequin russe Natalia Vodianova. Spécial Olympics est implanté en France depuis plus de 20 ans et permet chaque année à 15 000 personnes handicapées mentales de vivre des moments forts dans le sport et les loisirs. De l’athlétisme au judo, de la natation aux parcours moteurs, tout le monde peut participer, sans obligation de résultat. En janvier, Natalia s’est rendue dans un centre pour enfants de la région parisienne pour assurer le lancement du nouveau programme "Jeunes athlètes". Il permet aux enfants de 2 à 8 ans de découvrir et de développer de nouvelles aptitudes physiques à travers différentes activités autour du sport.

Heureusement, il existe de plus en plus de pratiques accessibles…La liste est vraiment très très longue. Je crois qu’aujourd’hui on peut à peu près tout faire : sauter en parachute, faire de la plongée, monter à cheval, faire de l’escalade, descendre tout schuss en ski. On a même vu un ado américain sur un skate-park faire des loopings en fauteuil roulant. La numéro 1 française en tennis, Marion Bartoli, est la marraine de la première académie de tennis fauteuil qui vient d’ouvrir en Picardie. Son but, c’est de promouvoir la pratique pour tous

Du 14 au 18 mai, aura lieu en Seine-Saint-Denis, la 5ème édition de l’Intégrathlon. Il s'agit d'une très belle manifestation sportive favorisant l’intégration des jeunes handicapés sur les terrains de sport. Elle propose une cinquantaine d’activités sportives, pour tous les niveaux et en libre accès, dans cinq communes du département. Durant 4 jours, 14 000 pratiquants et scolaires valides et handicapés sont attendus pour partager de grandes émotions.

A son tour, le cinéma s’empare du sujet avec la sortie le 26 mars du film de Niels Tavernier, "De toutes nos forces", avec Jacques Gamblin et Alexandra Lamy.
C’est l’histoire d’un papa très sportif qui a du mal à affronter l’invalidité de son fils. Il va un jour accepter le défi que ce dernier lui lance : courir avec lui le triathlon "Iron man" de Nice, l’une des épreuves les plus difficiles qui soient.

Et puis mon protégé, je l'appelle mon "Mini-moi", il s'appelle Théo. Il a été amputé des quatre membres à l’âge de six ans. Aujourd'hui, à l'âge de 13 ans, il a décidé, depuis la rentrée scolaire de septembre, d'aller au pôle France de natation à Vichy. Il a fallu rassurer ses parents. Mais même s'il semble normal et naturel de surprotéger son enfant lorsqu'il a subi un traumatisme, j'incite tous les parents d'enfants en situation de handicap à les conduire vers le sport. Je vous promets qu'il leur permettra d'accepter plus rapidement leur handicap, leur nouveau schéma corporel et de prendre pleinement conscience de toutes leurs capacités. Théo est un gamin fabuleux qui s’entraîne comme un fou pour devenir champion paralympique à Rio en 2016.

A tous ceux qui veulent prolonger cette formidable aventure, nous signalons la sortie dans trois jours du livre "Plus fort la vie", aux éditions Artaud que j'ai co-écrit avec Emmanuelle Dal’Secco, journaliste pour le site handicap.fr. Il relate comment j'ai relié les Cinq continents à la nage lors de l’été 2012 avec votre binôme Arnaud Chassery.
En effet, et pour vous dire à quel point le sport est bénéfique pour tous, un journaliste me confiait l’autre jour que ce récit avait une telle énergie vitale qu’il devrait être remboursé par la sécurité sociale !


Si l'on veut faire bouger les choses, soyons nombreux à regarder les Jeux paralympiques en Russie (60 heures de direct sur France Télévisions). N'hésitez pas à vous rendre sur les manifestations de sport adapté et de handisport, en priorité avec vos enfants. C'est eux qui feront bouger les choses...

