Psychiatrie : un rapport sur les dysfonctionnements à l'hôpital

Fugues, homicides, violences sexuelles... Une enquête inédite de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) met en exergue de vrais dysfonctionnements au sein des hôpitaux psychiatriques où sont soignés les internés d'office.

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Psychiatrie : un rapport sur les dysfonctionnements à l'hôpital
Psychiatrie : un rapport sur les dysfonctionnements à l'hôpital

Pour comprendre l'origine de ces problèmes, David Gourion, psychiatre à l'hôpital Saint-Anne a répondu à nos questions.

  • Dans son rapport, l'Igas évalue à 10 000 fugues par an le nombre de patients hospitalisés sous contrainte. Cette statistique reflète-elle un réel dysfonctionnement au sein de votre profession ?

David Gourion : "Evidemment qu'il y a des problèmes en psychiatrie. Mais pour moi, ce rapport est une blague... On feint de découvrir qu'il y a des dysfonctionnements ! Cela fait plus de quinze ans qu'on le dit, nous psychiatres. L'hôpital public n'a plus de moyen et la psychiatrie est de toute façon laissée de côté par les institutions. Nous avons un vrai problème avec la psychiatrie en France. Les fugues ne sont que l'arbre qui cache la fôret. Les "mesurettes" proposées dans ce rapport ne changeront rien... Ce n'est pas avec des bracelets éléctroniques pour les patients ou un logiciel capable de recenser les fugues que la lutte contre la maladie va avancer. On essaye de nous faire croire qu'en augmentant l'aspect sécuritaire dans les hopitaux psychiatriques, on améliorera la prise en charge des malades. Mais les malades violents ne représentent qu'une infime partie des malades traités en psychiatrie."

  • Le laxisme du personnel soignant risque d'être montré du doigt suite à ce rapport...

David Gourion : "Il ne faut pas confondre "laxisme" et "humanisme"... L'approche humaine pour comprendre cette maladie est primordiale, mais elle n'est en rien liée aux dysfonctionnements rencontrés en psychiatrie. La psychiatrie est aujourd'hui une médecine indigente. La profession est en manque de moyen et d'effectif. Voilà la base des maux en psychiatrie. Les jeunes docteurs rechignent à travailler dans les hôpitaux psychiatriques. Les institutions ne débloquent pas assez de fonds et ne font pas assez d'efforts pour améliorer la condition de ces malades, qui défendent moins bien leurs droits que les autres malades. En psychiatrie, on n'a pas progressé dans la prise en charge de la maladie depuis le Moyen Âge..."

  • Que faire pour que les choses bougent ?

David Gourion : "Tout d'abord il faut bien comprendre que la psychiatrie est une discipline médicale à part entière. Elle a besoin de l'implication de tous pour avancer dans la prise en charge des malades. La cardiologie, la neurologie ou autres disposent de beaucoup plus de moyens que la psychiatrie. La recherche et les protocoles feraient avancer de manière plus significative la psychiatrie que ne le fait la multiplication des décisions sécuritaires autour de cette discipline médicale."

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