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Trois questions sur les violences conjugales

Rédigé le 03/09/2019 / 0

Ce blog portant sur la sexualité et le couple, il était impératif d'aborder le Grenelle des violences conjugales... La psychiatre Aurélia Schneider a répondu à 3 questions pour nous aider à mieux comprendre les mécanismes des violences conjugales et surtout comment s'en sortir ou aider une victime à le faire.

  • Pourquoi les femmes victimes de violences ne quittent pas un partenaire qui les bat ?

C'est le cœur du problème : pourquoi les femmes, car ce sont majoritairement les femmes qui sont concernées, ne peuvent pas quitter l’enfer d’une relation conjugale monstrueuse...

Le premier moteur de cette inhibition c’est l’incompréhension, aggravée par l’ignorance dans le domaine des violences conjugales. On ne peut tout simplement pas croire que ce conjoint qui nous aime tant, et c’est réciproque, nous fasse du mal.  On ne réalise pas que, la première insulte, les premiers ordres contradictoires ou les menaces, puis le premier coup, c’est déjà trop ! On banalise "ce n’est rien" et on lui trouve toujours une excuse rationnelle : la fatigue, les soucis professionnels, les responsabilités, la prise d’alcool ou encore, une enfance difficile.

Le carburant de ce moteur, c’est l’oubli à mesure des événements : dès qu’il y a reprise de l’intimité, dès que quelques mots gentils sont prononcés, hop, il y a disparition comme par magie du problème, avec le retour de l’espoir d’un changement, que tout redevienne comme avant : une ligne droite vers le bonheur...

Puis, lorsque la conscience de l’agression s’installe, la culpabilité s'installe aussi : « je dois rester car je me suis engagée, et aussi pour les enfants qui ont intérêt à vivre dans une famille unie ». Et puis, le doute : peut être qu’on n’a « pas fait assez, assez bien, qu’on doit essayer de mieux l’aider ». Et pendant ce temps, le prédateur tisse sa toile, affaiblit et isole sa victime, qui se protège en s’auto-anesthésiant émotionnellement.

Ainsi, lorsqu’elle veut se dégager, la peur, la honte et le silence sont au rendez-vous.  La peur des représailles : que ce soit pire, ce qui est une réalité car le danger est toujours présent après la séparation. La peur de ne pas arriver à surmonter les nombreux obstacles, financiers, logistiques, administratifs, engendrés par un départ. La peur de la précarité d’un hébergement d’urgence, pour soi, pour les enfants, peur de la rupture scolaire. La honte d’aller porter plainte, d’être jugée faible, d’être rejetée par la famille, la société, car évidemment, sauf les enfants, il n'y pas de témoins à ces agressions. Et le conjoint est bien souvent, indétectable dans sa violence, souriant et sociable à l’extérieur du domicile.

Le silence de la sidération...

  • Comment aider une femme victime de violences ?

Il ne faut surtout pas fermer les yeux ! Ce n’est pas parce que cela se passe dans les maisons qu’il ne faut pas s’en occuper. Je recommande de s’informer, d'informer la personne maltraitée et l’aider dans ses démarches. Il faut savoir et dire que la moindre violence est inacceptable, qu’il faut agir le plus vite possible, qu'il faut parler aux autres, aux amis, à la famille, se faire aider, solliciter les associations, les numéros d’urgence. Il faut dire que qu’il n’est jamais trop tard pour s’en sortir, sauf le jour où le coup mortel est porté...

Il n’est jamais trop tard pour accepter le constat que l’on n’est pas responsable du comportement de l’agresseur, qu’on ne pourra jamais le soigner, que ça n’est pas notre faute. Il est toujours possible de passer du statut d’authentique victime à celui d’héroïne et de femme libre...

  • Pour pouvoir sortir, il existe des dispositifs d’aide, quels sont-ils ?

Concrètement, il existe :

  • un numéro d'écoute et d'orientation, le 39.19, accessible et gratuit, du lundi au vendredi de 9 à 22h, et de 9 à 18h le samedi, dimanche et les jours fériés.
  • des sites pour informer des droits de la victime et des différentes étapes pour s'en sortir dans l'urgence, par exemple celui du service public.
  • des associations comme Solidarité femmes, fédération qui regroupe 67 associations sur tout le territoire. 

Le site Stop aux violences recense aussi tous les dispositifs disponibles selon les départements : 

  • des accueils de jour, sans rendez-vous, pour offrir aux femmes un refuge la journée, les aider à préparer ou anticiper le départ du domicile.
  • des lieux d'écoute , d'accompagnement et d'orientation pour rompre le cercle vicieux des violences et les aider à acquérir une autonomie.
  • des référents pour coordonner les différents intervenants.

Ecoutez le Dr Schneider sur le thème des violences conjugales dans l'émission d'Ali Rebeihi, Grand bien vous fasse.