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Jamais sans chapeau

Jamais sans chapeau

Alex t’es rieur d’habitude, mais là…

Rédigé le 16/01/2012 / 13

Je connais Alex Vagner depuis près de 37 ans, c’est Pascal Adam (il jouait au basket avec lui) qui nous a présenté. Nous n’avons jamais été vraiment amis, même si nous avons eu des parcours qui s’entrecroisaient. Pendant que je prescrivais des radios au CHU de Tours, Alex pratiquait la radio libre à Orléans. Ça lui a mieux réussi qu’à moi puisqu'il dirige maintenant le groupe Sud Radio !

Maintenant que les présentations sont faites je laisse la parole à Alex qui a perdu son papa il y a quelques semaines.

Il vient de publier sur Facebook une lettre ouverte, furieuse et émouvante, adressée au médecin qui a soigné son père. Lisez-là ! Puis, dans les commentaires, répondez-lui !

Bonsoir Monsieur le Docteur en Médecine,

Je tenais à vous présenter mes bons vœux, à ma façon.

Assis sur un transat sous le chaud soleil de Miami, je me mets à penser à vous tout à coup. Je me dis que je suis bien en regardant le soleil, mais il me manque un être cher et je réfléchis. Je réfléchis.

Depuis longtemps je voulais vous faire un mot, mais je n'en avais pas la force avant que l'année ne se termine.

Vous, que je ne connais pas. Vous, que je n'ai jamais rencontré. Vous, qui restez un mystère. Vous, qui êtes dissimulé derrière des infirmières. Vous, que j'attendais dans le couloir avec la boule au ventre. Vous savez, comme quand on s'attend à une mauvaise nouvelle avec un stress vraiment énorme. On essaye de se robotiser, sans y parvenir, pour mieux affronter des réalités qui nous fracassent le cerveau. Je voulais simplement vous dire que, sans que vous le sachiez, vous avez énormément changé ma vie.

Cette vie si importante où la personne humaine doit être respectée, non pas comme un dossier, mais comme un être humain.

Je vous imagine, le soir, dire à votre famille combien vous êtes fatigué par ce si beau métier. Ce métier à travers lequel on peut sauver des vies ou, malgré soi, en défaire aussi. Vous êtes fier d'avoir réalisé de belles études, vous profitez de l'aura du Médecin dans votre service, vous avez un pouvoir d'achat correct, mais jamais assez élevé, vous profitez de la vie, finalement tout va bien pour vous.

Oui, vous avez énormément changé ma vie en classant le dossier d'un patient comme un vulgaire numéro. J'aurais tant apprécié avoir une discussion avec vous avant surtout, ou après, le décès de mon père dans votre service le 24 septembre 2011 à 1 heure. Je l'ai quitté le vendredi 23 septembre, à 19 heures, sans savoir, sans même être prévenu que je ne le reverrai certainement plus. J'avais encore tant de choses à lui dire !

Je voulais modestement vous faire comprendre à vous, Monsieur, que la considération humaine reste fondamentale. Demain, si l'un de vos patients est en fin de vie, prenez cinq petites minutes sur votre longue vie pour expliquer à sa famille avant, après ou, encore mieux, avant et après ce qui va se passer.

Je n'ai pas eu ces cinq minutes pendant toute la durée de son hospitalisation, moi. L'accompagnement psychologique s'avère plus que nécessaire dans ces épouvantables situations.

Essayez un instant de vous mettre dans la peau de la personne qui attend des nouvelles devant la porte de votre sacro-saint bureau. Je sais que votre travail reste... un travail. Sachez pourtant qu'il pourrait redevenir une passion en parlant et en respectant les familles.

J'espère tout simplement que face à votre prochain patient en fin de vie vous aurez une pensée pour ces quelques mots, voilà l'ultime et unique demande que je vous adresse.

Le dossier de mon père est certainement le 24580X et il est définitivement classé comme un simple Dupont ou même Durand. Ce courrier sera publié sur mon Facebook et repris par les Médias.

Par pudeur et par respect, je ne citerai pas votre nom, vous allez vous reconnaître facilement et j'espère vous faire réagir vous et plus largement cette branche du corps médical qui oublie trop souvent la définition du mot « humain ».

Alex Vagner