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A quoi peut être due une perte soudaine de l'audition ?

La chanteuse Lara Fabian, exposée à un son très violent en studio, est actuellement traitée pour un problème de perte de l'audition. L'exposition au bruit n'est toutefois pas la seule cause d'une perte auditive soudaine : un surdosage médicamenteux, l'exposition à différentes substances ou certaines infections peuvent en effet léser ce sens précieux. Si deux tiers des cas de surdité brusque régressent spontanément en deux semaines, toute perte d'audition brutale doit inquiéter et impose une consultation médicale rapide. Les causes d'une telle affection peuvent être multiples, voire s'ajouter les unes aux autres.

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A quoi peut être due une perte soudaine de l'audition ?
A quoi peut être due une perte soudaine de l'audition ? - Crédit photo : Flávia Costa - cc-by
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Traumatisme sonore aigu (TSA)

L'exposition à un niveau sonore excessif (outils, musique, son strident, tir d'armes à feu, pétards...) est une cause fréquente de surdité partielle.

Selon Sylvain Néron, ORL et conseiller de l'association Agi-Son, interrogé par l'AFP pour débattre du cas de Lara Fabian, un Traumatisme sonore aigu (TSA) "peut détruire directement une partie des 3.500 cellules ciliées de l'oreille interne (voir encadré), qui ne se renouvellent pas."

"Si on n'agit pas immédiatement", poursuit le docteur Néron, "les cellules lésées peuvent devenir toxiques pour leur voisines, et accroître le traumatisme. On traite donc avec des corticoïdes."

 

Traumatismes physiques

Un traumatisme crânien ou une blessure de l'oreille peuvent également altérer la fonction auditive. De même, un accident vasculaire cérébral, en entraînant une perte de la circulation sanguine et d'oxygénation de certaines structures de l'oreille, peut entraîner une surdité brutale et irréversible.

Maladies infectieuses, virus

Des maladies infectieuses telles que méningite, rougeole, oreillons peuvent provoquer une déficience auditive totale en lésant le nerf auditif. Ce risque est plus important dans l'enfance qu'à l'âge adulte.

Certaines infections virales (zona, herpès), entraînant la formation de vésicules ou de plaies autour de l'oreille, peuvent également être à l'origine d'une perte rapide et irreversible de l'ouïe.

Dans de très rares cas, la syphilis, la rubéole et même la chlamydiose pourraient également entraîner une surdité lorsque l'infection généralisée atteint l'oreille moyenne.

A noter que certains troubles immunologiques ou neurologiques, parfois provoqués par des maladies infectieuses, peuvent également entraîner un déficit brutal de l'audition.

Médicaments et autres substances chimiques

A doses élevées, certains composés chimiques peuvent léser le nerf auditif ou certaines structures de l'oreille interne (cochlée ou vestibule). Ces substances sont dites ototoxiques (du grec ὠτός, ôtos, qui signifie "oreille"). Leur "ototoxicité" peut entraîner acouphènes, troubles de l'équilibre, vertiges ou surdité.

L'oreille se divise en trois parties : l'oreille externe, moyenne et interne. L'oreille externe est constituée du pavillon ainsi que du conduit auditif. L'oreille moyenne est délimitée par le tympan, ce dernier permet de recueillir les sons et de les transmettre à trois osselets (le marteau, l'enclume et l'étrier). L'oreille interne est formée des canaux semi-circulaires et de la cochlée renfermant les cellules de l'audition (ces cellules ciliées ont notamment la capacité de s’allonger et de se contracter, et ainsi d’émettre des sons dans l’oreille; ce phénomène est responsable des acouphènes).

Certains antibiotiques, les aminosides(1) (notamment utilisés pour traiter pneumonies, méningites et tuberculoses) ont une ototoxicité avérée(2). Cet effet toxique est d'autant plus probable que les doses délivrées sont fortes. Sous l'action de ces aminosides, les cellules ciliées de la cochlée sont lésées. Les pertes auditives, non-réversibles, touchent tout d'abord les fréquences élevées. L'utilisation des aminosides décroit depuis l'apparition des céphalosporines de troisième génération. L'exposition au bruit potentialise l'effet toxique de ces médicaments. A noter que certaines gouttes auriculaires incorporent ces aminosides, ce qui explique pourquoi ils ne doivent pas être utilisés en cas de perforation du tympan.

