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Handicap, maladies chroniques et sexualité

Rédigé le 07/02/2020 / 0

Les personnes avec une maladie chronique ou un handicap, ont droit au plaisir, à la sensualité et à l'amour, comme les autres... Si cela semble heureusement une évidence à certains, les idées reçues à ce propos ont la vie dure. Quelles sont-elles ? Quelles solutions trouver, adaptées aux symptômes et à la sévérité du handicap ?

Le handicap, qu'il soit issu d'une maladie chronique ou congénitale, ou d'un accident, a des retentissements sur la sexualité pour différentes raisons, parfois associées.  Il peut s'agir de causes physiques liés aux symptômes ou au handicap, quels qu'ils soient, ou des conséquences sociales (les contacts étant parfois limités par le handicap, ou encore du retentissement mental, qui ne permet pas d'appréhender la sexualité.

De plus, la survenue d'une maladie chronique ou d'un handicap physique peut bouleverser, le regard que l'on porte sur soi et sur son corps.  A cause de la maladie et du handcaip, la confiance en soi et l'estime de soi sont souvent impactées ; envisager une sexualité et une relation intime est parfois compliquée. On peut se sentir moins séduisant, moins attirant et parfois moins "aimable", avec le sentiment d'avoir perdu la capacité d'être aimé.

En institution ou à l'hôpital, le handicap est habituellement plus sévère ou mental, la vie intime y est souvent plus complexe et compliquée. L'institution crée d'autres obstacles : il peut y être difficile de trouver des partenaires, sexuels et/ou amoureux, et les freins sociaux sont nombreux, avec des avis péremptoires sur la sexualité des personnes hospitalisées ou en institutions. L'intimité est souvent impossible, pour la masturbation et encore plus pour la sexualité à deux. Les relations entre patients sont souvent au mieux mal vues, ou interdites mais il existe pourtant à l'étranger des services hospitaliers avec des chambres pour couples, ou le patient est libre d'inviter qui il veut dans sa chambre. Une éducation des patients, quel que soit leur niveau intellectuel, mais aussi du personnel y est réalisée (source : L'handispensable, mars 2015).

Les préjugés encore trop nombreux

Les préjugés sont également prégnants dans le domaine du handicap et de la sexualité, celle-ci étant trop souvent associée, à tort, à la jeunesse, la beauté, la pleine santé, la performance. Autant de sujets que la maladie et le handicap bousculent avec force...

Les médias ont longtemps véhiculé des images de ce qu'ils considéraient comme un "physique parfait", contribuant à cet idéal de beauté, de minceur et de jeunesse, qui ne reflètent pas la diversité de la vie réelle. Ces normes contribuent à isoler et exclure tous ceux qui n'y répondent pas, et ils sont nombreux/ses, sans handicap et encore plus avec. Les représentations sociales impliquent de véritables discriminations, y compris dans l'accès à la vie intime.

Des normes enfin bousculées

Heureusement, ces normes commencent à être remises en question ; de plus en plus de personnes handicapées font de leur différence une force affichée, parfois à la Une de grands magazines. Elles contribuent ainsi à élargir les normes et à inspirer les autres. Le célèbre Philippe Croizon, amputé des 4 membres est un exemple de résilience et sa femme, Suzanna Sabino raconte comment elle est tombée amoureuse de cet homme, dans son livre Ma vie pour deux.

L'association APF France handicap revendique à juste titre l'accès à une vie affective, intime et sexuelle et milite pour un changement des regards et des mentalités à ce sujet. Elle demande la création de services d'accompagnements sexuels, grâce aux assistants sexuels (voir dernier paragraphe), ainsi que la prise en charge financière des produits et aides techniques, nécessaire pour permettre une vie sexuelle à tous ceux qui souffrent d'un handicap moteur. 

Des aides bien réelles, adaptées au handicap

Certains services hospitaliers (neurologie par exemple), associations ou réseaux proposent une consultation spécialisée auprès d'un professionnel de santé sexologue. Ce sera l'occasion de faire un point complet sur la sexualité, les difficultés (par exemple motrices), ou encore le ou les trouble(s) sexuel(s). C'est surtout l'occasion de bénéficier de conseils efficaces et d'une prise en charge globale. 

Certains troubles, comme le trouble de l'érection, l'éjaculation prématurée ou encore la sécheresse vaginale, disposent de traitements. Mais même sans médicament, l'accompagnement psychologique a un intérêt. Des informations pertinentes peuvent être données : générales, elles peuvent consister à "élargir" sa sexualité et ne pas se limiter à la pénétration, décliner l'éventail d'actes érotiques du baiser au massage érotique, en passant par le cunnilingus, la fellation, les sextoys, la masturbation ( individuelle les yeux dans les yeux ou réciproque, si le handicap le permet et s'il ne le permet pas, se faire masturber est puissamment érotique). Le corps fourmille de zones érogènes qui ne demandent qu'à être découvertes. Personnalises, elles conseilleront d'adapter les positions en fonction des difficultés, utiliser des coussins pour se caler lorsque l'on a une faiblesse musculaire limitant le mouvement. En cas de difficultés à se mouvoir ou de douleurs lors des mouvements, il existe un dispositif très intéressant : le handilover, sorte de planche sur roulettes, qui reproduit les mouvements de va et vient du coït. Ce dispositif innovant a un encore un coût conséquent (648€).

De plus, une adaptation de la sexualité, aussi bien au niveau du moment où faire l'amour (quand la spasticité ou la fatigue sont moindres) que dans les stimulations (avec les sextoys par exemple, notamment en cas de baisse de sensibilité au niveau des organes génitaux). 

Et l'assistance sexuelle ?

Il est incontournable de parler de l'assistance sexuelle, qui fait toujours débat en France. Certains estiment que la sexualité doit reposer sur une réciprocité du désir, voire des sentiments amoureux, ou que l'assistance sexuelle revient à créer un ghetto et à restreindre le droit des personnes avec un handicap, à une vie sexuelle non monétisée. Mais dans les faits, ce droit est déjà restreint... et l'accès à une vie intime et à la sensualité est un droit comme un autre. Certaines associations, comme l'Appas revendiquent ce service comme un autre, à défendre de façon encadrée. CH(s)OSE et Corps solidaire ont ainsi mis en place une formation certifiante pour les accompagnants sexuels.

A écouter :

RTL, Favie Flament : Le handicap est-il un frein au plaisir ?

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