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Femmes fontaines : on y voit plus clair

La femme fontaine, mythe ou réalité ? Cette question agite la communauté scientifique depuis des années, à l'instar du point G. Est-ce en lien avec une hyper lubrification vaginale ? Est-ce de l'urine ou une émission prostatique ? Que sait-on à l'heure actuelle de ce phénomène encore mystérieux ? Mise au point avec les Dr Samuel Salama et Pierre Desvaux, auteurs d'une étude novatrice et Caroline Meauxsoone-Lesaffre, sexologue.

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Femmes fontaines : on y voit plus clair
Femmes fontaines : on y voit plus clair
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L'émission fontaine, toute une histoire…

De tout temps, la femme fontaine a été auréolée de fantasmes et de mythes, y compris dans l'explication scientifique du phénomène. Dans la seconde moitié du 20e siècle, Masters and Johnson en 1988, Kaplan en 1983, et d'autres sexologues reconnus, estimaient que l'émission d'un liquide durant l'orgasme était forcément liée à une incontinence urinaire.

D'autres spécialistes, comme Grafenberg en 1950, ont évoqué la possibilité d'un autre fluide différent de la lubrification vaginale et de l'urine. En 1981, Addiego et al. ont montré que le liquide contenait des phosphatases acides prostatiques spécifiques et du fructose, deux substances retrouvées dans  les sécrétions prostatiques chez l'homme. La prostate féminine existerait-elle ?

Cependant, ils se heurtaient à des difficultés pratiques pour apporter la preuve de leur hypothèse (d'une part, les femmes fontaines abordent peu le sujet, d'autre part le recueil du fluide émis lors d'un orgasme n'est pas facile, tout comme la reproduction des circonstances très intimes du rapport où l'émission fontaine a lieu).

Une hyper lubrification vaginale, de l'urine ou émission prostatique ?

En 2007, Rufus Cartwright avait retrouvé, en comparant les bilans urodynamiques de six femmes se disant "fontaines" et ceux de six témoins ("non fontaines") qu'il n'y avait aucune différence significative et pas d'hyperactivité détrusorienne chez les femmes fontaines. Il conclut que les femmes fontaines ne souffrent d'aucune pathologie, qu'elles peuvent être rassurées et que l'émission de liquide lors de l'orgasme, même si elle n'est pas commune, est physiologique".

En 2011, l'étude de Rubio-Casillas et al., New insights from one case of female ejaculation, publiée dans le Journal of Sexual Medicine, permet d'isoler deux fluides distincts et conclut qu'il existe deux phénomènes différents : l'éjaculation féminine qui correspond à l'émission d'un fluide épais, blanchâtre, produit en petite quantité par la prostate féminine (composée des glandes urétrales, para-urétrales et de glandes de Skene), et le "squirting" qui correspond à l'expulsion un liquide provenant de la vessie et émis en quantité beaucoup plus importante.

En 2013, grâce à une revue complète de la littérature, intitulée Female Ejaculation orgasm vs coital incontinence : a systematic review, et publiée dans le Journal of sexual medicine, Pastor reprend cette théorie et distingue deux situations : l'une correspondant à des fuites urinaires survenant chez des femmes qui ont des pathologies vésicales au quotidien (incontinence urinaire d'effort,...) et qui peuvent avoir des pertes d'urines pendant le coït lors du mouvement ou à l'orgasme ; d'autre part, les vraies femmes fontaines indemnes de toute symptomatologie urinaire.

Une étude française, à la pointe

Pour percer à jour le phénomène, les docteurs Salama et Desvaux ont mis au point un protocole d'étude utilisant d'une part l'échographie, afin de mesurer le degré de remplissage de la vessie, et d'autre part les analyses biochimiques du fluide émis et de l'urine.

Les sept femmes recrutées avaient une expérience régulière de l'émission fontaine et ont été recrutées par petite annonce sur Internet et par relation. Elles étaient toutes âgées de plus de 18 ans et avaient un IMC normal, entre 18,5 et 25.