Plusieurs diurétiques courants - l'édécrine (acide éthacrinique), le furosémide et bumétanide - peuvent entraîner une perte réversible de l'audition. Les diurétiques semblent perturber l'équilibre entre les différents liquides présents dans les structures de l'oreille.

Un certain nombre d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent provoquer, à fortes doses, des troubles réversibles de l'audition pouvant aller jusqu'à la surdité. Ainsi, lorsque le taux d'aspirine dans le sang est compris entre 10 et 15 mg/100 mL de sang, des déficits partiels peuvent apparaître. Lorsque ce taux atteint 19,6 mg/100 mL, des acouphènes sont presque systématiques ! L’aspirine agit à de nombreux niveaux (membranes de plusieurs structures de l’oreille, concentration d’ions dans les liquides, etc.). Des effets analogues sont évoqués pour le divers AINS (ibuprofène, kétoprofène, diclofénac, phénylbutazone...).

Plusieurs traitements antipaludéens (quinine, quinidine, pyriméthamine, chloroquine) peuvent provoquer des acouphènes, des vertiges et une surdité qui peut devenir définitive si le traitement se prolonge trop longtemps.

Enfin, plusieurs médicaments utilisés en chimiothérapie sont associés à un risque ototoxique (irréversible) plus ou moins important, au premier rang desquels le cisplatine.

 

Autres substances chimiques

De multiples solvants très couramment utilisés dans l'industrie (notamment les solvants dits aromatiques - toluène, xylène, benzène, éthylbenzène, styrène, trichloréthylène…) ont une ototoxicité avérée sur le modèle animal. Ces produits chimiques lèsent les cellules ciliées de la cochlée. Du fait de leur contexte d’utilisation - environnement bruyant - leur part de responsabilité dans les pertes d'audition est mal évaluée. De nombreuses études épidémiologiques confirment néanmoins leurs dangers.

 

Otite

L'otite est une inflammation de l'une des cavités auditives. Si des microbes se développent dans le conduit auditif, la paroi devient douloureuse, on parle d'otite externe. Chez l'enfant, l'atteinte la plus fréquente est l'otite moyenne aiguë. Elle apparaît le plus souvent lorsque l'arrière nez est encombré suite à un rhume. La trompe d'Eustache se bouche. Les sécrétions stagnent dans la partie moyenne de l'oreille et finissent par s'infecter. Le signe principal de l'otite moyenne est un tympan rouge qui peut bomber, car de l'autre côté, des sécrétions s'accumulent et refluent vers le tympan.

Interrogé dans l'émission Allodocteurs en février 2013, l'ORL Benoît Lamblin, rappelait que certaines otites peuvent rapidement conduire à la surdité, lorsque celles-ci atteignent le stade du cholestéatome (formation d'une petite boule d'épiderme qui va appuyer sur les osselets et grignoter le marteau, l'enclume et parfois l'étrier). "S'il s'agit juste d'une otite séreuse ou d'otites à répétition, les complications auditives sont exceptionnelles. D'où l'intérêt de prendre en charge les choses à temps, de mettre des drains s'il le faut... "

 

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(1) Streptomycine, néomycine, gentamycine, kanamycine, amikacine, sisomycine, tobramycine, netilmycine, dihydrostreptomycine…

(2) A noter que d’autres antibiotiques peuvent induire la surdité, parmi lesquels l’erythromycine (en intraveineuse) et la vancomycine. Des cas rares de perte auditive neurosensorielle soudaine ont été rapportés pour l’ampicilline, le chloramphénicol ou le métronidazole (sept cas recensés, le dernier en date ayant été rapporté en janvier 2014). Les mécanismes en jeu sont très mal définis, de nombreux paramètres physiologiques semblant nécessaires pour potentialiser le phénomène.

(3) La vincristine, la bléomycine, la vinblastine, le carboplatine et les moutardes azotées pourraient ainsi avoir, à fortes doses, de tels effets.

 

En savoir plus

Sources :

Sur Allodocteurs.fr :

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