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Urgences : qui fait quoi ?

Chaque année plus de 16 millions de patients consultent les services d'urgence sans que l'on sache exactement qui y fait quoi et comment notre séjour va se passer. Pour en savoir plus, le Dr Gérald Kierzek, urgentiste, nous présente les différents acteurs de ce service souvent décrié.

Rédigé le , mis à jour le

Urgences : qui fait quoi ? - Chronique du Dr Gérald Kierzek, urgentiste, du 31 janvier 2012
  • Gérald, pouvez-vous nous en dire plus sur le service des urgences ?

Dr Gérald Kierzek : "Chaque année 16,8 millions de passages sont enregistrés aux Urgences dans 637 structures en France, pour l'essentiel dans le secteur public (l'hôpital public assure trois-quarts des urgences) mais aussi dans des cliniques ou hôpitaux privés pour un quart des passages.

"On a souvent l'image des urgences comme dans les séries télévisées dans lesquelles on nous montre que les cas les plus graves et les plus spectaculaires alors que le quotidien est aussi fait de cas simples. L'immense majorité des séjours aux urgences se soldent par une consultation, des examens et le retour à domicile. Et pour arriver à cette chaîne de soins, il y a un parcours de soin (un envers du décor) très codifié, de l'accueil du patient jusqu'à sa sortie ou son hospitalisation."

  • Pouvez-vous nous détailler ce circuit quand on se présente aux Urgences ?

Dr Gérald Kierzek : "La première étape et la première personne que l'on rencontre aux Urgences n'est pas un médecin urgentiste ! En fait, quand vous vous présentez aux urgences, à moins d'être en arrêt cardiaque (qui est pris en charge le plus souvent par le SAMU et ne vient donc pas aux urgences), vous passez par un guichet d'accueil qui vous demande des renseignements administratifs et crée un dossier (informatisé maintenant dans 80 % des structures d'urgence en France).

"Ensuite votre interlocuteur ou interlocutrice (personne-clé dans le circuit du patient) est l'infirmière d'accueil et d'orientation (IAO). C'est une personne-clé car c'est elle qui va déterminer votre ordre de priorité et donc de passage avec le médecin. L'IAO permet de "trier" les patients et permet aux soignants de déterminer la priorité de soins en fonction de l'urgence et de la gravité des cas. Si l'infirmière voit les gens par ordre d'arrivée, elle oriente vers le médecin par ordre de gravité ! Ne vous étonnez donc pas d'être arrivé avant le monsieur qui vous grille la priorité ensuite ; c'est probablement que ses symptômes sont plus graves et nécessitent des soins plus urgents."

  • C'est donc plutôt une bonne nouvelle si vous attendez longtemps ! Comment est déterminé ce tri ?

Dr Gérald Kierzek : "Le tri infirmier est basé sur l'interrogatoire du patient (ses antécédents, symptômes,…) et des constantes, c'est-à-dire les paramètres vitaux de base comme la tension artérielle, le pouls, la saturation en oxygène ou encore le taux de sucre. En fonction de ces éléments, l'infirmière classe sur une échelle de priorité et vous oriente ensuite. Si votre cas est sévère, vous serez vu tout de suite (tri 1 ou 2) ; si votre cas est jugé moins sévère (tri 3-4), vous pourrez soit retourner en salle d'attente le temps qu'un médecin ou qu'une salle se libère, soit être directement installé pour voir un médecin."

  • Quels sont les interlocuteurs médicaux présents aux Urgences ? On dit souvent que ce sont les internes qui sont aux Urgences ?

Dr Gérald Kierzek : "Les internes font des stages aux Urgences mais depuis quelques années, la médecine d'urgence est une spécialité et les Urgences sont "séniorisées", c'est-à-dire qu'un médecin en titre, spécialiste en médecine d'urgence, est présent et valide toutes les décisions concernant les patients.

"Il faut rappeler qui fait quoi et qui est qui dans un service d'urgence comme dans l'hôpital en général. La "hiérarchie médicale" est la suivante :

- Vous pouvez d'abord être vu par un étudiant en médecine (que l'on appelle un "externe") et qui est un étudiant de la deuxième année à la sixième année. Il est en apprentissage et procède à votre examen clinique, vous interroge mais ne prend en aucun cas de décisions seul. Ces étudiants sont présents aux Urgences et dans les services des hôpitaux universitaires.

- Le deuxième interlocuteur que vous rencontrerez aux Urgences est l'interne. C'est un médecin (il peut prescrire) en septième, huitième année, voire plus, en fonction des spécialités. Il peut être spécialisé en médecine d'urgence ou dans une autre spécialité et effectuer des gardes. Mais il n'a pas encore sa thèse de doctorat de médecine.

- Le médecin senior (l'urgentiste) est quant à lui un médecin ayant terminé son cursus. L'ensemble des décisions prises est sous sa responsabilité."

  • On confond souvent à l'hôpital, dans n'importe quel service d'ailleurs, chef de clinique et chef de service ? Quelle est la différence ?

Dr Gérald Kierzek : "Le chef de clinique assistant est un jeune médecin qui juste après la fin de son internat travaille mi-temps à l'hôpital et mi-temps à la faculté pour enseigner. C'est un poste temporaire de deux ou quatre ans de formation complémentaire. Rien à voir donc avec le chef de service qui lui est un médecin titulaire, expérimenté qui peut être professeur à la faculté (c'est souvent le cas dans les CHU) ou non."

  • On se plaint souvent de l'attente aux Urgences. Quels sont les nouveaux circuits mis en place pour diminuer cette attente ?

Dr Gérald Kierzek : "L'attente aux Urgences est effectivement une des premières récriminations des patients. Une récente enquête (cabinet Deloitte) montre que pour 59 % des Français la réduction du temps d'attente aux urgences est un enjeu prioritaire pour les hôpitaux. Alors il y a attente et attente.

- pour réduire l'attente avant de voir un médecin : des circuits dits courts ont par exemple été mis en place dans certains hôpitaux (à l'Hôtel-Dieu par exemple) pour les patients les moins graves. Les patients les plus graves sont bien sûr pris en charge en priorité comme partout, mais les patients les moins graves qui ne nécessitent qu'une simple consultation sans examen complémentaire, sont aussi vus en priorité. Un médecin dédié et un box/salle dédiée permettent cette consultation et cela gagne du temps à l'ensemble.

- il y a ensuite l'attente des résultats des examens complémentaires. Parfois le scanner ou les prélèvements sanguins sont très longs pour des raisons d'organisation mais je voudrais insister sur un examen courant qui impose une longue attente : la troponine. La troponine est un marqueur cardiaque (une protéine dans le sang) qui s'élève en cas d'infarctus. Si vous avez une douleur thoracique et que vous êtes aux urgences, il faudra attendre la troponine réalisée six heures après le début de la douleur ! Cela veut dire que dans ce cas, l'attente est indispensable pour un résultat fiable et en toute sécurité ! Il faut juste l'expliquer aux patients et prendre son mal en patience !

"Pour finir, n'oublions pas les multiples collègues qui interviennent : secrétaires, aides-soignants, brancardiers, assistantes sociales... indispensables aux urgences et à l'hôpital !"

 

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