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Faute d'argent, les plus pauvres sacrifient leur santé

Le baromètre santé Ipsos/Secours populaire montre que les Français les plus modestes renoncent aux soins ou les retardent pour raisons financières. Une situation qui s'est aggravée depuis la crise financière de 2008.

Rédigé le , mis à jour le

Entretien avec Richard Béninger, secrétaire national du Secours populaire français

Parmi les Français les plus pauvres (ceux qui appartiennent à un ménage dont le revenu mensuel net est inférieur à 1.200 euros), la moitié a déjà renoncé ou repoussé une consultation chez le dentiste, soit un bond de 22 points par rapport à 2008, et près de 4 sur 10 un rendez-vous chez un ophtalmologiste (39%, + 9 points). Autre chiffre inquiétant issu du baromètre Ipsos/Secours populaire publié ce mardi 6 septembre 2016 : dans les foyers les plus modestes, 64% indiquent avoir eu des difficultés au moment de payer des actes médicaux mal remboursés par la Sécurité sociale. 

"C'est une fracture médicale qui existe pour les familles les plus modestes qui aujourd'hui n'ont plus les moyens de se soigner", s'alarme Richard Béninger, secrétaire national du Secours populaire. "On s'aperçoit qu'il y a une dégradation très forte de la situation depuis 2008", poursuit-il.

Selon ce baromètre (réalisé dans le cadre de la campagne "Pauvreté-Précarité 2016"), disposer d'une mutuelle santé ou avoir une alimentation saine est financièrement compliqué pour près de la moitié des ménages modestes (respectivement 53% et 48% d'entre eux). 

Une prise de conscience compliquée, tant la santé reste un tabou : "Les personnes qui viennent au Secours populaire ne parlent jamais de leur santé. Il y a une pudeur, et nous avons un travail à faire auprès du grand public comme auprès d'eux pour leur expliquer que l'accès aux soins dentaires ou ophtalmologiques, ce n'est pas du luxe", explique Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français.

Les enfants ne sont pas épargnés : 12% de la population française a renoncé ou retardé des soins dentaires et 10% des soins optiques pour leur progéniture, "des chiffres fortement sous-évalués" selon Etienne Mercier, d'Ipsos. "Il est encore plus difficile d'avouer avoir renoncé à des soins pour son enfant que pour soi-même". Chez les personnes les plus modestes, cette proportion monte jusqu'à 32% (soins dentaires) et 17% (soins optiques).

"Dans ses permanences d'accueil, le SPF perçoit une dégradation de l'état de santé de familles, de mères seules, de jeunes, de retraités, de beaucoup d'enfants. Fait récent, le travail n'apporte plus forcément la garantie d'une autonomie financière : certains salariés ne sont plus à l'abri des privations et peinent également à se soigner", affirme Julien Lauprêtre.

Sur l'ensemble des Français interrogés, 68% estiment que les inégalités en matière d'accès à la santé se sont aggravées au cours des dernières années.

[Note : Marina Carrère d'Encausse, présentatrice du Magazine de la santé, est également marraine de la campagne "Pauvreté-Précarité 2016" du Secours Populaire]

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