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Bisexualité, l'attirance envers les deux sexes

Rédigé le 22/02/2017 / 0

La société tend à mettre les gens dans deux cases, hétéro ou homo. Une situation excluant tous ceux qui ne se sentent ni l'un ni l'autre de façon exclusive… Où se situer lorsque l'on est attiré par une personne, et non par un genre, masculin ou féminin ?  Pourquoi se placer forcément dans une case, alors que l'on revendique la liberté de ne pas choisir ? Comment bien vivre cette particularité, alors que homos et hétéros ont du mal à l'accepter ? Ce sont ces questions que pose l'émergence de la bisexualité. Des interrogations qui dérangent, dans une société très normée…

Une réalité difficile à accepter

La dualité entre l'attirance par l'autre sexe et celle par le même sexe que soi est pourtant une réalité en hausse, si l'on en croit les enquêtes (lire l'article de la semaine prochaine). Mais ce "flou sexuel" est refusé par ceux qui aiment les normes claires et préfèrent mettre les gens dans les cases. Ils succombent à des jugements faciles pour ne pas remettre en question la binarité de l'identité sexuelle.

La bisexualité se révèle parfois difficile à vivre, quand certains hétéros vous limitent à un homosexuel refoulé, et certains homos vous considèrent comme un traître. Alors la bisexualité ne serait-elle qu'un transit vers l'homosexualité ou une "errance" temporaire ?

Des échelles d'évaluation

Eh bien non ! La bisexualité est loin d'être nouvelle, même si son côté "tendance" est indéniable depuis quelques années ; c'est notamment grâce aux publicitaires, toujours en quête d'aura sulfureuse. Déjà dans les années 40, le scientifique Kinsey[1] déduisait de son étude des comportements sexuels qu'elle en était une simple variante. Il mit au point une échelle évaluant l'attirance sexuelle. De 0 (exclusivement hétérosexuel) à 6 (exclusivement homosexuel), s'étendait une palette où le désir évoluait librement d'un sexe à l'autre.

Plusieurs décennies plus tard, Klein offre une évaluation[2] plus complète en prenant en compte le comportement sexuel, les fantasmes, les préférences émotionnelles et sociales, le mode de vie et l'identification personnelle. Il les replace aussi bien dans le passé que le présent et l'idéal puisque l'attirance sexuelle est susceptible d'évoluer au cours du temps. Baptisée Klein sexual orientation grid, cette échelle peut aider les personnes en recherche de leur identité sexuelle. En cas de questionnement ou de difficultés d'acceptation, l'aide d'un professionnel connaissant bien la problématique de la bisexualité se révèle parfois indispensable.

Tous bisexuels ?

La bisexualité est pour ceux qui la vivent sereinement une façon de concilier les facettes féminines et masculines présentes en chacun de nous dans des proportions variables. De là à penser que nous sommes tous des bisexuels en puissance, il n'y a qu'un pas que certains ont franchi allègrement…

A l'instar de Freud sur le plan psychique : nous présentons tous des dispositions masculines et féminines, impliquant une attirance potentielle pour une personne du même sexe. Selon la disposition qui l'emporte et surtout la construction de la sexualité, le caractère homo ou hétérosexuel se met en place. Tout au long de la vie, la sexualité se modèle en fonction de la famille et des liens sociaux, des apprentissages sensuels et émotionnels, des expériences sexuelles.

Comme le disait Kinsey, certains seront exclusivement hétérosexuels, d'autres exclusivement homos ; le reste composera avec une attirance majoritaire pour un sexe et une autre minoritaire pour l'autre sexe. Suivant les rencontres et les circonstances,  l'orientation sexuelle se dessine et les préférences sexuelles s'imposent.

Même si le désir majoritairement hétérosexuel reste le plus fréquent, il n'empêche pas les fantasmes homosexuels et parfois les rapprochements homosexuels. C'est notamment le cas à l'adolescence, sont constatés sans pour autant impliquer une bisexualité. A l'âge adulte, le fait d'avoir des fantasmes homosexuels sans passer à l'acte ne signifie pas pour autant un refoulement de l'homo ou de la bisexualité. Tout simplement parce que l'identité sexuelle est d'une complexité incroyable, l'imaginaire érotique également. C'est ce qui fait leur richesse...


[1] Sexual behavior in the human female, Alfred  Kinsey, Wardell Pomeroy, 
     Clyde Martin et Paul  Gebhard, (1953) éd. Indiana University Press

[2] Sexual Orientation: A Multi-Variable Dynamic Process. Klein. Journal of homosexuality. 1985. Published online: 18 Oct 2010. http://dx.doi.org/10.1300/J082v11n01_04