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Cancer du sein, la sexualité cette pulsion de vie

Rédigé le 27/10/2017 / 0

En ce mois dédié au cancer du sein, il m'a semblé important de parler d'un aspect encore méconnu, la sexualité des patients. Le point sur les idées reçues et les solutions, avec Sébastien Landry, psycho-sexologue.

Aussi bien durant le traitement que dans la période "après cancer", la sexualité des patientes reste taboue. Les cancérologues mettent en priorité les traitements et les effets secondaires et ils n'ont pas forcément le temps de s'intéresser à ce sujet, qui reste gênant à aborder pour bon nombre de médecins. Pourtant, la sexualité reste importante pour les patientes, comme en témoigne les travaux de Sébastien Landry, portant sur 42 patientes. "Toutes les femmes, de l'étude mais aussi celles que j'ai rencontrées durant ma thèse, ont un attrait et un intérêt pour la sexualité, quel que soit l'âge de 32 à 80 ans ! Mais les pratiques diffèrent : il peut s'agir de tendresse, de caresses, de plaisir donné. Le besoin de contact physique est présent : elles peuvent se passer de pénétration, mais pas de tendresse avec leur partenaire…"

D'importants impacts sur la sexualité

Le cancer et ses traitements chirurgical et médical ont un fort retentissement sur le plan sexuel. "Cela concerne l'image du corps après la chirurgie à cause de la mutilation engendrée par la mastectomie, détaille le sexologue. La capacité de séduction est tout de suite atteinte : la femme ne se plaît plus à elle-même donc il est dur de s'imaginer plaire à un autre." La chimiothérapie provoque la chute des cheveux et des sourcils, participant à la modification du corps et à la perte d'attributs typiquement féminins. La patiente doit apprivoiser ce nouveau corps, qui change trop vite… "De plus, la libido est détruite par la chimiothérapie qui provoque une absence de pulsion sexuelle, reprend Sébastien Landry. L'angoisse de mort est aussi très présente…" Une angoisse qui contribue à l'anéantissement de la pulsion de vie qu'est la libido. La sécheresse vaginale est un autre problème, lié à la chimiothérapie puis à l'hormonothérapie, prescrite durant 5 à 10 ans après le cancer. Elle cause des douleurs à la pénétration importantes, qui ne donnent pas. Un véritable cercle vicieux se met en place. "Les femmes sont dans l'après-cancer mais elles se posent la question du désintérêt de la sexualité, explique le sexologue. Et si elles s'essaient pour faire plaisir à leur partenaire, elles ont mal et ce n'est pas ça qui va booster la libido !"

Oublier les idées reçues

Une consultation spécialisée, avec un sexologue ou une infirmière formée devrait être systématiquement proposée pour amorcer le dialogue et briser les idées reçues.

"Les gens ont des a priori erronés, aussi bien les hommes que les femmes, commente-t-il. Ils se disent que la priorité, c'est le cancer, que les malades n'ont pas envie ou sont trop fatiguées Je constate que les croyances autour de la sexualité, c'est ce qui bloque et dans le milieu médical, on ne leur en parle pas…"

Des conseils pratiques pour une sexualité plus épanouie …

"Durant mes consultations, je déculpabilise les femmes en leur expliquant que leurs symptômes proviennent des traitements et que nous sommes en tort de ne pas les avoir prévenues, explique Sébastien Landry. Ensuite, mon premier conseil est le dialogue."

Il est en effet incontournable pour éviter les incompréhensions, le partenaire pouvant s'imaginer qu'elle ne le désire plus, voire qu'elle ne l'aime plus ou qu'elle a un amant.

La deuxième étape consiste en des conseils basiques, comme un lubrifiant (Monsaens, Replens, Mycogyn) contre la sécheresse vaginale, ainsi des lectures érotiques pour stimuler l'imaginaire érotique. "On peut aussi se remémorer ses anciens fantasmes et les visualiser, complète le sexologue, ou se souvenir des expériences sexuelles excitantes dans leur passé pour réactiver la mémoire sexuelle." Les massages réguliers de la vulve, et plus précisément du vestibule, apprennent aussi à la femme à détendre cette zone, souvent contractée et participant à la douleur de la pénétration. En complément, un travail sur le corps peut être effectué si les cicatrices posent problèmes.

Concernant les rapports sexuels, Sébastien Landry interdit la pénétration au profit d'une sexualité à base de massage (d'abord en dehors de la poitrine et des zones génitales, puis en les intégrant sans pénétration et allant jusqu'à l'orgasme). C'est seulement après que la pénétration sera autorisée, seulement si la femme en a vraiment envie. "Et avec tout ça, le plaisir revient facilement…, rassure le sexologue. Si le couple a une ouverture d''esprit et veut retrouver une sexualité, il peut en retrouver une encore plus épanouie qu'avant !"