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Comment nous souviendrons-nous du 13 novembre 2015 ?

Le neuropsychologue Francis Eustache, qui coordonne une vaste étude sur la mémoire de ces attentats, était aujourd'hui l'invité du Magazine de la santé.

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"Attentats : peut-on surmonter le traumatisme ?", entretien avec Francis Eustache, neuropsychologue

C’est un programme de recherche d’une nature et d’une ampleur inédite. Baptisé "13 novembre", il regroupe des spécialistes des neurosciences, ainsi que des sciences humaines et sociales, pour étudier les conséquences des attentats survenus il y a deux ans "sur la construction des mémoires individuelles et collectives".

Les chercheurs ambitionnent de suivre sur une décennie 1000 Français, au nombre desquelles des personnes qui ont été en contact direct avec les attentats – personnes présentes au Bataclan, sur les terrasses, personnes touchées physiquement –, des personnes des quartiers touchés, de la région parisienne, et enfin des personnes d’autres régions.

Ces personnes seront interrogées, dans le cadre d’entretiens filmés en 2016, 2017, 2020 et 2025. Les intervenants – historiens, sociologues, anthropologues ou psychologues [1] – ont tous été formés à la conduite de ce type d’entretiens, notamment auprès de personnes directement touchées par les évènements.

État de stress post-traumatique

L’un des volets de l’étude concerne la question du stress post-traumatique des personnes qui ont été au plus près des évènements. "Nous allons en particulier étudier les capacités qu’ont les sujets à contrôler ce que l’on appelle les « intrusions », [les pensées traumatiques] qui s’imposent aux sujets, et [dont ils n’arrivent] pas à se détacher", précise le neuropsychologue Francis Eustache, co-coordinateur du programme. L’objectif est de déterminer les facteurs qui facilitent ou entravent la résilience, autrement dit de résister à cet état de stress post-traumatique.

Dans un entretien à la revue du CNRS, le chercheur précise que 180 des 1.000 participants sont concernés par cet état de stress post-traumatique (ESPT). "Ces personnes souffrent de pensées et d’images envahissantes et revivent l’événement comme s’il était en train de se produire ; elles ont des sursauts, des sueurs, des troubles du sommeil et développent des comportements d’évitement pour fuir toutes les circonstances qui pourraient leur rappeler les attentats. Certaines ont cependant mis en place des mécanismes de défense et s’en sortent mieux que d’autres. C’est tout cela que nous voulons étudier de façon extrêmement précise [notamment via la neuro-imagerie, NDLR], afin de produire une description complète de ces troubles et de leur manifestation dans le cerveau."

Comment la mémoire déforme le souvenir

Mais le programme vise, de façon plus globale, à mieux comprendre comment les évènements de 2015 vont s’inscrire, au fil du temps, dans la mémoire de l’ensemble des témoins – directs ou indirects. "Notre objectif est de comprendre comment la mémoire du 13 novembre se construit année après année", explique l’historien Denis Peschanski, l’autre coordinateur du projet. "Comment les personnes essaient de remplir ce « puzzle mémoriel », en empruntant à la mémoire collective, en empruntant aux souvenirs des amis, des voisins, des proches, à ce qu’ils entendent ou lisent sur les réseaux sociaux, ou sur d’autres sources […] Qu’est-ce qu’il reste au bout des dix ans ? Aboutit-on à la construction d’un récit unique, ou aura-t-on plusieurs récits ?"

Dans son interview à la revue du CNRS, Francis Eustache rappelle que "les souvenirs que chacun d’entre nous emmagasine ne sont pas figés une fois pour toutes". "Il s’opère tout au long de la vie un jeu subtil de consolidation-reconsolidation. Chaque fois que nous évoquons un souvenir, c’est un peu comme si nous le revivions pour notre cerveau qui le ré-encode à nouveau. Cette nouvelle évocation, qui permet de consolider le souvenir, le transforme également : elle se fait dans des circonstances et devant des personnes particulières, qui nous amènent à insister sur tel élément plutôt que tel autre, à gommer tel ou tel détail".

la rédaction d'Allodocteurs.fr


[1] Six laboratoires sont impliqués dans le projets, rattachés au CNRS, l’Inserm, Santé publique France, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et le service cinématographique des Armées et les Archives de France.

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