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AVC : la musique pour mieux récupérer

♬ MUSIQUE ET CERVEAU - Accidents cardiovasculaires, maladie de Parkinson... La musique peut-elle être utilisée pour soigner et soulager des personnes souffrant de maladies organiques ? La recherche en ce domaine ne cesse de s'intensifier laissant entrevoir l'usage de la pratique ou plus simplement de l'écoute musicale comme levier thérapeutique…

Rédigé le , mis à jour le

Chronique de Jean-Marie Leau, du 4 mars 2011

Chanter, percevoir et produire de la musique sont aussi naturels pour l'être humain que le fait de parler. On sait en revanche que s'il existe un centre du langage dans le cerveau, la musique quant à elle active un réseau complexe d'aires cérébrales. De ce fait, elle influe sur les compétences cognitives, mnésiques, ainsi que sur le langage.

Les accidents vasculaires cérébraux touchent environ 150.000 personnes chaque année en France. Les cliniciens ont observé depuis longtemps que certains patients victimes d'un AVC ont des difficultés pour prononcer les mots, mais en revanche, ils parviennent à les chanter correctement. On estime qu'entre 25 et 50% des victimes d'un accident vasculaire cérébral souffrent d'aphasie après l'événement.

La thérapie mélodique et rythmée en pratique

On parle d'aphasie quand un individu a perdu totalement ou partiellement la capacité de communiquer par le langage. L'aphasie résulte d'une lésion cérébrale localisée dans l'aire de Broca, dans la région frontale de l'hémisphère gauche du cerveau. L'enjeu est donc d'aider ces patients à retrouver l'usage de la parole. Or, en 1973, deux neuroscientifiques américains ont mis au point une méthode fondée sur la musique, la thérapie mélodique et rythmée. Cette méthode, mise au point en anglais, a été transposée à diverses langues dont le français.

La thérapie mélodique et rythmée repose sur les caractéristiques mélodiques de la langue (intonation, accentuation et rythme) qui améliorent la prononciation correcte des mots. Le patient doit d'abord apprendre à écouter et à reproduire des rythmes. Puis il doit écouter et apprendre à fredonner des mélodies (ce qu'il sait faire malgré son aphasie). Les mélodies sont constituées de notes alternativement graves et aiguës. Le sujet doit frapper sur la table à chaque note pour les marquer. La longueur et la complexité de ces mélodies augmentent progressivement.

Quand le sujet a assimilé les exercices non verbaux, le thérapeute introduit des mots. Le patient doit reproduire lentement des phrases courtes construites avec des mots simples. Il utilise les informations musicales et rythmiques intériorisées pour réapprendre à produire des mots respectant la prosodie naturelle du langage parlé.

L'intérêt de la thérapie mélodique

Les progrès de l'imagerie médicale ont permis récemment de constater que certaines zones ou connexions cérébrales sont modifiées par la thérapie mélodique. Cela se passe au laboratoire de musique et neuro-imagerie de l'École de médecine Harvard, aux Etats-Unis. Des patients atteints d'aphasie sont soumis à 80 sessions de thérapie mélodique d'une heure et demie chacune, cinq fois par semaine. On observe en particulier une augmentation du volume des fibres du faisceau arqué, une structure cérébrale qui connecte l'aire de Broca (dans le cortex frontal) impliquée dans la production de la parole et l'aire de Wernicke (dans le cortex temporal) qui intervient dans la compréhension.

Les auteurs attribuent l'augmentation du volume du faisceau arqué à la plasticité cérébrale. Elle induirait une augmentation de la gaine de myéline qui entoure les neurones, indispensable à la bonne conduction des signaux nerveux. Ainsi, l'augmentation de la connectivité dans l'hémisphère droit compenserait les déficits des lésions cérébrales localisées dans l'hémisphère gauche.

Du rythme pour apprendre à remarcher

Une méthode basée sur le rythme a également fait ses preuves chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Il s'agit de la méthode d'indiçage auditif. Ce principe connu depuis les années 40 a fait l'objet d'analyses systématiques seulement à partir des années 1960. Le principe : on fait entendre au sujet des stimulus rythmiques (par exemple, un son bref - clic - répété ou de la musique rythmée) pendant qu'il marche. Quand on choisit correctement la fréquence des sons ou le tempo de la musique, on constate que le sujet synchronise son mouvement. On note des améliorations notables sur la vitesse de marche, la longueur de l'enjambée. La marche est plus naturelle, plus régulière.

Plusieurs études confirment que la méthode d'indiçage auditif aide efficacement les parkinsoniens à remarcher. L'effet le plus probant concerne l'augmentation de la vitesse de la marche. D'autres études devront confirmer les effets de la méthode sur d'autres paramètres (la longueur de l'enjambée, le balancement lors de la marche, etc.), ainsi que sur la qualité de vie de ces personnes.

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