Un antidépresseur contre une méningite particulièrement mortelle en Afrique ?

David Meya, chercheur ougandais, espère sauver des vies grâce aux 100.000 dollars reçus dans le cadre des "Grands défis Canada". Il compte sur l'effet inattendu d'un antidépresseur contre le responsable d'une méningite qui tue chaque année près de 500.000 personnes en Afrique. Un effet découvert grâce à des infections génitales à répétition...

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Un antidépresseur contre une méningite particulièrement mortelle en Afrique ?
Un antidépresseur contre une méningite particulièrement mortelle en Afrique ?

"La sertraline révolutionnerait le traitement des méningites cryptococciques en Afrique", explique David Meya, chercheur en Ouganda, dans sa vidéo de présentation sur le site du programme "Grands défis Canada" qui vient de lui attribuer un financement. Pourtant, la sertraline est la molécule d'un célèbre antidépresseur, le Zoloft®... Et la méningite cryptococcique est une maladie infectieuse mortelle. Comment un psychotrope pourrait-il agir sur pareille menace ?

L'action antifongique d'un antidépresseur

A l'origine de cette histoire étonnante, il y a un article publié dans la revue Clinical Infectious Disease en 2001 par une équipe autrichienne de l'Institut de médecine hygiénique et sociale d'Innsbruck. Les chercheurs ont constaté que trois patientes traitées par sertraline pour un syndrome prémenstruel... ne souffraient plus de leurs infections génitales à Candida répétées ! Autrement dit, l'antidépresseur avait une action antifongique.

Cet indice n'a pas été oublié, neuf ans plus tard, par une équipe de chercheurs américains préoccupée par l'urgence croissante générée par les champignons. Car la menace représentée par ces agresseurs, beaucoup moins connus du grand public que les bactéries, augmente avec la multiplication du nombre de personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies par les traitements anti-rejets post-greffes, les chimiothérapies, les traitements à bases de cortisones et le VIH...

"Malheureusement, les résultats des traitements antifongiques actuels sont très loin d'être satisfaisants", soulignent-ils ainsi dans l'étude publiée en 2010 dans le Journal of Antimicrobial Agents and Chemotherapy.  "Par exemple, les trois principales mycoses respectivement provoquées par Aspergillus, Candida et Cryptoccocus, génèrent des taux de mortalité allant de 10 à 90%." Ils s'inquiètent aussi d'un taux de résistance de plus en plus important au traitement... surtout de la part du Cryptoccocus néoformans. Or, s'il atteint le cerveau, ce champignon peut entraîner des méningites mortelles. Elles seraient responsables de 500.000 décès chaque année en Afrique.

Alors au lieu de tenter de trouver une arme thérapeutique complètement nouvelle, cette équipe rassemblant des biologistes, des biochimistes et des immunologistes a mis plus 1.500 molécules déjà existantes en face de ces "nouveaux ennemis". Parmi les médicaments existants testés il y avait bien sûr la sertraline, puisqu'elle semblait prometteuse, mais sans emporter tous les suffrages contre les champignons sélectionnés.

Une seconde vie pour le Zoloft® ?

Il fallait donc attendre 2012, pour qu'une autre équipe tente de la confronter spécifiquement au redoutable Cryptoccocus néoformans. Son idée : ce champignon représente un danger maximal pour le cerveau et c'est, par définition, là où agit un antidépresseur. Une idée récompensée par des résultats non seulement in vitro, au cours d'un simple face à face dans une boîte de cultures... mais aussi in vivo, sur des souris. 

"Les résultats montrent que la sertraline seule est efficace contre Cryptoccocus et que son association avec le fluconazole (traitement actuel ndlr) obtient de meilleurs résultats que chacun de ces traitements séparés grâce à leur très forte synergie", concluent les chercheurs dans le Journal of Antimicrobial Agents and Chemotherapy, en avril 2012.

Et tel est le point de départ du projet du Dr David Meya, de l'Institut des maladies infectieuses de Kampala en Ouganda. "Ma proposition consiste à tester la sertraline, associée à la stratégie thérapeutique standard, en espérant augmenter de 25% l'activité antifongique", présente-t-il. "Si ce projet fonctionne, nous pourrions sauver des centaines de milliers de vies en Afrique". 

"Convaincu, le gouvernement canadien vient d'attribuer 100.000 dollars à ce projet dans le cadre du programme "Grand défi Canada", qui veut aider "des innovateurs de pays à revenu faible ou intermédiaire à travers le monde pour concrétiser de nouvelles idées audacieuses et ingénieuses pour s’attaquer à des problèmes de santé." Cette enveloppe devrait aider le chercheur ougandais à mettre en place rapidement son essai clinique... et commencer à limiter le nombre de victimes de Cryptoccocus néoformans.

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