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Les urgences malades du système de santé français

Souvent accusées de défaillances, les urgences hospitalières françaises souffriraient surtout de l’accroissement du nombre de missions qui lui sont confiées, selon un rapport du Sénat

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Les urgences malades du système de santé français

Entre une médecine de ville qui se désinvestit des soins non programmés et des lits d'hôpitaux surchargés, les urgences explosent. C'est la conclusion d'un rapport du Sénat publié ce 13 septembre.

Pour les auteurs, les ugences ne sont pas en cause en tant que telles. Se référant aux évaluations de la Haute Autorité de Santé, les sénateurs saluent un service public de "grande qualité", lié à "l’investissement exceptionnel des équipes exerçant au sein de ses services" : "en dépit des défis colossaux auxquels font face les urgences, elles continuent à assurer une prise en charge de pointe".

Selon les auteurs du rapport, les dysfonctionnements régulièrement dénoncés "résultent moins de l’organisation propre des services d’urgences que de leur positionnement original, au confluent des carences de la médecine de ville en amont et des rigidités hospitalières en aval". "Les services d’urgences", poursuivent-ils, "doivent être regardés non comme un point d’entrée défaillant dans le système de soins, mais comme un miroir grossissant des dysfonctionnements de l’ensemble de notre système de santé".

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Des médecins de ville désengagés

Les médecins de ville et leurs syndicats représentatifs auditionnés par les rapporteurs admettraient un désengagement croissant sur la prise en charge des soins non programmés. Les urgences "prennent en charge l’ensemble des soins que la médecine de ville ne peut ou ne veut plus assurer", écrivent-ils, notant que le désinvestissement observé "serait en partie consécutif à la fin de l’obligation individuelle de garde, décidée en 2003" et de choix d’organisation, notamment concernant les consultations sans rendez-vous.

Se référant à des données de la Cour des comptes, les sénateurs rappellent que "43 % des passages aux urgences relèvent d’une simple consultation médicale, et 35 % [des patients] auraient pu obtenir une réponse auprès d’un médecin généraliste". Or, on retrouve parmi ces patients un tiers de personnes "ayant entamé un parcours de soins en médecine libérale, et qui, n’y ayant pas trouvé de réponse (ou alors une réponse jugée inadaptée, s’agissant par exemple des délais de rendez-vous) se tournent vers les services d’accueil des urgences".

Mais les urgences seraient aussi victimes de leur mauvaise intégration au reste des établissements hospitaliers qui les hébergent. "Ces services [sont] souvent considérés comme des services « à part » dans les établissements de santé", écrivent les auteurs du rapport. Cet isolement a pour conséquence "un manque important de communication avec les services spécialisés, ce qui complique la gestion du devenir des patients" des urgences. À ces difficultés s’ajouteraient "des difficultés organisationnelles majeures, résultant notamment des politiques de fermeture des lits dans les services de médecine et de chirurgie générales, seuls adaptés à certains profils de patients."

Quel avenir pour les urgences ?

Les auteurs du rapport s’interrogent "sur la soutenabilité à moyen terme de notre modèle de prise en charge des urgences", "face à l’accroissement continu de la fréquentation des urgences, face également à l’évolution des missions de facto assurées (de moins en moins centrées sur l’urgence grave, avec une coloration sociale de plus en plus forte)".

Au regard des constats dressés, ils formulent une vingtaine de propositions "ancrées dans l’exercice quotidien des personnels, et dont la mise en œuvre est possible à court terme". Celles-ci mettent l’accent sur "une généralisation des bonnes pratiques relevées dans certains services" (mise en place de circuits courts de prise en charge, généralisation du recours à des gestionnaires de lits), ainsi que sur "une amélioration des conditions de travail des équipes" (meilleure prise en compte de la fonction d’accueil des soignants, création d’une spécialité d’infirmier urgentiste).

Ils appellent en outre à développer "de nouvelles possibilités de prise en charge non programmée, sans avance de frais, en ville", avec un renforcement des centres de santé, un élargissement des horaires de la permanence des soins ambulatoires, et une meilleure valorisation des visites à domicile.

la rédaction d’Allodocteurs.fr

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