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Un documentaire pour sensibiliser aux violences gynéco et obstétricales

Rédigé le 17/01/2020 / 0

"Primum non nocere", En premier ne jamais nuire. Un principe fondamental du serment d'Hippocrate, prêté par tous les médecins lors de leur thèse... Lors des 7èmes Assises Internationales sur les violences sexuelles, un documentaire marquant a été projeté pour sensibiliser les professionnels de santé aux violences gynécologiques et obstétricales.  Il s'adresse en réalité à tous, soignants ou pas, victimes ou pas...Violaine Guérin, gynécologue et endocrinologue, auteure de « Comment guérir après des violences sexuelles ? », et organisatrice des Assises, a répondu à 3 questions.

Pourquoi ce documentaire ?

Il y a plusieurs objectifs à ce documentaire, réalisé par Eric Lemasson, à l’initiative de Nadine Knezovic, sage-femme au CHU de Strasbourg. Il est tout d’abord important de faire conscientiser aux praticiens que les gestes effectués « en routine » chez les patientes, peuvent faire revivre un traumatisme vécu pendant une agression sexuelle lors d’un frottis, d’une pose de stérilet, d’un toucher vaginal…

Ces gestes touchant à l’intimité, peuvent être ressentis par les patientes comme dérangeants, intrusifs en absence de toute malveillance intentionnelle de la part du soignant. Il est également essentiel pour les intervenants en gynécologie-obstétrique de savoir qu’un certain nombre de pathologies somatiques sont surreprésentées chez les personnes ayant vécu de la violence sexuelle. Des liens sont par exemple clairement établis aujourd’hui entre endométriose et violence sexuelle (1,2). C’est pourquoi lors de toute ouverture d’un dossier médical, la recherche d’antécédents de violences physiques, morales et sexuelles doit devenir systématique et ensuite lors de l’examen clinique, il est nécessaire d'expliquer les gestes que l'on va faire, en demandant l'accord de la patiente. Il faut aussi savoir ne pas forcément réaliser un frottis, pourtant motif principal de la consultation, lorsqu'une patiente vient de partager son histoire intime.

Les médecins savent de plus en plus qu'ils ne sont pas bien formés sur le sujet des violences sexuelles et peuvent se trouver démunis devant les réactions de certaines patientes et de la suite à donner si des paroles s’ouvrent. Nous devons aussi nous poser la question de la pertinence de tel geste ou tel examen et évaluer à nouveau nos pratiques, tout en prenant en compte le fait que précisément les personnes à risque de développer des pathologies gynécologiques sont pour beaucoup des personnes qui évitent les actes de dépistage.

Ce documentaire est destiné au corps médical mais de nombreuses personnes victimes l'ont trouvé très intéressant lors de la projection ; il leur a permis de comprendre qu'elles pouvaient refuser un geste. La conscience doit se faire de part et d'autre de la relation intimiste, nous devons être respectueux et dans l'échange...

Il faut dans tous les cas sortir du tabou des violences sexuelles ! Les médecins doivent se sentir aussi à l'aise pour poser la question des violences sexuelles que d’enquêter sur la consommation d'alcool durant la grossesse. Poser la question sauve des vies !

Y a-t-il des spécificités des VS faites par les professionnels de santé ?

Il y en a comme dans tout corps de métier. La relation patient/médecin, n’est pas une relation égalitaire. Les médecins sont en position « d’autorité » par rapport à leurs patients, en référence au « sachant ». Les patients viennent le plus souvent en position de vulnérabilité et de fragilité par rapport à une pathologie, ce qui crée un lien particulier qui peut entraîner le meilleur comme le pire.

Le "chirurgien des Charentes" qui violait les enfants sous anesthésie générale, c'est une facette de certaines violences sexuelles réalisées par des personnes du corps médical. La personne victime n'a pas le traumatisme en conscience en tête mais le corps qui a la mémoire de tout, s’exprimera à un moment.

D'autre part, il est important de réaliser que dans le corps soignant, il y a une surreprésentation de personnes ayant été victimes de ce type de violences. Cela explique pourquoi certains soignants ne sont pas à l'aise, car ils n’ont pas fait de travail thérapeutique sur leurs propres blessures. C'est important de les encourager à suivre un parcours de soins...

Comment faire changer la situation actuelle ?

L'ouverture de la parole des victimes aide à faire sortir le sujet du tabou... Grâce à tous les témoignages, on arrive à faire changer la situation en élevant le niveau de conscience des gens, des victimes, des proches, de la société.

Le corps médical doit aussi avoir conscience des conséquences médicales physiques, autres que psychologiques. Il doit conscientiser la gravité des violences sexuelles sur le plan somatique, presque tous les champs de la médecine sont impactés... La formation initiale est donc fondamentale et il faut faire une large place au dépistage, au diagnostic et au soin des personnes victimes de violences sexuelles dans les programmes des facultés de médecine, mais aussi dans toutes les écoles des soignants : sages-femmes, infirmiers, kiné, …

Quand on entend les débats sur l'affaire Gabriel Matzneff, suite à la publication du livre Le consentement, c'est surréaliste ! Non, « ce n'était pas la période », non ! Des gens avaient conscience que cela ne devait pas se faire, comme Denise Bombardier qui a énoncé une alerte on ne peut plus claire. Il y a eu une omerta et des auteurs de violences sexuelles, en bande organisée, ont manipulé l’opinion en faisant croire que leurs victimes étaient consentantes... Encore aujourd'hui, certains auteurs disent que dénoncer ces violences est un retour du puritanisme, parlent de pulsions sexuelles des enfants et ils le disent tellement fort que cela peut en ébranler certains... En tant qu’endocrinologue, j’insiste pour rappeler qu’il n’existe pas de sexualité mais une génitalité chez l’enfant impubère, ce qui est très différent, et qu’il n’existe pas non plus de rythme biologique « pulsionnel » chez l’enfant, les cycles hormonaux gonadiques ne se déclenchant qu’après la puberté. Un auteur d’agression sexuelle manipule ses victimes mais également l’entourage, voire la science, et l’opinion publique… Réveillez-vous !

Autre affaire, avec le prêtre Preynat, dont le procès a débuté cette semaine. Ce monsieur a dit « ne pas avoir imaginé les dégâts que j'ai pu entraîner... ». Il y a à l’évidence un problème de conscience des répercussions pour beaucoup de monde, y compris pour le corps médical.

Fin 2020, après toutes ces ouvertures de parole de personnes courageuses et ce documentaire, plus un citoyen de la terre ne pourra ignorer que la violence sexuelle, c’est grave !

A voir sur Youtube :

Primum non nocere

  1. Harris HR et al. Hum Reprod, 2018, 33 (9): 1657-1668. Early life abuse and risk of endometriosis.
  2. Liebermann C et al. Maltreatment during childhood: a risk factor for the development of endometriosis? Hum Reprod, 2018, 33 (8): 1449–1458