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Etiquetage des produits alimentaires : le poids des lobbies

Le lobbying, c'est travailler en coulisses, tenter de faire pression, d'influencer les pouvoirs publics et plus concrètement la réglementation.  Et l'étiquetage des produits alimentaires n'échappe pas à la règle. Le consommateur reste d'ailleurs souvent perplexe lorsqu'il essaie de comprendre les informations nutritionnelles que les industriels ont l'obligation d'apposer sur les emballages. Alors pourquoi les lobbies se livrent une guerre sur les étiquetages des produits alimentaires ? Les explications avec Rudy Bancquart.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique de Rudy Bancquart, du 20 février 2014

Quand on est face aux étiquetages dans un supermarché, c'est souvent un grand moment de solitude. Il faut dire que les étiquettes sont difficile à déchiffrer. C'est la raison pour laquelle de 2008 à 2011 les députés européens ont débattu pour améliorer cet étiquetage.

Parmi les mesures adoptées et qui doivent s'appliquer avant la fin de l'année 2014, on peut citer l'obligation de faire figurer sept nutriments mais pas sur la face avant des emballages. L'affichage des acides gras trans ne sera pas obligatoire, la taille de la police est maintenue à 1,2 mm et surtout les informations nutritionnelles sont désormais obligatoirement exprimées pour 100g/100ml.

Etiquetage des produits alimentaire : des mesures insuffisantes

Il n'y a pas de gros changements bien que les informations exprimées en 100 g ou 100 ml permettent de comparer les produits. Mais cela est loin d'être satisfaisant pour de nombreuses associations de consommateurs. Il n'est pas facile de se représenter si 9 grammes de sel dans 100 grammes de ratatouille, c'est peu ou si c'est beaucoup. Par ailleurs, les informations restent affichées ton sur ton et ne sont pas très lisibles. C'est pourtant cet affichage qui a été choisi par l'Union européenne pour informer les consommateurs sur les valeurs nutritionnelles des aliments transformés.

Rendre les étiquetages plus lisibles

Il y a eu un vrai débat sur un projet d'étiquetage dit de feux de signalisation. De quoi s'agit-il ? D'un étiquetage extrêmement simple, apposé à l'avant des emballages et détaillant la quantité de sucre, de graisse (dont saturée), de sel. Chaque quantité est directement visible dans une pastille colorée en rouge, orange ou vert selon des seuils nutritionnels déterminés. Exemple : 100 g de lasagnes au bœuf surgelées contiennent 27 g de graisse (ce qui lui vaut un feu orange), 13 g de graisses saturées (feu rouge), 9 g de sucres (feu vert) et 1,2 g de sel (feu orange). Le système existe déjà en Angleterre, où il est promu par l'agence gouvernementale Food Standards Agency.

Malheureusement les députés européens ont voté contre ce projet. L'argument est que certains produits, de part leur nature, sont riches en sel ou en graisse comme par exemple la charcuterie. Un macaron rouge pourrait effrayer le consommateur. Le problème, c'est que c'est aussi l'argument de l'industrie agroalimentaire qui a fait un travail de lobbying historique. En tout cas, c'est ce qu'indique le rapport de Corporate Europe Observatory, une ONG hollandaise qui rend public les actions des groupes de pression à Bruxelles. (Rapport intitulé "A Red Light for Consumer Information" ou "Feu rouge pour l'information des consommateurs").

Le lobby agroalimentaire

L'industrie agroalimentaire aurait dépensé un milliard d'euros en lobbying pour que ce projet de feux tricolores sur les produits agroalimentaires ne passe pas. Une paille pour un secteur qui brasse annuellement 985 milliards d'euros. De l'avis de nombreux eurodéputés, cette campagne de lobbying est l'une des plus importantes en Europe depuis celle de l'industrie automobile contre la limitation des émissions de CO2.

L'eurodéputée néerlandaise Kartika Liotard raconte avoir reçu des messages dans la proportion de 100 mails des lobbies de l'agro-industrie (et jusqu'à 250 par jour) pour un mail des associations de défense des consommateurs. L'essentiel des messages envoyés aux parlementaires concernent des points de détail et des cas particuliers, histoire de noyer les eurodéputés sous les données, une stratégie classique.

Le lobby agroalimentaire a aussi commandé au Conseil européen d'information sur l'alimentation (EUFIC) deux études scientifiques visant notamment à démontrer que les consommateurs perçoivent correctement les étiquettes (AJR) disponibles en magasin aujourd'hui. Problème : l'EUFIC est un think tank financé notamment par l'Union européenne mais aussi par Coca-Cola, McDonald's, Nestlé, Ferrero, Danone, Unilever et Kraft, et dont la directrice est Joséphine Wills, une ancienne lobbyiste en chef de Mars® (les barres chocolatées) pour la politique européenne.

Lors de la publication de ces études, l'EUFIC n'a pas jugé nécessaire de dévoiler qu'il était financé par l'industrie agroalimentaire. Or, l'indépendance des études scientifiques est primordiale dans ce genre de débats.

L'Etat français peut-il améliorer la lisibilité des étiquettes ?

Dans un rapport du Pr Serge Hecberg, nutritionniste à l'Inserm pour le plan national de nutrition santé, on retrouve à peu de chose près la même idée de feux de signalisation : il propose en effet un seul macaron de couleur du vert au rouge à l'avant des produits, une sorte de score nutritionnel pour indiquer si le produit est bon ou moins bon pour la santé.

Pour l'instant, le dossier est sur le bureau de la ministre de la Santé qui doit l'examiner en espérant que cette proposition soit compatible avec les lois européennes qui ne prévoyaient pas d'aménagement de la loi au niveau national. Autant dire que ça risque de faire grincer les dents du lobby agroindustriel qui croyait avoir gagné la bataille… Cela promet de nouvelles actions musclées de lobbying ces prochains mois.

En savoir plus sur l'étiquetage des produits alimentaires

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