Pour en savoir plus :

Site de Spécial Olympics France
Specialolympics.asso.fr/site/

Site de la fédération française du sport adapté
FFSA.org

Site de l’Intégrathlon
Integrathlon.com

Site de la fédération française handisport
Handisport.org


Site de l’académie de tennis fauteuil
Tennisruelecrotoy.com/

Site des Jeux paralympiques de Sochi
Sochi2014.com/fr/paralympic

En savoir plus dans la rubrique sport de handicap.fr
Informations.handicap.fr/cat-handicap-sports-loisirs-45.php

L'accompagnement sexuel

Rédigé le 03/02/2014 / 0

Quel est le point commun entre "The Sessions", "Intouchables", "Hasta la vista" et "le Huitième jour" ? Tous ces films abordent une question éminemment taboue : la sexualité des personnes handicapées.

"The Sessions", un film américain sorti en 2013 raconte l'histoire vraie du journaliste américain Mark O'Brien qui, à 38 ans, décide de perdre sa virginité. Mark a une particularité, après avoir survécu à une attaque de polio dans l'enfance, il passe la majeure partie de son temps dans un poumon d'acier. Il sollicite alors les services de Cherryl, une accompagnante sexuelle. Ce n’est pas une travailleuse du sexe mais une thérapeute clinicienne, par ailleurs mariée et mère de famille, qui a librement choisi cette activité. Le film raconte ces six "séances" qui vont changer la vie de Mark.

On imagine bien que ce sujet suscite une vive polémique y compris dans les rangs des personnes handicapées. Est-ce oui ou non une prostitution déguisée ? Marcel Nuss, un fervent militant de l’accompagnement sexuel, président de la coordination "Handicap et sexualité" et auteur d'un livre blanc éponyme, lui-même très lourdement handicapé réfute tout amalgame. Il explique que, comme dans le film "The Sessions", le "rapport sexuel" des accompagnants n'est pas leur métier à plein temps.

Ce type de pratique est également proposé aux femmes handicapées même si on se rend compte que ce sont principalement les hommes qui sont demandeurs. Il n’y a qu’à voir dans les films cités plus haut.

Il faut aller voir au-delà de nos frontières car cette pratique existe déjà dans d’autres pays. Depuis plus de 30 ans maintenant dans certains pays de l'Europe du nord. En Suisse Romande, il existe même un diplôme dédié. La formation dure un an et inclut la connaissance des divers handicaps, les aspects juridiques, médico-sociaux et culturels, l'éthique, la sexologie et les relations institutionnelles et familiales. Tous les assistants, qu’ils soient hommes ou femmes, sont volontaires, souvent professionnels du médico-social.

L'accompagnement sexuel peine à trouver sa place dans le débat public en France alors que le gouvernement précédent a plusieurs fois exprimé son refus de légiférer sur la question, François Hollande avait fait naître un espoir de discussion lors de sa campagne présidentielle. Les partisans continuent de réclamer ce débat et proposent de créer un cadre officiel. Le "Mariage pour tous" est lui aussi passé par là. L'actualité nous prouve que ses défenseurs ont eu raison d'espérer...

Cette question brûlante est d’actualité puisque l’assemblée vient de voter une loi qui sanctionne les clients de prostitués mais la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a expressément dissocié du débat la question de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, et la loi votée ne prévoit aucune disposition spécifique envers celles qui emploient les services de travailleurs ou travailleuses du sexe.

Mais pourquoi privilégier certaines catégories d’usagers et ne pas étendre ce principe à tous ceux qui sont privés de sexualité : les prisonniers, certaines personnes très âgées ou tout simplement les personnes seules ?

L’argument c’est de réserver ce type de services à des personnes n'ayant pas accès à leur propre corps, c'est-à-dire lourdement handicapées. Le droit à la santé sexuelle est même défini par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), comme une composante du bien-être et de la qualité de vie dans son ensemble. Or il semble évident que certains handicaps compromettent tout espoir dans ce domaine, souvent à vie.

Cet accompagnement ne suppose pas toujours des relations sexuelles. La véritable dénomination est d’ailleurs "accompagnement affectif et sexuel". Le massage non sexuel, par exemple, est une étape facile à mettre en œuvre. Mais une séance peut aussi englober des aussi des caresses, des jeux érotiques, parfois, effectivement, des relations intimes.

