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Vaccin de la rougeole et autisme : les séquelles d'une fraude

Il y a tout juste 17 ans, le 26 février 1998, le Dr Wakefield tenait une conférence de presse dans laquelle il annonçait d'effarants résultats : selon ses recherches, le vaccin ROR favoriserait la survenue de troubles autistiques chez l'enfant. Les médias se sont empressés de relayer ces déclarations, sans aucun esprit critique, ni chercher à revenir aux sources de cette surprenante allégation. Les affirmations de Wakefield se révèleront pourtant totalement mensongères.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique du Pr Alain Astier du 26 février 2015.

Andrew Wakefield est un ancien chirurgien anglais, maintenant interdit d'exercice en grande–Bretagne, qui a publié en 1998 un article fracassant dans l'une des plus  grandes revues médicales anglaises, The Lancet. Il y décrivait une forme d'entérocolite avec autisme chez l'enfant, qu'il reliait à la vaccination ROR : Rougeole-Oreillons-Rubéole.

Cet article a eu un effet dévastateur, servant de prétexte à des campagnes anti-vaccination. A la suite de la présentation des résultats, on a constaté une chute importante de la couverture vaccinale, notamment au USA, au Royaume Uni et dans plusieurs pays européens. Les conséquences sanitaires ne se sont pas fait attendre. Pour citer le seul cas de la France, on a observé une résurgence de la maladie entre 2008 et 2012, avec un pic en 2011 (plus de 24.000 cas déclarés).

La rougeole est une maladie virale très contagieuse pour laquelle un vaccin très efficace (en combinaison avec les oreillons et la rubéole : le ROR) qui existe depuis de nombreuses années et qui, avec un taux de couverture vaccinale supérieur à 95%, permet d'éradiquer la maladie, comme on l'a fait avec la variole ou la poliomyélite. En France entre 1940 (900.000 cas) et 1997 (135 cas), on observe une réduction de 99,98% de l'incidence ! La chute drastique de la mortalité en Afrique en relation avec la vaccination est aussi très parlante.

La rougeole, qui n'est pas qu'une maladie infantile (voir encadré) a des complications redoutables : surinfections, troubles neurologiques, cécité, stérilité.

En France, le pic épidémique a entraîné plus 1.000 cas de pneumopathies graves, trente pathologies neurologiques très graves avec séquelles majeures (encéphalite) et dix morts.

Revenons à l'étude qui a mis le feu aux poudres.

Le chercheur décrivait une forme nouvelle d'autisme avec régression comportementale, des troubles développementaux et curieusement un pathologie digestive (entérocolite autiste !). Les données sur lesquelles se basaient ces conclusions étaient pour le moins ténues, puisqu'elles se basaient sur l'observation de seulement douze patients. En outre, aucune comparaison n'était effectuée avec des enfants en bonne santé (un groupe "contrôle", qui aurait permis de mettre en perspective les résultats).

En dépit de ces faiblesses méthodologiques, Wakefield n'hésitait pas à affirmer une causalité de la vaccination. De plus, de façon surprenante, la relation vaccination/autisme était décrite comme très rapide...

Aucune autre étude ne vient corroborer ces résultats...

Aucune autre équipe d'épidémiologistes ne retrouvait pourtant la corrélation pointée du doigt par le médecin.

Bientôt, l'un des parents des douze enfants cités dans l'étude s'étonnera publiquement que la description du cas de son fils comportait de très nombreuses erreurs. Les protestations se multiplient.

Il s'avérera que les travaux publiés par Wakefield et ses co-auteurs étaient purement et simplement falsifiés. Entre 2004 et 2010, le journaliste d'investigation Brian Deer, du Sunday Times, mettra au jour l'existence de nombreuses anomalies. Il révélera notamment l'existence de liens d'intérêts non déclarés entre Wakefield et une organisation d'avocats anti-vaccination, qui avait sponsorisé l'étude !

Wakefield admet ces liens d'intérêts, mais maintiendra ses affirmations, avec le soutien du Lancet. Par la suite, un à un, les co-auteurs de l'étude se rétractent...

En 2010, Deer publie dans le British Medical Journal plusieurs articles expliquant en détails l'ensemble de l'affaire.

La même année, le BMC (British Médical Council, l'équivalent de l'Ordre des Médecins des Etats-Unis), reconnaîtra Wakefield coupable de "nombreuses malhonnêtetés", de mise en danger de patients, de violation de l'éthique médicale. Le fraudeur sera raye à vie de cet ordre.

L'histoire ne s'arrête toutefois pas là : en 2011, Deer démontrera que Wakefield voulait lancer une entreprise anti-vaccination commercialisant un prétendu test qui aurait permis de détecter l'entérocolite autiste (estimant le marché 32 millions d'euros aux USA et UK).

Aujourd'hui, Wakefield intervient à prix d'or lors de conférences organisées par les ligues anti-vaccination outre-Atlantique. Peu importe le fait que ses travaux furent entièrement frauduleux... "Calomniez il en reste toujours quelque chose" !

On a vu les conséquences dramatiques du fait de la perte de confiance des parents, ceci  malgré la déclaration récente des associations de parents d'enfants autistes concluant à l'absence totale de lien entre le vaccin ROR et l'autisme. Depuis les débuts de l'affaire, les cas de rougeole augmentent, notamment aux USA, pays qui avait quasiment éradiqué la rougeole.

En 2013 la France a un taux de couverture vaccinale inférieur à 90%, un des plus mauvais d'Europe ! Le Mexique n'a pas eu un cas de rougeole endogène depuis 1996. Son taux de protection est de 98% ! Désormais la rougeole, qui était une maladie "de pauvres" (sous-vaccinés) devient une maladie "de riches", car la défiance est directement proportionnelle aux revenus !

Cette histoire est riche d'enseignements. Elle démontre qu'il faut rester extrêmement prudent à l'égard des affirmations d'efficacité d'un nouveau médicament ou d'effets indésirables, mêmes publiées dans de très grandes revues médicales. En science et surtout en médecine, il faut garder raison, vérifier, enquêter et ne pas céder au sensationnalisme !

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