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Erection douloureuse, comment réagir ?

Habituellement symbole de virilité et vecteur du plaisir, l'érection se complique parfois de douleurs. De qui déboussoler les hommes, peu enclins à confier leurs déboires sexuels au corps médical. Or une érection douloureuse doit systématiquement pousser à voir un médecin. Quelles en sont les causes ? Quand consulter en urgence ? Réponses d'Antoine Faix, urologue et sexologue (Responsable du Comité d'Andrologie et de Médecine sexuelle de l'Association Française d'Urologie).

Rédigé le , mis à jour le

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Quelles sont les causes d'érection douloureuse ?

L'érection douloureuse est un symptôme, ce n'est pas une maladie. Elle peut être liée à un traumatisme : un choc pendant un rapport oriente le médecin vers une fracture des corps caverneux, les corps érectiles qui se remplissent de sang durant l'érection. Le tableau est classique : le pénis en érection effectue un "faux-pas" (le plus souvent contre le pubis ou le bassin de sa partenaire)  avec  parfois un craquement perçu par l'homme. La verge présente un hématome et ressemble à une aubergine violette du fait de la déchirure du corps caverneux (le sang diffuse sous la peau du fourreau ) C'est le cas le plus notable de douleur aigue de la verge.

La deuxième cause de rapports sexuels douloureux est la maladie de Lapeyronie, qui est une fibrose plus ou moins localisée de l'albuginée (l'enveloppe des corps caverneux). Elle entraîne une réaction inflammatoire, avec une douleur en érection (aussi bien durant les érections spontanées que pendant les rapports) et assez souvent au repos. Le diagnostic est assez simple du fait de la déformation de la verge et de la zone fibreuse perçue par le patient et l'Urologue.

Autre cas assez rare : le priapisme, qui est une érection prolongée douloureuse.  Il fait parfois suite à une injection intra-caverneuse effectuée pour le traitement d'une dysfonction érectile. La prise de certains médicaments (antidépresseurs, neuroleptiques, héparine,…) ou une maladie de sang comme la dépranocytose peuvent également être en cause.

Deux autres types sont assez fréquents :

  • Un phimosis serré chez un adolescent ou jeune homme : il s'explique par un prépuce trop serré. La douleur survient lorsqu'il tente de décalotter le gland au repos ou en érection. Le décalottage est insuffisant ou complet avec une douloureux en érection. Le traitement est alors chirurgical.
     
  • Un frein trop court. Le frein lie le prépuce au gland, et lorsqu'il est trop court,  cela attire le gland vers le bas et parfois il se déchire durant les rapports sexuels, ce que l'on appelle une rupture du frein. La zone étant fortement irriguée, le saignement abondant peut être impressionnant.

Le reste des affections sont quasi-exceptionnels.

Quand consulter ?

Deux situations justifient une consultation en urgence, le  traumatisme (fracture du pénis) ou le priapisme. Il faut voir un urologue rapidement, dans les heures qui suivent ou sinon aller aux urgences les plus proches.

La maladie de Lapeyronie, le frein trop court ou le phimosis nécessite de consulter rapidement mais sans urgence, un spécialiste.

Comment la traiter ?

Le traitement correspond à la prise en charge de la cause, très souvent chirurgicale, en urgence en cas de fracture, d'érection douloureuse, sans urgence lorsqu'un frein trop court ou un phimosis sont en cause.

La chirurgie est nécessaire en cas de fracture du corps caverneux : l'urologue incise le fourreau de la verge et suture la déchirure de l'enveloppe des corps caverneux. Les rapports sexuels sont interdits durant au moins 6 semaines, et un traitement est parfois prescrit pour les diminuer ou calmer les érections. Dans les cas les moins graves avec une rupture partielle et incomplète, un simple traitement médical à base d'antalgiques est administré, le temps que l'hématome de résorbe.

Le priapisme est aussi une urgence et doit être pris en charge dans les 4 à 6 heures en milieu spécialisé, sous peine de séquelles irréversibles sur l'érection. Un médicament, l'étilephrine, peut être injecté dans les corps caverneux dans les 3 heures ; au-delà une ponction est réalisée si le priapisme a plus de 3 heures. Parfois, il est nécessaire d'avoir recours à la chirurgie.

Pour le phimosis, un geste chirurgical sur le prépuce est nécessaire : une section est réalisée afin d'élargir le prépuce et faciliter le décalottage (plastie du prépuce) ou le plus souvent une posthectomie (circoncision).

Après une rupture du frein trop court, le frein peut cicatriser seul mais sans intervention médicale, il reste fragile et la récidive est possible. Consulter un urologue est donc recommandé : il réalisera une plastie du frein, en l'allongeant par section. Les rapports sexuels sont déconseillés durant 3 ou 4 semaines, le temps de la cicatrisation.

La maladie de Lapeyronie est un cas particulier : la douleur disparaît avec le temps mais elle peut être soulagée avec des injections de corticoïdes ou un traitement par vérapamil. Une prise en charge chirurgicale est indiquée lorsque la déformation empêche les rapports sexuels, elle consiste à placer des sutures à l'opposé de la zone fibreuse afin de redresser le pénis ou alors d'inciser et mettre un greffon ou tissu de remplacement.

Un traitement médical a eu l'autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis, le Xiaflex®, lorsque la courbure dépasse 30° et est stabilisée dans le temps. Il s'agit d'une collagénase (une enzyme qui dégrade le collagène), administrée par injection dans la zone fibreuse sous anesthésie locale, qui réduit le collagène accumulé au niveau de la plaque et responsable de la déformation. Elle pourrait être commercialisée à l'automne en Europe, ses effets indésirables potentiels sont un hématome le plus souvent minimes, des douleurs ou un œdème.

Et la partenaire ?

La partenaire n'est directement concernée par les douleurs que dans le cas de la maladie de Lapeyronie si l'homme a une déformation de la verge importante. La pénétration peut alors être douloureuse. Mais la plupart du temps, elle n'a pas de douleurs.

Les hommes sont beaucoup plus pudiques que les femmes et tardent à consulter, le rôle de la femme est donc de lui dire que la douleur n'est pas normale : la sexualité est un vecteur de plaisir, pas de douleur. Elle peut l'inciter à consulter et l'accompagner dans sa démarche. Il faut savoir que sauf exception, il n'y a pas de guérison spontanée.

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