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Accro au porno : réelle pathologie ou norme morale ?

Rédigé le 14/04/2015 / 1

Un article canadien offre une réflexion intéressant sur l'usage problématique de la pornographie, dont la consommation est à la hausse, chez les moins de 30 ans notamment.  Comment définir un usage problématique en l'absence de consensus ? S'agit-il d'une réelle affection ? Ou la société ne tente-t-elle pas de normaliser une pratique qui sort des chemins habituels ?

L'article est publié dans la revue Sexologie de janvier-mars 2015. Il pose des questions aussi complexes que judicieuses : comment évalue-t-on un usage à risque de la pornographie ? N'est-il pas excessif de le "médicaliser" à tout prix ?

Que sait-on aujourd'hui sur l'usage problématique de la pornographie ?

Les avis divergent, les experts s'opposent…

D'un côté, se trouvent ceux qui estiment que la sexualité faisant partie de l'être humain, il n'est pas possible de ressentir les symptômes associés à l'habituation ou au sevrage (les critères qui sont utilisés pour les dépendances aux drogues). De l'autre, ceux qui estiment que l'abus de pornographie peut mener à une dépendance. Pour ces derniers, l'usage problématique de la pornographie est associé dans les écrits scientifiques  à une impulsivité, un caractère obsessionnel, une compulsion, une hypersexualité, une addiction sexuelle, un trouble du désir sexuel, une addiction à Internet ou encore une activité sexuelle excessive.

Les auteurs ont donc étudié les deux manuels utilisés, le DSM-5 et la CIM, ainsi que les questionnaires à la disposition des sexologues.

Le manuel américain DSM-5 n'a pas retenu faute d'études les deux nouveaux diagnostics qui étaient proposés par certains : l'hypersexualité et la conduite addictive sur Internet. Les psychiatres américains semblent estimer que l'usage problématique de la pornographie n'est pas un trouble en soi mais une conduite associée à un autre trouble mental.

La CIM, la Classification statistique Internationale des Maladies, élargit le débat de l'usage problématique de la pornographie, en parlant d'activité sexuelle excessive, pour laquelle aucun consensus n'a été établi…

Et du côté des questionnaires à disposition, ils n'offriraient pas suffisamment d'informations détaillées concernant l'usage pornographique ni d'évaluation assez précise de ses retentissements négatifs (comme la difficulté à entrer en relation avec un partenaire, la diminution de satisfaction sexuelle, un trouble du désir et/ou de l'érection).

Mais en dépit de ces outils, un constat demeure : les professionnels manquent de formation spécifique sur les troubles compulsifs de la sexualité…

Quand l'usage devient-il problématique ?

D'après les auteurs (et un certain nombre de professionnels de santé), 4 critères sont nécessaires pour parler d'addiction sexuelle ou d'hypersexualité (sexualité excessive), même si elles ne sont pas reconnues officiellement. Ce sont eux qui servent de base pour définir l'usage excessif de pornographie :

  • Temps excessif passé à visionner des images ou films pornographiques.
  •  Echec des efforts pour contrôler ou réduire l'usage.
  • Retentissement personnel et/ou social conséquent.
  • Poursuite de l'usage en dépit des conséquences négatives.

L'usage doit provoquer une détresse significative chez le patient.

Une norme excessive ou une souffrance réelle ?

Les auteurs reprochent aux pratiques actuelles de médicaliser certains comportements, qui sortiraient d'une "bonne sexualité" et des normes imposées par une société qui aime trop les cadres... Une réflexion intéressante et justifiée car le risque de jugements moraux, sous couvert de troubles médicaux, est bien réel !

Toutefois, devant l'augmentation des consultations à ce sujet, qui provoque une souffrance bien réelle chez les patients, il semble judicieux de donner un cadre plus réglementé au trouble, axé sur la souffrance. Il fait d'ailleurs partie des troubles sexuels à caractère excessif et/ou compulsif, qui ont des retentissements négatifs sur la vie sexuelle et relationnelle.

Alors attention au discours normalisant à tout prix : que les spécialistes gardent l'esprit critique concernant les critères de l'usage problématique, recommandent les auteurs de l'étude... Mais qu'ils soient aussi vigilants à la souffrance des patients.