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Les femmes et le X : l'avènement du porn féministe

Rédigé le 17/07/2020 / 0

Si les femmes restent moins consommatrices que les hommes, elles sont de plus en plus nombreuses à regarder des films X et à apprécier le porn féministe, un genre qui déconstruit les stéréotypes masculins. Explications avec Ovidie, réalisatrice.

Longtemps, les films pornographiques n'ont mis en image que des fantasmes d'hommes, pour exciter les hommes. De nombreuses femmes y étaient peu sensibles et dénonçaient une mise en scène sexiste et répétitive. Le porn séduit de plus en plus de femmes depuis une dizaine d'années : " Aujourd'hui 24% des femmes en France consomment seules du porno, qui a une vocation masturbatoire comme chez les hommes, confirme Grégory Dorcel, directeur général de la société Dorcel, célèbre société de production de X. Nous avons analysé ce qu'elles aimaient consommer. Elles ne veulent pas des films à l'eau-de-rose, elles veulent voir des choses hors norme qui ne sont pas celles qu'elles font à la maison, et éviter certaines choses, comme la violence gratuite et les choses dégradantes ou humiliantes. Elles apprécient aussi voir la montée du désir et de l'orgasme."

En 2019, un autre sondage IFOP sur La vie sexuelle des Françaises estimait que 43% des femmes avaient déjà cherché des films ou images pornographiques mais assez rarement (et 24% parfois). Un sondage de l'IFOP de 2012, Les Français, les femmes et les films X, révélait que 8 femmes sur 10 avaient déjà vu tout ou partie d'un film X. Près d'une femme sur 5 en consommait de façon régulière ou de temps en temps (contre 63% des hommes).  Les femmes sondées appréciaient particulièrement un scénario de qualité, le réalisme des scènes, la beauté et l'aspect naturel des acteurs. En revanche, elles déploraient des fantasmes trop masculins (pour 71% des sondées), des pratiques éloignées de la réalité (à 79%) et elles souhaiteraient voir évoluer ce genre cinématographique.

Les pornos féministes 

C'est justement ce que proposent les réalisatrices de porno dit féministe. Un genre qui a vu le jour dans les années 80, avec Candida Royalle ou Annie Sprinkle pour ne citer qu'elles. Au début des années 2000, une deuxième vague a vu émerger des réalisatrices très attentives à l'image et au montage, à l'instar d'Erika Lust et d'Ovidie. Cette dernière, qui a aujourd'hui quitté l'industrie du X, a réalisé récemment le passionnant documentaire Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe. Selon elle, entre 25 et 30% des spectateurs sont des femmes. Si elle s'accorde avec Grégory Dorcel pour dire que le sexe du réalisateur importe peu, le type de X a une grande influence : "Ce n'est pas parce que c'est une femme qui réalise que c'est féministe ! Les femmes peuvent reproduire des clichés à l'écran, parfois même avec la meilleure volonté du monde. Et ce n'est pas nom plus parce que les femmes en regardent que c'est féministe ! s'exclame-t-elle. Même si les spectatrices de ce type de films sont proportionnellement beaucoup plus nombreuses que dans le reste du porno dit "mainstream", c'est flagrant concernant le public d'Erika Lust ou celui d'Anoushka." La première revendication de ces réalisatrices est de casser les stéréotypes retrouvés dans le porno, avec un enchaînement toujours similaire de pratiques.

Déconstruire les stéréotypes

"L'idée du porno féministe à l'origine n'était pas de condamner  les pratiques mais leur répétition et la création d'une nouvelle norme", détaille Ovidie. L'homme est systématiquement représenté comme dominant, c'est lui qui contrôle et il est initiateur. Or, plus on montre ça, plus on participe à la mise en place de normes. Les réalisatrices de porno féministes essaient de représenter d'autres choses, d'autres pratiques, d'autres façons d'avoir du plaisir. Autre différence, et pas des moindres, les corps sont plus proches de la réalité : il y a des corps minces ou plus voluptueux, épilés ou pas, et es fantasmes traités sont aussi plus réalistes. Mais il n'y a pas un seul porno féministe . Et je constate que les jeunes réalisatrices sont tout particulièrement attentives aux rapports de genres, à la question du racisme dans le porno. Elles sont très militantes et ont été très actives derrière les hashtags #MeToo et #BlackLivesMatter.  La quatrième génération de réalisatrices est arrivée et elle a mis à profit Internet pour se libérer des contraintes des distributeurs. Elles réalisent un porno plus militant, elles vont plus loin dans la déconstruction des stéréotypes, avec les moyens du bord, et elles montrent leurs films sur leur propre réseau Internet. Elles sont finalement bien plus radicales que les films que j'ai pu réaliser en mon temps et je les admire beaucoup".

Si l'arrivée d'Internet a profondément modifié les conditions de travail des actrices et le contenu des films (voir paragraphe 3), il a aussi permis "le développement d'une pornographie plus éthique, dotée d'une vraie pensée et de discours construits grâce aux blogs".

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