1. / Se soigner
  2. / Recherche

Bioterrorisme : un traitement contre l'empoisonnement à la ricine

La ricine est l'un des poisons les plus toxiques connu à ce jour. Un dixième de gramme suffit à tuer un homme de 100 kilos. Jusqu'à présent, aucun antidote reconnu n'était disponible. Un travail commun de l'Institut de recherche biomédicale des armées et de l'Inserm financé par la Direction générale de l'armement (DGA) a permis la mise au point d'un antidote capable de bloquer cette toxine et d'un dispositif permettant de l'administrer facilement en cas d'attaque terroriste. Explications.

Rédigé le

Bioterrorisme : un traitement contre l'empoisonnement à la ricine

Avril 2013, les Etats-Unis sont attaqués. L'agent terroriste en cause est une toxine 6.000 fois plus virulente que le cyanure : la ricine. Des traces de ce poison ont été détectées dans des lettres adressées au plus haut niveau de l'Etat. Le président Barack Obama était la première cible. Le sénateur républicain Roger Wicker était la seconde. L'attaque la plus célèbre à la ricine remonte à 1978, avec le parapluie bulgare. Une dose de poison avait été dissimulée dans la pointe d'un parapluie. La victime, un opposant bulgare au régime soviétique, mourut quatre jours plus tard.

Un poison mortel

Mais cette toxine extraite des graines de ricin est encore plus rapide lorsqu'elle est dispersée dans l'atmosphère et inhalée. "Les premiers symptômes sont une toux, une irritation pulmonaire puis un œdème massif. Et en fonction de la dose, ce syndrome de détresse respiratoire aigu peut conduire à la mort du sujet qui a inhalé la ricine", explique Nathalie Heuzé-Vourc'h, chercheur à l'Inserm.

Une fois inhalée, la ricine pénètre dans les poumons et se dépose au plus profond dans les alvéoles. C'est à cet endroit qu'elle lance son attaque contre les cellules pulmonaires. Une fois entrée, la molécule de ricine traverse l'appareil de Golgi et l'une des unités attaque les ribosomes chargés de synthétiser les protéines. Une attaque qui entraîne la mort de la cellule.

Un aérosol contre l'intoxication à la ricine

Il y a quelques années, des chercheurs de l'armée ont réussi à mettre au point un anticorps capable d'inhiber la ricine. Encore fallait-il pouvoir l'administrer rapidement aux personnes infectées. Une équipe de l'Inserm spécialisée dans les aérosols de bio-médicaments est alors intervenue. Car la technique la plus efficace pour administrer l'antidote est de le mettre sous la forme d'un aérosol. Une technique délicate : "L'aérosolisation donc la génération d'un nuage d'anticorps va générer des stress qui vont dégrader et détruire l'anticorps. Il était donc très important de pouvoir avoir une formulation et un dispositif qui permet de générer un aérosol d'antidote anti-ricine qui soit à la fois déposé dans le poumon profond et qui soit toujours actif", explique Nathalie Heuzé-Vourc'h.

Une partie du travail a donc consisté à trouver la bonne formulation, c'est-à-dire le bon dosage entre l'anticorps et les autres molécules nécessaires à la formation de l'aérosol. Deux ans de tests ont été nécessaires pour mettre au point la formulation qui préserve la qualité de l'antidote. L'autre challenge a été de créer le dispositif permettant d'administrer cet anticorps. Les essais ont été menés par une partie de l'équipe. Les biologistes ont laissé la place aux ingénieurs.

"Le dispositif devait répondre à des contraintes de l'armée. Il fallait par exemple que le dispositif puisse fonctionner lorsque le soldat est allongé. Il fallait aussi que le traitement par aérosol ne dure pas plus de 20 minutes et également qu'on ait un masque facial puisqu'on ne peut pas forcer le soldat en situation de stress à respirer uniquement par la bouche", explique Laurent Vecellio, directeur scientifique DTF Médical – Aérodrug à l'Inserm.

Chaque pièce du dispositif a été spécifiquement créée et testée pour permettre à l'antidote d'atteindre sa cible. Pour en vérifier l'efficacité, les ingénieurs ont dû tester des aérosols placebo dans lesquels un produit de contraste a été placé. Il suffit ensuite de réaliser une radio des poumons. Le produit de contraste permet alors de contrôler à quels endroits des poumons l'aérosol s'est déposé.

Il aura fallu trois ans de recherches à ces équipes pour mettre au point l'aérosol idéal. Le dispositif comme l'antidote sont désormais entre les mains de la Direction générale de l'armement conservés en lieu sûr. Maintenant que l'efficacité du dispositif a été validée, l'étape suivante est la validation pharmaceutique de l'anticorps anti-ricine.

Besoin d'un conseil médical ?

Service proposé par

 logo MesDocteurs

Sponsorisé par Ligatus

Besoin d'un conseil médical ?

Nos médecins partenaires répondent à vos questions immédiatement 24h/24