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L'orgasme, une obligation ?

Aujourd'hui, l'orgasme est partout : les magazines féminins le célèbrent et les injonctions sur la jouissance se multiplient. Jouir devient une norme incontournable, à l'origine de souffrances psychiques et de troubles sexuels. La Journée mondiale de l'orgasme, le 21 décembre, est une belle occasion de dire stop au culte de la performance et de la jouissance à tout prix, pour une sexualité épanouie et sans pression.

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L'orgasme, une obligation ?
Stop au culte de la performance et de la jouissance à tout prix - Crédit photo : Photographee.eu - Fotolia.com

Les informations sur la sexualité se sont multipliées et elles favorisent l'éducation sexuelle lorsqu'elles sont pertinentes. Elles se révèlent dangereuses lorsqu'elles ne le sont pas : elles alimentent alors une société axée sur le culte de la performance et de la jouissance à tout prix. Selon le Dr Brenot*, on parlait peu de sexualité il y a trente ans. Il y a vingt ans, le désir féminin a été abordé et maintenant, l'orgasme est partout. "On en parle trop et il devient une norme", critique-t-il en dénonçant un véritable "terrorisme de l'orgasme". Celui-ci s'expliquerait par la présence permanente du porno, organisé sur le modèle masculin (on voit les hommes jouir, mais la jouissance de la femme est peu représentée).

Le slow sexe, un retour aux sens

Le slow sexe est une façon de faire l'amour à l'opposé de la course à l'orgasme. Dans son livre L'éloge de la lenteur, Alberto Vitale expliquait combien il était bon de profiter pleinement des sensations partagées. Il prônait un retour à la sensualité, loin des normes imposées par les magazines. Prendre parfois le temps de redécouvrir lentement le corps de l'autre, de se laisser porter par ses baisers et ses caresses, de savourer le plaisir d'être à deux… Un bonheur partagé, qui n'a pas de prix !

Ne pas jouir à chaque fois, un droit ?

Si certaines femmes ont un orgasme à chaque rapport, d'autres ne le font pas et ne sont pas frustrées pour autant car elles ont vraiment du plaisir ! Mais elles subissent une véritable tyrannie, celle de jouir à chaque fois. Ce qui n'est pas forcément en accord avec la physiologie féminine, différente de celle de l'homme : "Il y a une sorte de modèle imposé de la jouissance masculine, la femme doit jouir lors de chaque coït, sur un mode quasi-masculin, dénonce le Dr Philippe Brenot. Si la majorité des hommes ont un orgasme à chaque coït, c'est beaucoup plus variable au niveau féminin. Mais ce n'est pas moins jouissif : les femmes jouissent de multiples façons !"

Quant aux hommes, certains subissent l'injonction de faire jouir leur partenaire à chaque rapport, faute de quoi ils ne seraient pas assez performants : "Ce qui traduirait une sorte de sentiment de toute puissance, les hommes pensant à tort être à l'origine de la jouissance féminine, estime-t-il. Or la jouissance féminine a peu de lien avec la performance de l'homme."

Par exemple, une femme peu disponible à l'orgasme pour X raisons (trop de préoccupations, de stress, de fatigue,…) peut tout de même avoir envie de faire l'amour, sans pour autant vouloir jouir à tout prix. Les efforts répétés de son amant seront alors à l'origine de conflits au sein du couple et parfois même de ruptures, d'après le sexologue, certains hommes ne supportant pas d'avoir une partenaire qui ne jouit pas à chaque rapport.

L'inverse peut être vrai aussi, la femme peut se sentir très frustrée de ne pas voir éjaculer et prendre du plaisir son partenaire à chaque fois.

La course à l'orgasme, à l'origine de troubles

On en arrive à une situation ubuesque où les retrouvailles charnelles, qui devraient se suffire à elles-mêmes, mènent à des troubles sexuels et des conflits conjugaux ! "Cela donne des complexes aux femmes qui pensent ne pas être normales et consultent pour cette raison, regrette le Dr Brenot. Certaines femmes n'ont pas d'orgasmes profonds (NDLR : anciennement appelés vaginaux), mais elles ont énormément de plaisir !" Bien sûr, s'il y a des interrogations douloureuses et de la souffrance, il est conseillé d'en parler à un sexologue, qui pourra dédramatiser la situation ou entamer une prise en charge si elle est vraiment nécessaire.

Autre injonction récurente et insensée : les magazines féminins prônent régulièrement la supériorité de l'orgasme simultané, les orgasmes non simultanés étant jugés comme égoïstes. "Certains couples à la recherche de cette nouvelle injonction, abîmeront leur sexualité, déplore le sexologue. Ils ne trouveront pas cette soi-disant harmonie sexuelle et seront déçus à chaque fois… " 

Il est nécessaire d'avoir conscience de ces injonctions pour mieux s'en détacher ; ne pas rechercher l'orgasme à tout prix est le meilleur moyen de se faire plaisir. "La jouissance partagée n'est pas obligatoire ni simultanée", conclut Philippe Brenot. Et que les femmes se rassurent : il y a de multiples formes de jouissances et elles se valent toutes !

* Le Dr Philippe Brenot est psychiatre et anthropologue, directeur des enseignements de sexologie à l’université Paris-Descartes, et auteur d'un blog intitulé Liberté-Egalité-Sexualité.

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