Les femmes se masturbaient elles-mêmes, à l'aide de leurs doigts ou d'un sextoy, et lors des rapports, la stimulation sexuelle était manuelle, avec un sextoy ou le coït.

Les fluides émis étaient recueillis dans une poche de recueil et l'échographie était utilisée à trois reprises : après la miction, après une stimulation sexuelle, après l'émission fontaine. L'urée, la créatinine et l'acide urique, substances retrouvées dans les urines, sont présentes dans la première et la troisième analyse des fluides émis, alors que le PSA, témoin du rôle de la prostate, est présent chez cinq femmes sur sept dans les deuxièmes et troisièmes prélèvements.

Deux types d'émission liquidienne 

Selon les auteurs, la participation de la vessie à l'émission est essentielle : l'échographie met en évidence un remplissage de la vessie durant la stimulation sexuelle, puis une vidange de la vessie après l'émission fontaine.

Ceci confirme la notion qu'il existe bien deux types d'émission liquidienne lors de l'orgasme chez la femme qui peuvent être distincts ou mélangés :

  • un éjaculat d'origine prostatique de quelques millilitres, en sachant que la participation de la prostate semble accessoire puisque le PSA n'est pas détecté chez deux femmes fontaines.
  • un "squirting ou gushing" chez les femmes fontaines, qui provient de la vessie et qui peut être très abondant puisqu'il atteint chez certaines plus de 300 ml (une vessie complète).

Cette distinction nouvelle rend compte des difficultés qu'il peut y avoir à analyser la littérature scientifique (jusqu'en 2011, les auteurs utilisaient le terme female ejaculation sans distinction des deux phénomènes) ou à comprendre les témoignages de femmes.

Quelle est la fréquence des femmes fontaines ?

La fréquence est variable selon les auteurs, des 6% évalués par Kratochvil en 1994 aux 40% retrouvés par Darling, en passant par les 10% de Whipple and Perry.

Cabello et son équipe estiment eux que la plupart des femmes éjaculent, même si la quantité émise et la direction de l'émission (qui peut soit sortir vers l'extérieur, soit partir vers la vessie) sont variables, ce qui explique que les femmes n'en aient pas toujours conscience. Dans leur étude, les trois quarts des femmes produisaient une certaine quantité de PSA durant l'orgasme, retrouvée dans les urines recueillies après l'orgasme. Pour les auteurs, cette étude permet de rassurer les femmes en montrant que c'est un phénomène parfaitement normal.

Pour les Dr Salama et Desvaux, c'est la définition même qui pose problème puisque le terme "female ejaculation" diffère de l'émission fontaine d'origine vésicale. Parle-t-on de l'éjaculation proprement dite ou du squirting ? La définition dépend aussi du type de questionnement des études : est-ce arrivé une fois ou régulièrement ?

Ils regrettent qu'aucune étude n'ait été consacrée à recenser la fréquence. Et ils pressentent que toutes les femmes le sont potentiellement. Ils rapportent que certains hommes dits "sourciers" arrivent à provoquer un écoulement liquidien chez n'importe quelle femme, sous réserve d'un total lâcher prise de la femme et d'une stimulation particulière du complexe "clitoris-urètre-prostate-vagin" sur la paroi antérieure du vagin, bref le point G.

L'émission fontaine : le vécu des femmes et de leurs partenaires

Caroline Meauxsoone-Lesaffre, sexologue, est l'auteur d'un mémoire consacré aux femmes, "L'émission fontaine ou l'éjaculation féminine". Elle explique qu'en général, la femme fontaine, facilement multi-orgasmique, vit bien son inondation, explique-t-elle. Elles parlent peu de ce fait qui reste peu connu, même du milieu médical.

Fontaine : fréquence, volume et ressenti...

Le Dr Florian Wimpissinger a réalisé en 2013 une étude de référence sur le vécu de 330 femmes fontaines, via un questionnaire en ligne.

20% estimaient que l'émission survenait quotidiennement, 30% quelques fois par semaine, 30% quelques fois par mois et chez les 20 restantes, c'était plus occasionnel. Le volume allait de quelques millilitres à 150 ml. Près de 80% des femmes jugeaient que cette émission enrichissait leur qualité de vie sexuelle et 90% des partenaires masculins avaient une attitude positive vis-à-vis de l'éjaculation féminine.