En dehors de cet accompagnement, les professionnels du médico-social sont en mesure de proposer des aides techniques et humaines. Les ergothérapeutes peuvent par exemple installer dans le lit du matériel adapté comme des jouets sexuels. Mais il faut pour cela qu’ils acceptent d’accueillir sans critique ni jugement le fait qu'une personne achète des sex-toys, voire demande de l'aide pour les installer. Nous n’en sommes pas vraiment là…

Lorsqu’il n'y a pas de solution "technique", il faut alors prendre soin de permettre à la personne de dire ses besoins et ses aspirations, d'échanger avec ses pairs. Le silence est mortifère. Face à l'impossibilité de passer à l'acte, la parole peut être salvatrice. Le premier organe sexuel, c'est le cerveau. On peut même imaginer, pour ceux qui n'ont pas accès au langage verbal, des pictogrammes dédiés à la vie affective et sexuelle.

Globalement, la question du plaisir des résidents handicapés est très rarement prise en compte, ce ne sont pourtant pas des anges asexués. Ils ont une libido comme tout le monde ! Or, derrière les murs des ateliers protégés et des établissements, avoir une ébauche de vie affective, c'est presque toujours le parcours du combattant. Lorsqu’ils en sont capables, en totale autonomie, tout est fait pour les dissuader de se mettre en couple ou d’avoir des aventures. Une éducatrice qui travaille dans un foyer pour déficients intellectuels témoigne que le règlement intérieur interdit d'avoir un rapport, ou même de s'embrasser ou de se tenir par la main. C’est une vraie bombe à retardement... Les résidents ne connaissent pas leur corps et découvrent parfois, à l’adolescence, la sexualité à travers les films pornos, où la femme est un objet, ce qui ne fait qu’encourager les comportements indélicats.

L'abstinence peut engendrer de la violence et cela a été démontré de façon formelle, notamment dans le cas de certaines maladies mentales. Une abstinence contrainte peut rendre fou ! C'est une immense souffrance, à la fois physiologique, à cause du refoulement, mais aussi psychologique.

D’autant que cette impossibilité d’entrer en contact avec l’autre entraîne parfois des dérives terriblement déroutantes…La réalité est la suivante, certaines mères sont acculées à des situations traumatisantes au point de devoir masturber leur enfant. La romancière Régine Deforges a écrit un livre sur ce sujet, "Toutes les femmes s’appellent Marie". La maman d’un enfant handicapé mental doit se résoudre à avoir des relations sexuelles avec son fils pour tempérer ses pulsions dévorantes, jusqu’à tomber enceinte de lui. La réalité rejoint parfois malheureusement la fiction. Mais ce sujet est jugé trop indécent pour qu’on en parle.

Certains établissements innovent malgré tout dans ce domaine, c'est le cas d’un foyer de Seine-Maritime qui, depuis 2006, anime un groupe de travail qui rassemble les professionnels et aborde les questions de vie sentimentale et de sexualité, dont ils peuvent à leur tour débattre avec leurs usagers lors de groupes de parole. Ce sont de véritables exutoires où les non-dits et tabous volent enfin en éclat. Mais ce type d’initiative est encore très rare, voire révolutionnaire.

En 2012, le CeRHeS a été lancé. C’est un nouveau centre "Centre ressources handicaps et sexualités" qui souhaite promouvoir la santé sexuelle et la vie affective des personnes handicapées mais s’adresse également à leur entourage et aux professionnels de l'accompagnement et du soin, notamment par le biais de formation dédiées. Basé à Villeurbanne (Rhône), il intervient sur l'ensemble du territoire français. Il a été créé à l’initiative de plusieurs associations de personnes handicapées. Une expérience novatrice qui tente de briser les tabous.

Pour en savoir plus :

  • CH(s)-OSE.org
    Pour une vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.
  • CeRHeS.org
    Agir en faveur de la promotion de la santé sexuelle des personnes en situation de handicap.
  • Handicap.fr
    En savoir plus sur le handicap. Sexualité personnes dépendantes, à quand un débat public ?
  • Youtube
    Documentaire : Sexe, amour et handicap.
  • Franceculture.fr
    Handicaps et sexualités : le livre blanc, de dirigé par Marcel Nuss.