Les docteurs Salama et Desvaux constatent dans leur étude que les femmes trouvent le phénomène peu discret, qu'il nécessite des protections considérables et donc une organisation logistique.

Du côté des partenaires, elle remarque la même satisfaction : "Tous les partenaires interrogées lors de mon enquête (douze hommes ayant connu au minimum trois femmes fontaines au cours de leur vie sexuelle, voire 10 ou 20 pour certains,) appréciaient la situation. Elle amplifie leur excitation et leur orgasme, les accros le recherchent systématiquement lors d'un rapport avec leur partenaire. Ils aiment le liquide de leur partenaire, même s'ils reconnaissent la présence d'urine diluée."

Peut-on retenir cette émission ?

D'après Caroline Meauxsoone-Lesaffre, il est possible de retenir l'émission, à l'aide d'exercices de relaxation et d'apprentissage des sensations. Mais il est plus difficile pour une jeune fille de 18 ans de retenir son émission qu'une femme plus mature qui a plus l'habitude de maîtriser sa sexualité et qui se connaît mieux, qui est plus à l'écoute de son corps. Car il existe des signes avant-coureurs (pression intérieure, comme si on avait envie de faire pipi).

Une réponse que complète le Dr Salama : "Oui, c'est possible, dans le sens où on sent l'envie de faire pipi, mais il faut être capable de 'verrouiller', autrement dit d'avoir un périnée suffisamment solide". Il conseille donc aux femmes qui sont fontaines et ne le souhaitent pas d'aller aux toilettes avant (voire pendant le rapport si il dure longtemps) car on ne peut pas être fontaine à vessie vide...

L'émission est-elle proportionnelle au plaisir ?

Oui, d'une certaine manière, car plus l'excitation sexuelle est forte, plus les quantités peuvent être importantes. Cela dépend des gestes techniques du partenaire, du cadre, de notre lâcher-prise, de notre disponibilité ce jour-là, des sentiments ressentis, etc. Le contexte émotionnel reste primordial. Mais attention, l'émission liquidienne n'est pas forcement associée à un orgasme. Certaines femmes ont de très bons orgasmes sans émission, d'autres ont des émissions avec un plaisir intense et voluptueux, mais sans orgasme. Un petit nombre de femmes rapportent même des douleurs durant la stimulation, qui leur apparaît désagréable.

D'après 50% des hommes (les "accros" aux femmes fontaines), l'émission n'est pas forcément liée à l'orgasme, ce que confirment 60% des femmes dans l'enquête de Caroline Meauxsoone-Lesaffre.

Pour Cabello Santa Maria, les femmes qui éjaculent debout (position où le torse est à la verticale) émettent des quantités supérieures.

Mais l'éclairage des études récentes (Rubio Casillas et al., Salama et al.) laissent à penser que la quantité émise est directement liée au degré de remplissage de la vessie et donc de la filtration rénale (si les femmes ont beaucoup bu ou peu bu…). Le Dr Salama va plus loin : "l'émission fontaine chez un certain nombre de femmes est en fait un effet secondaire de la stimulation de la paroi antérieure du vagin et si on réalise cette même stimulation à vessie vide, le plaisir y est mais sans écoulement..."

L'émission fontaine, des circonstances particulières 

Les circonstances pouvant déclencher cette émission sont techniques et émotionnelles : un lâcher prise, une confiance en son partenaire et une technique particulière sont nécessaire.

D'après les femmes interrogées par la sexologue, il y a quatre techniques différentes : les caresses digitales du partenaire (avec deux doigts crochetés dans le vagin, exerçant une très forte pression, au niveau du point G, situé à 2 cm sur la face antérieure du vagin, sur 3 cm de large), avec 92% de succès chez les femmes interrogées ; lors du coït en position Andromaque, avec une inclinaison particulière du pénis (le pénis remontant vers le nombril), avec 61% de succès ; la masturbation, qui donne 66% de succès ; le cunnilingus, avec 28% de succès.

 

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